10 réponses aux inquiétudes sur les vaccins – France Culture

10 réponses aux inquiétudes sur les vaccins – France Culture

L’arrivée d’un vaccin qui pourrait sinon mettre fin, a minima endiguer la pandémie de coronavirus, a soulevé l’espoir de retrouver une vie normale. Mais cet horizon s’oppose, en France, à un scepticisme bien ancré : selon une enquête mondiale publiée en 2019 par Wellcome/Gallup, 1 Français sur 3 pense que les vaccins ne sont pas sûrs. Conséquence directe ? À en croire une étude Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro, près de 1 Français sur 2 affirme qu’il ne se fera pas vacciner contre le Covid-19. Paradoxalement, si beaucoup d’individus estiment que les vaccins sont potentiellement dangereux, ils ne doutent pas pour autant de leur efficacité.  

Alors manque de pédagogie ? Danger réel ? Désinformation ? France Culture tente de faire le tour de la question de la vaccination, en s’appuyant sur les émissions de la chaîne.

Comment fonctionne un vaccin ? 

Le principe du vaccin est assez bien connu : il consiste à injecter dans l’organisme une souche non viable d’un virus (polio, grippe, rougeole, fièvre jaune, etc…), pour que l’organisme puisse apprendre à reconnaître le danger et à créer des anticorps spécifiques qui lui permettront de mieux résister au dit virus s’il s’y retrouve exposé, en fabriquant plus rapidement les anticorps adaptés.  

En réalité, il existe deux types principaux de vaccins : les vaccins « atténués » et les vaccins « inactivés ».

Dans le cas des vaccins atténués, il s’agit d’agents infectieux (virus ou bactéries) affaiblis à l’aide de différents procédés, de façon à ce qu’ils ne déclenchent pas la maladie ou alors de façon totalement bénigne. C’est le cas notamment du vaccin contre la rougeole, les oreillons, et la rubéole (le ROR) ainsi que les vaccins contre la fièvre jaune et la fièvre typhoïde. 

Les vaccins dits « inactivés » contiennent quant à eux des agents infectieux morts, ce qui n’empêche pas pour autant le système immunitaire de se mobiliser pour les affronter. On parle de vaccins inactivés pour le tétanos, la diphtérie, la poliomyélite, les hépatites A et B, la grippe, l’encéphalite à tique ou japonaise et la méningite. 

Les solutions injectées contiennent également des conservateurs, des antibiotiques et des stabilisateurs, nécessaires pour empêcher le vaccin de se dégrader dans le temps et de perdre en efficacité.

Enfin, les vaccins « inactivés » contiennent des adjuvants : ces derniers permettent d’augmenter la réponse immunitaire contre l’antigène microbien contenu dans le vaccin. Ils amplifient le signal de danger, ce qui permet au système immunitaire de mieux détecter l’agent infectieux et de le combattre : il permet ainsi d’éviter d’injecter une substance étrangère à l’organisme en trop grande quantité. L’adjuvant le plus utilisé sont les sels d’aluminium, ou adjuvant aluminique. Ils sont l’une des principales sources d’inquiétudes quant aux possibles effets secondaires du vaccin (nous y revenons un peu plus bas).

Pfizer-BioNTech ont annoncé un vaccin à ARN messager.
Pfizer-BioNTech ont annoncé un vaccin à ARN messager.
Crédits : JOEL SAGET

AFP

Comment fonctionnent les nouveaux vaccins à ARN messager ? 

Le premier vaccin efficace à 95% contre le Covid-19 a été annoncé le 9 novembre par le groupe pharmaceutique américain Pfizer, associé à l’allemand BioNTech. L’agence de santé britannique a donné son feu vert à ce produit cette semaine, faisant du Royaume-Uni le premier pays du monde à lancer une campagne pour sa population avec une telle technologie :  contrairement aux vaccins classiques, ce vaccin est à ARN messager. Une première : jamais un vaccin à ARN messager n’a encore été prescrit à grande échelle.

Mais que signifie “vaccin à ARN messager” ? L’ARN messager, pour acide ribonucléique messager, est une copie temporaire d’une section de notre ADN. Lorsque l’on injecte dans notre organisme un brin d’ARN messager, on injecte en réalité les instructions d’assemblage qui vont permettre à nos cellules de créer des protéines spécifiques, capables de nous défendre.  

Dans le cas du coronavirus, pour schématiser, nos cellules vont produire d’elles-mêmes la protéine S, ou spicule. Les spicules sont les picots qui hérissent la couche extérieure des coronavirus et qui lui servent de porte d’entrée pour infecter les cellules. Mais les spicules sont inoffensives en elles-mêmes : en détectant ces dernières, le système immunitaire va fabriquer les anticorps qui vont permettre de faire rempart aux coronavirus.

Le vaccin à ARN présente pour avantage, en l’état actuel des technologies, d’être facile à développer, même s’il demande des conditions de conservation à – 80°C (contre 2°C à 8°C pour un vaccin classique), posant des difficultés logistiques. Si la piste est prometteuse, la nouveauté a néanmoins pour corollaire un manque de recul scientifique sur les éventuels effets secondaires, comme le rappelait Nicolas Martin, producteur de « la Méthode scientifique », dans La Question du jour

C’est une technologie complètement nouvelle en vaccination. Aujourd’hui, il n’y a pas un seul vaccin en circulation dans le marché qui ait reçu d’AMM (Autorisation de mise sur le marché) à partir de cette technologie et donc cela veut dire que cette technologie n’a pas encore été déployée à grande échelle sur des millions de personnes. Donc, là aussi, il faut être un peu prudent. On est face à une technologie émergente très prometteuse, certes, facile à produire, mais peut-être avec quelques effets secondaires qui peuvent apparaître sur le long terme.

Pourquoi faut-il vacciner un certain seuil de population ? 

On en a beaucoup entendu parler au fil des derniers mois : les vaccins permettent d’atteindre la fameuse « immunité de groupe ». « On parle aussi d’immunité collective ou d’immunité grégaire, précise Nicolas Martin dans l’émission « Radiographies du coronavirus ». C’est en fait la part de la population qui doit être immunisée, donc qui doit avoir développé des anticorps, pour qu’une épidémie puisse être interrompue. Et cette part de la population, c’est un calcul assez logique qui correspond en fait au taux de reproduction initial : le R0, c’est-à-dire le nombre de personnes qui sont contaminées par une seule personne malade » : 

Si on prend un R0 de 3 (c’est-à-dire qu’une personne malade va en contaminer 3 autres), si on fait quelques calculs, 1 000 personnes en contaminent 3 000, 3 000 en contaminent 9 000, etc. C’est la logique épidémique exponentielle. Or, si dans la population, 50% des gens sont immunisés, eh bien 1 000 personnes ne contaminent plus 3 000 personnes, mais 1 500. Et si on monte à 66 % et au-delà de 70%, au-delà de deux tiers, 1 000 personnes en contaminent un peu moins de 1 000. Et donc, c’est la fin de l’épidémie puisque il n’y a plus de progression exponentielle. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui, selon les chercheurs, pour atteindre cette immunité de groupe, il faudrait bien que deux tiers de la population soit immunisés.

L’objectif des vaccins est donc de permettre d’atteindre 66% de personnes immunisées à une maladie donnée. Aujourd’hui, face au Covid-19, le taux d’immunité en France était estimé, à l’issue de la première vague, à 4,4% de la population.

Les vaccins, rappelons-le, ont permis d’éradiquer la variole (qui avait un taux de mortalité de 30%), et de réduire de 86 % le nombre de décès causés par la diphthérie ou la poliomyélite. Les vaccins ont également considérablement réduit le nombre de morts dus à la coqueluche, la rougeole, le tétanos ou encore l’hépatite B.

Les produits dans un vaccin sont-ils dangereux ? 

C’est la principale inquiétude concernant les vaccins. Si la grande majorité de la population estime – à juste titre – que les vaccins sont efficaces et qu’ils sauvent des vies, les inquiétudes maintes fois soulevées concernent en réalité les effets secondaires que pourrait avoir un adjuvant présent dans de nombreux vaccins : les sels d’aluminium.

Les adjuvants servent à « stimuler notre système immunitaire parce qu’aujourd’hui la plupart des vaccins ne contiennent plus que des fragments du virus et ce n’est pas suffisant pour alerter le système immunitaire« , rappelait Lise Barnéoud, journaliste scientifique et autrice de Immunisés ? Un nouveau regard sur les vaccins (Premier parallèle), dans « La Méthode scientifique », avant d’expliquer ce qu’il pouvait se passer avec l’aluminium injecté avec un vaccin  :

Ce qui fait consensus aujourd’hui dans la littérature scientifique, c’est qu’une petite partie de la population conserve ces particules d’aluminium au niveau du site d’injection, dans le bras ou la cuisse. C’est ce qu’on appelle la myofasciite à macrophages. Ce sont notamment les travaux de Romain Gherardy qui ont montré la présence de cette cicatrice vaccinale. Ce qui fait débat aujourd’hui, c’est la conséquence de cette cicatrice : est-ce qu’il y a une conséquence de cette cicatrice sur les symptômes dont se plaignent certains patients ? L’hypothèse de Romain Gherardy est de dire qu’une partie de ces particules peuvent migrer notamment dans le cerveau, et créer des symptômes comme une fatigue chronique. Pour l’instant, cette preuve, cette causalité biologique, fait encore débat chez l’homme. Il faut souligner que si cette hypothèse était avérée, ce que les travaux de Romain Gherardy montrent c’est que d’abord, ça concerne un très faible pourcentage de la population, et ensuite, ça concerne aussi des personnes qui sont très probablement prédisposées à mal évacuer cet aluminium. Ce que demande Romain Gherardy, lui, c’est d’essayer de faire plus d’études pour identifier ces prédispositions qui sont des prédispositions génétiques. 

L’étude de Romain Gherardi est néanmoins à prendre avec prudence, notamment parce qu’elle a été conduite sur des souris, en faible nombre, et que les doses injectées étaient 12 à 16 fois supérieures à celles injectées à l’homme. Par ailleurs, très peu de cas ont été recensés. Le Pr Romain Gherardi assure au demeurant lui-même « qu’il faudrait être fou pour être anti-vaccin ». Comme le rappelle l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé : le rapport bénéfice/risque des vaccins reste extrêmement positif.

Un vaccin contient entre 0,125 et 0,85 milligramme d’aluminium par dose. Or, selon une étude de l’Agence pour le registre des substances toxiques et des maladies (en anglais), aux Etats-Unis, un Américain moyen ingère quotidiennement entre sept et neuf milligrammes d’aluminium par le biais de son alimentation. Sur cette quantité quotidienne, 5% de l’aluminium ingéré passe dans la circulation sanguine.

Dans une étude conduite en 2012 par l’Académie française de médecine, des scientifiques ont quantifié que seul 0.01% de la dose d’aluminium injectée avec un vaccin atteignait le cerveau, soit 0.0085 mg. Une dose infinitésimale : les experts ne sont pas parvenus à repérer des changements dans les concentrations sanguines et urinaires, et ce même en utilisant des isotopes radioactifs.

Nonobstant ces informations, la communauté scientifique est bien consciente que la mauvaise réputation des sels d’aluminium est un frein à l’utilisation des vaccins. Des associations réclament ainsi que ces derniers soient remplacés par le phosphate de calcium, déjà utilisé au cours des années 1980. Ces dernières arguent que le choix des sels d’aluminium revient moins cher aux industries pharmaceutiques. Du côté de la communauté scientifique, le phosphate de calcium est surtout jugé moins efficace que l’alumine. De nouveaux adjuvants, notamment des émulsions et des phospholipides, sont en cours de développement.

Pourquoi les anti-vaccins craignent-ils les risques d’autisme ?

C’est une des grandes craintes des anti-vaccins : les vaccins pourraient rendre les enfants autistes. Cette peur infondée prend ses racines dans une publication scientifique publiée dans la prestigieuse revue scientifique The Lancet, où le chercheur Andrew Wakefield établit un lien de causalité entre le vaccin ROR (Rougeole-Oreillons-Rubéole) et l’autisme, comme le détaillait l’historien des sciences Laurent-Henri Vignaud dans « La Méthode scientifique« 

Wakefield a produit une étude qui avait toutes les apparences en réalité, de la science sévère, de la science sérieuse. Lui-même avait une position institutionnelle tout à fait respectable. Il se trouve que cette étude tendait à montrer un lien possible entre la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole et l’autisme. Comme dans n’importe quelle étude scientifique un peu surprenante, elle a été vérifiée, on a essayé de la reproduire et ça a donné des résultats négatifs, notamment une méta analyse parue au début du mois qui semble clore définitivement le débat. Mais il y a plus grave parce qu’en réalité, quand on est scientifique, on a le droit de se tromper. J’allais presque dire on a le devoir de se tromper parce que la méthode scientifique est construite là-dessus, sur le doute méthodique et sur les essais. Mais dans le cas de Wakefield, c’est une fraude en réalité, parce qu’une enquête journalistique a montré que lui-même avait breveté un procédé permettant de [remplacer le] vaccin et il était au service de familles qui portaient plainte contre l’industrie pharmaceutique pour empoisonnement vaccinal. L’article a été retiré, ce qui est très rare, et Andrew Wakefield radié de l’ordre des médecins.

« Aux yeux du grand public, ça n’a aucune conséquence, regrette pourtant Laurent-Henri Vignaud. Parce qu’en réalité, ce qu’on entend, c’est qu’un médecin a prouvé un jour qu’il y avait un lien. Et la deuxième information comme quoi il a été radié, c’est la preuve qu’il y a un complot. C’est inextricable »

Une vaste étude publiée en mars 2019 par la revue Annals of Internal Medicine, basée sur les dossiers médicaux de 650 000 enfants nés au Danemark entre 1999 et 2010, a encore récemment démontré qu’il n’existait pas de liens entre le vaccin ROR et l’autisme.

Les mouvements anti-vaccins fondent notamment leur argumentaire sur l’augmentation du taux d’enfants diagnostiqués autistes : la prévalence est en effet passée de 1 sur 5 000 en 1968 à 1 sur 68 entre 1975 et 2010. Une augmentation qui s’explique en réalité par des critères de diagnostics beaucoup plus larges et une bien meilleure connaissance de cet état. 

Alors pourquoi cette défiance à l’égard des vaccins ? 

L’hésitation vaccinale a rejoint, en 2019, les dix grandes menaces mondiales pour la santé identifiées par l’Organisation mondiale de la santé, et l’Unicef alertait quant à elle d’une préoccupante recrudescence des cas de rougeole dans le monde.

La défiance à l’égard des vaccins n’a pourtant rien de nouveau. Ils sont mis en question dès leur apparition, pour des raisons théologiques notamment, mais aussi en raison des ratés de la vaccination à une époque où l’immunologie n’existe pas encore, comme le rappelait Françoise Salvadori, docteure en virologie/immunologie, dans une émission de « La Méthode scientifique » sur les origines de la défiance vis-à-vis des vaccins  :

Le mythe de l’empoisonnement, on va toujours le retrouver. Mais à ce moment-là, c’était le matériel lui-même qui était le poison. Quand la pratique de bras à bras s’est répandue, ce qui était malheureusement aussi répandu, en même temps que la vaccine, c’était les maladies conjointes, c’est-à-dire qu’on sait que ça a été une grande pourvoyeuse de syphilis. Parce que ne sachant pas comment se transmettaient les maladies, qu’un sang était potentiellement contaminé, la peau également. Quand on prenait chez quelqu’un pour immuniser quelqu’un d’autre, on prenait aussi tout ce qu’il hébergeait, y compris la syphilis. 

« Il y a quatre thèmes récurrents qui sont réactualisés à chaque époque, raconte l’historien des sciences Laurent-Henri Vignaud. Il y a d’abord le thème de la religion, du destin, la question de savoir si on peut s’autoriser à se prévaloir contre le destin. Le deuxième thème est celui de la nature, on conçoit la vaccination comme un geste artificiel et donc contre-nature. Le troisième thème est celui des sciences alternatives, c’est le discours des gens qui ne croient pas à la théorie des germes et à l’immunologie. Enfin, un dernier thème qui a toujours existé mais qui est particulièrement fort aujourd’hui, c’est le thème politique : il s’agit de savoir si un État peut forcer ses citoyens à recevoir un vaccin s’ils n’en ont pas envie ou n’en ressentent pas le besoin. »

La défiance, de nos jours, provient de plusieurs sources : non seulement l’incompréhension d’une obligation à se faire vacciner qui ne fait pas toujours sens, mais aussi la crainte des effets secondaires potentiels pour la santé. Ces deux inquiétudes se nourrissent d’une méfiance vis-à-vis de l’Etat et de ses possibles collusions avec de grands groupes pharmaceutiques.

Pourquoi certains vaccins sont-ils obligatoires ?

Longtemps, seuls trois vaccins ont été obligatoires pour les enfants en France, ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. En janvier 2018 sont venus s’y ajouter huit autres vaccins, cette fois contre la coqueluche, l’haemophilus, l’influenza B, l’hépatite B, le méningocoque C, le pneumocoque, la rougeole, les oreillons et la rubéole. 

Invité en 2017 de « La Méthode scientifique », Lise Barnéoud rappelait alors que les trois premiers vaccins obligatoires « sont uniquement un héritage historique. Ce sont les trois premiers vaccins, au début de la première moitié du XXe siècle, à avoir été proposés à toute la population. Et les vaccins qui ont été ensuite mis sur le marché plutôt après les années 1950-1960, l’ont été sur un mode de recommandation. Donc, effectivement, aujourd’hui, les trois obligations vaccinales ne font aucun sens en termes épidémiologiques. Ce ne sont pas les vaccins qui évitent le plus de décès. […] Il y avait deux options : soit on levait toutes les obligations, soit on on les étendait.« 

En 2017, si le gouvernement a décidé de rendre un certain nombre de vaccinations obligatoires, c’est parce qu’il a observé que les taux de de vaccination diminuaient, et avec eux l’immunité globale jusqu’ici acquise. Or, si les contaminations ne sont pas toujours mortelles, elles peuvent avoir à terme des conséquences graves, telles des fièvres importantes, des pertes de mobilité, d’audition ou de fertilité. L’obligation de vaccination vise donc à maintenir l’immunité de groupe, ce qui permet également de protéger les personnes qui ne peuvent pas, pour des raisons de santé, se vacciner. 

Le choix d’un vaccin à un jeune âge s’explique principalement par le fait que les nouveau-nés ont un système immunitaire encore insuffisant : leur entrée en crèche présente donc plus de risques de contaminations. 

Parmi ces vaccins, celui contre l’hépatite B a particulièrement interrogé les parents. Pourquoi vacciner des nourrissons contre une maladie qu’ils ont très peu de chance d’attraper avant l’adolescence, cette dernière se transmettant essentiellement sexuellement ? C’est parce que les stratégies mises en place pour faire vacciner les personnes à risque (et adultes donc) se sont révélées peu efficaces. Pour y remédier, l’OMS a alors conseillé de faire vacciner contre l’hépatite B les préadolescents ou les nourrissons. Si le choix s’est porté sur les nourrissons, c’est parce que le vaccin contre l’hépatite B se fait lors d’un vaccin hexavalent, c’est-à-dire un vaccin qui protège contre plusieurs maladies en une seule fois, ce qui permet, à terme, d’éviter de multiplier les injections.

Dès 2018, l’obligation de vaccination a eu des effets tangibles : le pourcentage d’enfants vaccinés par un vaccin hexavalent est passé de 92 % en mai 2017, à 98 % en mai 2018. L’augmentation la plus impressionnante concernant le méningocoque C, pour lequel la couverture est passée de 39 % en 2017 à 75 % en 2018.

Du point de vue de Caroline Tourbe, chef du service médecine, science du vivant, au magazine Science et vie, l’obligation reste cependant une méthode peu constructive sur le long terme et « le premier pari à prendre, c’est celui de la pédagogie vis-à-vis des vaccins. Il y a vraiment besoin de ça et de rétablir un peu le calme sur ce qu’on peut entendre sur les vaccins. C’est le plus important« .

Rappelons que ces vaccins, malgré leur caractère non-obligatoire par le passé, ont d’ores et déjà prouvé leur efficacité : l’introduction du vaccin contre la poliomyélite, par exemple, a permis de réduire le nombre de cas de 1657 en 1958 à 0 actuellement. Un an plus tard, en 1959, le vaccin contre la coqueluche a lui permis de réduire les cas de 5 500 à 40 en 1985.

Les industries pharmaceutiques sont souvent accusées de faire de l'argent sur le dos (et la santé) des citoyens.
Les industries pharmaceutiques sont souvent accusées de faire de l’argent sur le dos (et la santé) des citoyens.
Crédits : JOEL SAGET

AFP

Et « Big Pharma » dans tout ça ?

On l’a vu, la défiance vis-à-vis des vaccins peut être portée par les accusations de collusions entre le gouvernement et les lobbies pharmaceutiques. Il convient de rappeler que le business des vaccins n’est pas le plus rentable dans l’univers de l’industrie pharmaceutique : il ne représente ainsi « que » 27 milliards d’euros en 2019, soit 3% du marché du médicament, et est disputé par cinq laboratoires pour 80% du marché :  J&J, Pfizer, Merck, GSK et Sanofi.

Le LEEM (l’organisation professionnelle des entreprises françaises du médicament) explique ainsi que la création d’un vaccin est extrêmement onéreuse par rapport à celle d’un médicament classique, tant financièrement que sur le temps investi, souvent une dizaine d’années. C’est la raison pour laquelle les industries pharmaceutiques établissent souvent des partenariats avec des organismes de recherche public. 

« L’argument de dire que c’est pour enrichir les laboratoires, c’est un argument que l’on entend beaucoup, précise Caroline Tourbe, toujours dans ‘La Méthode scientifique’. Est-ce que les vaccins enrichissent les laboratoires ? Oui, sûrement. Est-ce que cela les enrichit particulièrement? Je ne pense pas que ce soit vraiment un fonds de roulement particulièrement important en ce qui concerne les 11 obligations vaccinales en France. Encore une fois, c’était des vaccins qui étaient déjà recommandés, largement utilisés par la population française. Je ne pense pas que ces vaccins soient une histoire de business, mais que les vaccins ce soit du business, oui, ça en est. Les nouveaux vaccins peuvent être extrêmement chers, les remboursements qui sont proposés, pour les papillomavirus, liés à des virus qui donnent certaines formes de cancer du col de l’utérus, là ce sont des vaccins très, très chers qui ne sont pas forcément remboursés. Là oui, c’est du business. » 

« Les laboratoires feraient beaucoup plus de profits si on ne se faisait pas vacciner, rappelle plus prosaïquement le médecin Baptiste Beaulieu dans une vidéo publiée sur Facebook. Tout simplement parce qu’un vaccin contre la méningite c’est 50 €, alors qu’une hospitalisation pour une méningite avec le traitement antibiotique, c’est au moins 8 000 € ».

Quels sont les différents vaccins développés contre le Covid-19 ? 

Dans l’immédiat, trois laboratoires ont annoncé avoir développé un vaccin efficace contre le Covid-19. Le laboratoire Pfizer-BioNTech a annoncé avoir développé un vaccin à ARN messager efficace à 95%. Le laboratoire Moderna a également créé un vaccin à ARN messager, efficace quant à lui à 94,5%. 

Le laboratoire Oxford AstraZeneca a pour sa part annoncé avoir développé un vaccin efficace à 70%. Contrairement aux deux autres, il s’agit d’un vaccin à « vecteur viral » : il utilise un autre virus, rendu inoffensif, pour introduire du matériel génétique du SARS-CoV-2 afin de stimuler le système immunitaire.  A côté de ces produits qui s’apprêtent à demander leur mise sur le marché, l’OMS recense 10 autres vaccins (dont 5 chinois) en cours de tests dits  » de phase III » (à grande échelle sur des êtres humains).

« Il faut quand même insister sur le fait que les résultats qui sont communiqués au moins dans le cas de Pfizer et de Moderna, sont des communications de résultats qui ont été analysées par des instances de suivi des essais cliniques qui sont indépendantes des promoteurs de l’étude. Il faut d’une certaine manière faire confiance à ces résultats », précisait à ce sujet Christophe D’Enfert, directeur scientifique de l’Institut Pasteur, lors d’une émission de « la Méthode scientifique » consacrée au sujet.

Il faut comprendre que le vaccin ne protège pas à 100%. Nous n’avons  aucun vaccin qui protège à 100%. On n’aura pas une protection absolue avec ce vaccin. L’OMS avait donné comme seuil d’efficacité pour un vaccin 52%. Là, on est à 94% ! Odile Launay, infectiologue à l’hôpital Cochin à Paris

En attendant la complétion des essais, l’Union européenne a d’ores et déjà commandé des doses des différents vaccins : 300 millions de doses à 16,30 € _(_compte tenu du fait qu’il faille deux doses pour un vaccin complet) pour le vaccin de Pfizer-BioNtech ; 160 millions de doses à 21 € l’unité chez Moderna, et enfin 400 millions de doses à 2,50 € l’unité chez Oxford AstraZeneca. Des prix relativement abordables, au regard de l’impact des différents confinements sur l’économie européenne.

La Chine, de son côté, aurait développé au moins quatre vaccins en phase III des essais. Mais contrairement aux trois vaccins précédemment cités, aucune donnée ou étude scientifique n’a pour le moment été publiée.

Quelle sera la stratégie française pour diffuser le vaccin ? 

Avec un tel impact sur nos vies, on pourrait s’attendre à ce que les gens se ruent sur cette solution au Covid-19. Il n’en est rien : 1 Français sur 2 affirme qu’il ne se fera pas vacciner. La défiance face aux vaccins a encore de beaux jours devant elle, et le gouvernement français devra donc faire preuve d’une grande pédagogie.

Jean Castex a détaillé jeudi le plan de vaccination de la population française contre le coronavirus en trois phases, avec priorité donnée aux publics les plus fragiles dès que les doses vaccinales seront disponibles. « Le déploiement de la vaccination se fera progressivement selon une logique simple: priorité sera donnée aux publics les plus vulnérables au virus et les plus susceptibles de développer des formes graves de la maladie », a annoncé le Premier ministre lors d’une conférence de presse. « Nous serons prêts pour les premières vaccinations dès que les vaccins seront disponibles ».

La première campagne sera réservée aux résidents des Ephad et aux personnels de ces établissements, donc autour d’un million de personne. En février, suivront les personnes présentant un facteur de risque, une pathologie chronique, et certains personnels soignants (soient 14 millions de personnes). Une troisième phase permettra d’élargir la vaccination aux autres tranches de la population de plus de 18 ans, à partir du printemps prochain.

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