A lhôpital Bichat, des greffes ralenties par le Covid-19 – Le Monde

A lhôpital Bichat, des greffes ralenties par le Covid-19 – Le Monde
PREPARATION D UN PATIENT POUR UNE GREFFE BI PULMONAIRE, REPORTAGE SUR LE SERVICE DE CHIRURGIE ET DE REANIMATION CHIRURGICALE DE L HOPITAL BICHAT A PARIS PENDANT LA SECONDE VAGUE DE LA CRISE DU CORONAVIRUS, PARIS, 25 NOVEMBRE 2020

JULIE BALAGUE POUR LE MONDE

La deuxième vague au jour le jour | Episode 4. Mardi 24 novembre, un peu avant 23 heures. Reynald est dans son canapé en train de regarder un documentaire à la télévision quand l’appel tant attendu de l’hôpital Bichat arrive enfin : grâce au don d’une famille, deux poumons sont disponibles pour lui. La greffe est prévue dans quelques heures à Paris, à deux heures de route de la petite ville des Hauts-de-France où il vit avec sa femme et ses trois filles. A 45 ans, il souffre d’une insuffisance respiratoire grave, et a été inscrit voilà un an sur la liste d’attente de l’Agence de biomédecine, qui coordonne les prélèvements dans toute la France. Mais avec le Covid, tout s’est ralenti : moins de donneurs, moins de médecins pour prélever les organes, moins de lits de réanimation pour accueillir les malades après leur opération.

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Haute tour sombre en lisière du périphérique, l’hôpital Bichat est le seul établissement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) à réaliser des transplantations pulmonaires. Environ 70 interventions ont lieu par an. « Là, on a un gros retard. On ne dépassera pas 50 », constate Yves Castier, chef du service de chirurgie vasculaire et thoracique, qui participera à l’intervention plus tard dans l’après-midi. Sur le fil WhatsApp créé par les chirurgiens de l’hôpital pour s’échanger les informations sur les organes proposés par l’Agence de biomédecine, les messages ne se sont guère bousculés au mois de novembre, même si plusieurs interventions ont eu lieu pendant cette deuxième vague.

Les poumons prélevés dans un autre hôpital par l’équipe de Bichat viennent d’arriver au service de chirurgie le 25 novembre.
Le professeur Yves Castier (au centre, avec le bonnet vert) pendant une greffe bi-pulmonaire, le 25 novembre à l’hôpital Bichat.

Lors de la première vague, les chirurgiens avaient tout stoppé, estimant qu’il était bien trop risqué d’hospitaliser dans des réanimations « submergées de patients Covid » des malades greffés, aux défenses immunitaires affaiblies par les médicaments antirejet. « On était tous stressés », reconnaît Yves Castier. A cela, s’ajoutait la crainte de manquer de lits. « La greffe pulmonaire demande un temps d’hospitalisation d’au moins une dizaine de jours, quelquefois plus quand les patients ont des complications infectieuses », souligne le chirurgien. Autant qu’un patient atteint d’une forme grave de Covid.

Cet automne, des lits ont été « sanctuarisés » pour des transplantations, mais d’autres interventions ont dû être annulées, au grand dam des chirurgiens concernés. « Au printemps, on avait tous l’impression d’être dans le même bateau, les gens étaient raisonnables. Là l’ambiance est plus tendue, et le ton monte parfois », raconte Yves Castier, coprésident du Conseil de bloc de l’hôpital, l’instance chargée de répartir les ressources – accès aux salles d’opération, lits de réanimation – entre les différents services.

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