Anneau, sleeve, bypass : quelles sont ces chirurgies de lobésité ? – Libération

Anneau, sleeve, bypass : quelles sont ces chirurgies de lobésité ? – Libération

«Ces personnes étaient obèses morbides. En quelques mois, elles ont perdu entre 40 et 70 kilos, et découvrent le bonheur de vivre en bonne santé.» La bande-annonce d’Opération renaissance, nouvelle émission de M6 diffusée ce lundi soir, promet de raconter l’histoire de comment des personnes obèses «morbides» ont vécu une opération de chirurgie bariatrique. Sans surprise, le concept a suscité de nombreuses critiques avant même sa diffusion. Une pétition lancée par le collectif de lutte contre la grossophobie Gras politique, signée par 25 000 personnes, demande même son annulation.

Alors que la prise en charge médicale de l’obésité est considérée comme «insuffisamment structurée en dehors du secteur hospitalier» dixit le ministère de la Santé, la chirurgie bariatrique est, de son côté, un secteur qui se porte bien. En dix ans, le nombre d’opérations a été multiplié par trois, pour atteindre 60 000 par an en 2016, dans quelque 500 établissements. En tout, l’obésité toucherait, en France, 17% de la population, soit 8 millions de personnes, selon le groupe interministériel sur l’obésité piloté par la direction générale de l’offre de soins, la direction générale de la santé et l’Assurance maladie. Parmi eux, 500 000 personnes sont concernées par une obésité «très sévère» (chiffres de 2016).

Réduire l’estomac, court-circuiter l’intestin

Trois techniques d’opérations sont utilisées en France, avec une perte qui représenterait, selon la technique, 40 à 75% de l’excès de poids d’après l’Assistance publique – hôpitaux de Marseille (AP-HM). L’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) situe cette moyenne plutôt entre 20 à 30%. Les deux premières techniques, la sleeve («manche» en anglais) et l’anneau gastrique sont dites «restrictives». Elles limitent la capacité de l’estomac à ingérer de la nourriture. Dans le cas d’une sleeve, le chirurgien retire deux tiers de l’estomac, pour que l’appareil digestif prenne une forme de tube.

Dans le cas de l’anneau gastrique, aussi appelé gastroplastie, une prothèse réduit la taille de l’estomac, en créant une poche limitée qui réceptionne la nourriture. Troisième opération, le bypass («contourner» en anglais) est considérée comme une opération mixte : elle réduit l’estomac et court-circuite une partie de l’intestin en connectant directement le haut de l’estomac au milieu de l’intestin.

À lire aussiGrossophobie : «Nous, les gens gros, on porte notre souffrance sur nous»

Ces opérations ne sont «pas anodines» selon l’Assurance maladie. Si l’opération est remboursée, le suivi postopératoire nutritionnel, psychologique et sportif est à la charge du patient. Seules les personnes de 18 à 60 ans, avec un indice de masse corporelle (IMC) de 40 kg/m2 ou plus, peuvent y prétendre. Ce seuil peut être abaissé à 35 kg/m2, si la personne est atteinte d’une comorbidité qui pourrait s’améliorer à la suite de l’opération (diabète, hypertension artérielle).

Validée par un protocole comprenant rendez-vous avec un chirurgien, un diététicien ou nutritionniste et un psychologue, l’opération ne peut enfin «être envisagée que si la personne a tenté, sans succès, de perdre du poids grâce à une prise en charge médicale spécialisée de plusieurs mois», précise l’Assurance maladie.

38% d’échec

Pourtant, en 2016, la Haute Autorité de santé notait que seulement 6 patients opérés sur 10 avaient bénéficié d’un bilan préopératoire suffisant, avec un examen «de leurs comorbidités, endoscopique et psychologique», des étapes jugées «indispensables».

«Cette chirurgie est systématiquement proposée pour les pertes de poids. Or, quand on n’y connaît rien, on pourrait penser que c’est de la chirurgie esthétique poussée, comme une liposuccion», alerte Gabrielle Deydier, auteure du livre On ne naît pas grosse (éditions Goutte d’or).

À lire aussiEn plein essor, la chirurgie de l’obésité souffre d’un très mauvais suivi

Au-delà des risques physiques, qui ne sont pas des moindres – infections, hémorragies, ulcères, fuites de l’estomac, carences nutritionnelles, remontées acides, inflammations de l’œsophage… – des 0,1 à 2% de risque de décès selon le CHRU de Lille, et des 38% d’échec de ces chirurgies, menant vers des reprises de poids, les risques sont aussi psychologiques.

«Les patients passent d’abord par une période de la « lune de miel », pendant la perte de poids. Ils arrivent mieux à bouger, à s’habiller, ils sont complimentés, même si du point de vue de la santé, ils se disent fatigués», expose Sylvie Benkemoun, présidente du Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids (Gros) et psychologue clinicienne à Forcalquier, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Ce nouveau corps, cet étranger

Puis vient une autre phase, la perte de repères, le déséquilibre à long terme : «Il faut vivre avec ce nouveau corps, qui est étranger», ajoute cette dernière. Les kilos ont disparu, pas les troubles du comportement alimentaire comme l’hyperphagie boulimique (manger sans se faire vomir ni prendre de laxatif), répandue chez les personnes opérées.

La dépression est aussi fréquente chez les opérés, tout comme le déplacement de l’addiction de la nourriture à celle de l’alcool. Les divorces, eux, explosent, touchant un patient sur deux. Il faut gérer «un nouveau rapport aux autres. C’est douloureux de se sentir comme avant, et pourtant de voir qu’on est plus courtisé, qu’on présente plus d’intérêt qu’avant». Pour la psychologue, «la grosseur était un système de défense. Quand on la retire sans précaution, la personne est très vulnérable». Pire, certains vont même jusqu’au suicide. D’après Gabrielle Deydier, «le suicide est quatre fois plus important chez les personnes opérées que chez les personnes non-obèses, et deux fois plus que les personnes obèses».

Pour la présidente du Gros, «être attentif aux complications et difficultés, ce n’est pourtant pas porter un jugement mais alerter, pour que ça se passe le mieux possible».


Miren Garaicoechea

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You have successfully subscribed to the newsletter

There was an error while trying to send your request. Please try again.

web-breaking-news will use the information you provide on this form to be in touch with you and to provide updates and marketing.