A la maternité de lhôpital Bichat : « Mon angoisse, cest un troisième confinement. Je me dis que je vais rater des moments de vie » – Le Monde

A la maternité de lhôpital Bichat : « Mon angoisse, cest un troisième confinement. Je me dis que je vais rater des moments de vie » – Le Monde
Une infirmière fait le tour des chambres du service de soins de suite, à la maternité de l’hôpital Bichat, le 7 janvier à Paris. Une infirmière fait le tour des chambres du service de soins de suite, à la maternité de l’hôpital Bichat, le 7 janvier à Paris.

La deuxième vague au jour le jour | Episode 6. Le couloir de l’unité de néonatalogie de l’hôpital Bichat, dans le nord de Paris, brille encore de l’éclat de Noël. A l’entrée, un joli sapin, paré de guirlandes, des pochoirs floconneux aux fenêtres, et des dizaines de boules colorées suspendues au plafond. Dans la douce lumière de ce début janvier, Aurore Mandouki, puéricultrice, fait patienter un minuscule bébé qui attend son biberon. « Pourquoi tu me regardes comme cela ? Détends-toi », chuchote-t-elle, en caressant le nez de la petite fille, lovée dans la paume de sa main. Née prématurée, elle flotte encore dans son body bleu marine à pois taille « 00 » et agite ses petites mains en signe d’impatience.

L’épidémie de Covid-19 semble ici bien lointaine, mais elle n’en bouscule pas moins la vie des jeunes parents, avec son cortège de règles. Assise dans la pénombre de la fin d’après midi, Charlène regarde attendrie sa petite Gemma, née il y a trois semaines, avec un mois et demi d’avance. Le papa patiente à l’extérieur, car seul un parent à la fois est autorisé à venir dans l’unité pour limiter les contacts entre familles. « Nous nous relayons, chacun une heure, jusqu’à ce qu’elle soit bien endormie. Et le 31 [décembre], nous sommes restés toute la nuit auprès d’elle », raconte la jeune maman, une main posée sur la couverture rose à motif étoilé sous laquelle sa fille dort paisiblement.

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Pour créer un lien avec les grands-parents qui ne l’ont toujours pas vue – les visites auparavant possibles sur rendez-vous sont maintenant interdites –, elle a capturé les premières semaines de vie de sa fille avec son téléphone.

« Chaque jour, nous leur envoyons des nouvelles : un fil en moins, quelques grammes de plus. Un peu comme un roman-photo », sourit Charlène avec l’espoir de pouvoir bientôt rentrer avec sa fille à la maison. Près d’elle, le berceau transparent de Gemma, surplombé par un moniteur, a été égayé d’une collection de doudous roses, témoins de l’attention de la famille, en attendant une rencontre en vrai.

« Le Covid ne m’a jamais stressé »

« Ces restrictions de visite, c’est ce qu’il y a de plus difficile pour les parents. Il y a même une période, au printemps, où c’était une heure par parent par jour », souligne Marielle Quellier, puéricultrice, en câlinant un minuscule bébé posé sur ses genoux, une multitude d’électrodes colorées dépassant de son body.

Pour les jeunes mamans, cette solitude liée au Covid-19 a commencé dès la salle de naissance, pendant toute la période de travail durant laquelle le futur papa doit attendre à l’extérieur. « C’est moins facile, même si on comprend bien que personne n’y peut grand-chose », commente fataliste, Anouchka, pour qui cela a duré dix-sept heures. « Quand j’ai été à bout, ils ont malgré tout fait monter le papa », précise-t-elle. Hospitalisée depuis dix jours, sa fille Apolline dort sur ses genoux, le visage souligné par un élégant col brodé de cerises. « A part cela, le Covid ne m’a jamais stressée, cela nous a permis de nous reposer davantage », souligne cette jeune avocate.

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