Coronavirus, dans les Ehpad, des personnels encore réticents à la vaccination – Sud Ouest

Coronavirus, dans les Ehpad, des personnels encore réticents à la vaccination – Sud Ouest

Selon plusieurs fédérations d’Ehpad, environ 20% des soignants souhaitent se faire vacciner, contre 56% de la population selon un récent sondage Odoxa pour France Info et Le Figaro. 

Craintes légitimes et fausses informations

Pour Annabelle Vêques, directrice de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa), il faut « laisser du temps ». « Il y a des craintes qui sont légitimes et aussi des fausses informations qui circulent. Il nous faut les combattre avec des données scientifiques et de la pédagogie », déclare-t-elle. Début janvier, la Fnadepa a questionné ses 1 200 établissements adhérents sur la campagne vaccinale. A partir des 307 réponses reçues, elle a calculé que 25% de professionnels et 65% de résidents souhaitaient se faire vacciner. 

A l’association de directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), les chiffres sont similaires: « entre 60 et 80% pour les résidents et 20 à 30% pour les professionnels », a indiqué à l’AFP le directeur Romain Gizolme. « Dans l’ensemble les personnels disent non car il y a beaucoup de méfiance autour du vaccin », constate Malika Belarbi, aide-soignante et responsable du collectif national CGT pour l’accueil des personnes âgées. 

La syndicaliste a récemment interrogé des soignants: « certains disent avoir besoin de quelques mois de recul, d’autres ont peur des effets secondaires et d’autres ont perdu toute confiance dans ce que dit le gouvernement ».
La ministre déléguée chargée de l’Autonomie a déclaré mardi que « 20% de personnels acceptant la vaccination » n’était pas « suffisant ». « Il faut régler cette problématique » afin de pouvoir « créer un cordon sanitaire autour des personnes âgées », a ajouté Brigitte Bourguignon, notant qu’en milieu hospitalier la vaccination est « mieux acceptée ».

« Je suis frappé de voir comment les soignants en Ehpad refusent de se faire vacciner », a aussi réagi sur Radio classique le Pr Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique. Il a jugé « éthiquement choquant de refuser de se faire vacciner quand on est un soignant ».

Peu d’infos sur le vaccin et ses conséquences

Marie, 48 ans, est infirmière dans un établissement pour personnes âgées près de Paris. Mardi, elle a passé sa matinée à injecter la première dose du vaccin contre le Covid-19 à une trentaine de résidents de sa structure. Moyenne d’âge: 90 ans. « Je n’étais pas rassurée », témoigne-t-elle. « Je trouve qu’on a encore peu d’info sur le vaccin et ses conséquences. C’est ma responsabilité qui est en jeu ». 

Cette soignante n’a pas encore 50 ans et ne peut pas se faire vacciner. Mais elle a tout de même réfléchi à cette éventualité et c’est: « non, pas question ».

« Je trouve bizarre la rapidité de la mise en place du vaccin, je ne veux pas être un cobaye », reconnaît-elle.

Marie l’assure: la majorité de ses collègues pensent comme elle. « On échange beaucoup sur la vaccination en ce moment et on est toutes d’accord. D’ailleurs, on s’est dit entre nous que si on nous y obligeait un jour, on mettrait du sérum physiologique dans les seringues ». 

« Pas des anti-vax ou des complotistes »

« Parmi les soignants il y a de tout, et donc des gens qui doutent », nuance Ghislaine Sicre, présidente de Convergence Infirmière. « Ce ne sont pas des anti-vax ou des complotistes. Ils n’iront pas contre la vaccination pour les patients, c’est plus pour eux ». 

En témoigne le faible taux de couverture vaccinale contre la grippe saisonnière des soignants: 35% dans les établissements de santé et 32% dans les Ehpad en 2019. Ces réticences peuvent-elles compromettre la stratégie vaccinale contre le Covid ? 

Pour l’immunologue Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS, nul besoin « de tout faire porter aux soignants, qui en font déjà beaucoup ». « Il ne faut pas trop vanter l’aspect civique du vaccin, chacun doit pouvoir peser son +bénéfice-risque+. En revanche, on a le devoir de protéger les gens à risque avec le peu de doses que l’on a », estime-t-elle.

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