Coronavirus : Face à la deuxième vague, l’inquiétude de patients en attente d’une greffe de rein – 20 Minutes

Coronavirus : Face à la deuxième vague, l’inquiétude de patients en attente d’une greffe de rein – 20 Minutes
Illustration d’un hôpital à Strasbourg. — Jean-Francois Badias/AP/SIPA
  • Entre 7 et 10 % de la population seraient concernés, de près ou de loin, par une maladie rénale chronique, soit plus de 4 millions de Français.
  • Pour 16.000 patients en attente d’une greffe de rein, la deuxième vague rime avec l’angoisse de voir la possibilité de retrouver une vie sans dialyse s’éloigner.
  • Les autorités sanitaires ont affiché leur intention de voir les greffes se poursuivre. Mais cela se traduit-il dans les faits ?

« Ce n’est pas normal que le Covid-19 passe en priorité alors qu’il y a des maladies plus graves qu’on laisse de côté », s’agace Morgane, 26 ans.

La jeune femme, qui vit à Lyon, souffre d’une maladie auto-immune et après une greffe en 2015, puis un rejet, attend un rein depuis 2018. Elle a peur de devoir prendre son mal en patience.

« On n’a déjà pas beaucoup de chance d’obtenir une greffe… »

Car derrière des termes théoriques de réanimations surchargées et de déprogrammation des opérations non urgentes se cache une réalité très douloureuse. Pour certains patients, notamment les 16.000 personnes en attente d’une greffe de rein, la deuxième vague rime avec l’angoisse de voir la possibilité de retrouver une vie sans dialyse s’éloigner. « Pendant cette deuxième vague, les hôpitaux veulent arrêter l’activité de greffe de rein, avance Morgane. Cela m’embête et je ne suis pas la seule ! Imaginer que ce rein va atterrir à la poubelle [car il n’est pas prélevé sur un donneur décédé] et devoir attendre deux, trois ans avant d’être greffée, non, je ne le prends pas bien… On n’a déjà pas beaucoup de chance d’obtenir une greffe, alors que ça change notre vie ! »

Ces patients ont en effet du mal à travailler ou à avoir une qualité de vie optimale quand ils doivent aller trois fois par semaine dans un centre de dialyse. Autre avantage de la greffe : « elle augmente l’espérance de vie, car un insuffisant rénal a un risque cardio-vasculaire augmenté en dialyse, alors que la greffe corrige ça », explique Alexandre Hertig, néphrologue à l’hôpital de La Pitié Salpêtrière. Et on sait que les problèmes cardio-vasculaires font partie des facteurs de vulnérabilité face au
coronavirus

Le problème, c’est qu’un patient peut attendre des années avant qu’un donneur, vivant ou décédé, soit compatible avec lui. En Ile-de-France, la durée moyenne pour obtenir une greffe de rein oscille entre trois et quatre ans… « Ce n’est pas comme un stock de masques ou de cacahuètes, ironise le médecin. Si vous êtes appelé pour être greffé, c’est parce qu’à un instant T, un donneur est très proche de vous en termes de groupes sanguins et d’antigènes. Vous allez peut-être rater le rein de votre vie en le déclinant. Si la greffe s’arrête quinze jours, je ne peux pas dire à mes patients «ne vous inquiétez pas, vous serez greffés dans trois mois» ».

Faire mieux que lors de la première vague

Cette situation qui pénalise lourdement ces patients n’était pourtant pas censée se reproduire. Lors de la première vague, aucune greffe de rein n’avait été réalisée entre le 18 mars et le 11 mai. « En mars, on ne savait pas ce qu’allait donner le Covid-19 sur un patient immunodéprimé », précise Alexandre Hertig. Or, on doit forcément placer un patient dans cet état vulnérable pour que la greffe ait une chance de prendre. « A la différence des greffes de cœur, poumon, foie, qui sont vitales car il n’y a pas de système artificiel durable, les patients en insuffisance rénale peuvent survivre grâce à la dialyse, reprend le médecin. C’est pour ça que seule la greffe rénale s’est interrompue. »

Ce qui n’a pas été sans conséquence. « On a laissé les reins en place sur 110 donneurs décédés, donc 220 reins ont été perdus, regrette Magali Leo, responsable du pôle plaidoyer chez Renaloo, association de patients souffrant d’insuffisance rénale. A l’époque, l’organisation n’a pas contesté cette décision. Mais très vite, on s’est rassemblé pour dire «plus jamais ça !». Et que si une deuxième vague se présentait, il fallait qu’on s’organise pour que la greffe rénale se poursuive. »

D’autant qu’on a découvert a posteriori que, contrairement à ce qu’on pouvait imaginer, deux fois plus de patients en dialyse ont été infectés par le coronavirus que d’anciens greffés… Autre information importante : « il n’y a pas eu de signal très négatif venant de nos collègues qui continuaient à transplanter des cœurs et des poumons indiquant que c’était pure folie de greffer des personnes pendant la pandémie », renchérit Alexandre Hertig.

Comment maintenir cette activité ?

Maintenir cette activité est une priorité partagée par le ministère de la Santé. En effet, Olivier Véran a bien précisé que les greffes, tout comme les soins liés aux cancers, devaient se poursuivre pendant cette deuxième vague, malgré le déclenchement des plans blancs. Même topo du côté de l’
Agence de biomédecine, en charge des greffes.
Elle a publié le 22 septembre des recommandations. Dans un premier temps, les hôpitaux doivent maintenir une filière sans patient Covid au sein des hôpitaux. Et dans le cas où cela ne serait plus tenable, elle recommande qu’ils puissent être transférés vers d’autres établissements. En clair, que les hôpitaux s’organisent et envisagent des coopérations pour que ces reins ne soient pas perdus. « On s’attendait à ce que ces coopérations se mettent en place, reprend Magali Leo. Or, à notre connaissance, sauf en Ile-de-France, ce n’est pas le cas. »

Dans son dernier communiqué du 9 novembre, l’Agence française de biomédecine assurait que « dans les dernières semaines, grâce à la mobilisation de tous, les prélèvements et les greffes à partir de donneur décédé se sont poursuivis à un niveau très satisfaisant. Au cours du mois d’octobre 2020, 266 greffes de rein ont ainsi été réalisées, contre 283 en octobre 2019 : en dépit du contexte sanitaire difficile, la baisse observée n’est que de 6 % ».

Mais c’était avant le reconfinement annoncé le 30 octobre… Et l’Agence n’excluait pas que la situation se tende : « dans les prochaines semaines, compte tenu de la dynamique de l’épidémie, les délais d’attente pour accéder à la greffe rénale pourraient être allongés en raison, notamment, de l’indisponibilité des équipes médicales et paramédicales, ainsi que des blocs opératoires. »

Des remontées contradictoires

Est-ce le cas ? Les patients s’inquiètent en tout cas d’un manque de transparence… « A la Pitié, on a une greffe tous les deux ou trois jours, ce qui est notre rythme normal, rassure Alexandre Hertig. Mais on voit une tendance à la diminution de l’activité, selon mes informations, de l’ordre de 10 % en France et de 20 % en Ile-de-France. C’est lié au fait que quand les réanimations sont saturées, elles ne peuvent pas accueillir de donneur d’organe. C’est pour ça que la saturation des réa, elle concerne aussi les patients en attente d’un organe, que ce soit un rein, un cœur ou un foie. »

Si demain, davantage de service de réanimation se retrouvaient en surrégime, ce serait autant de patients pénalisés. « Lors des comités de suivi avec l’Agence de Biomédecine, on nous dit que tout va bien, mais on a des remontées du terrain qui confirment que des rendez-vous sont annulés, alerte Magali Leo. Dans les engagements, il y a eu un changement de stratégie. Ce qui nous manque, c’est la garantie que tous les moyens sont mis en œuvre pour maintenir cette activité. »



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