Coronavirus : la fausse piste de « l’orage cytokinique » – Futura

Coronavirus : la fausse piste de « l’orage cytokinique » – Futura

Contrairement à ce que suggéraient les médecins et à ce qui arrive dans d’autres pathologies comme la grippe, la surréaction du système immunitaire ne serait pas en cause dans la plupart des formes mortelles de Covid-19. Le décès serait au contraire lié à la mise à mal du système immunitaire par le virus. Une conclusion qui va obliger à revoir les traitements donnés aux malades.

Pour beaucoup de médecins et de scientifiques, la soudaine aggravation de la Covid-19 est dans beaucoup de cas liée à une surréaction du système immunitaire qui s’emballe en relâchant une production excessive de cytokines, ces molécules sécrétées par des cellules telles que les lymphocytes et les macrophages pour combattre les virus. « Les preuves s’accumulent pour monter qu’une partie des patients atteints d’une forme sévère de Covid-19 sont sujets à un syndrome de choc cytokinique », écrivaient ainsi des chercheurs de l’University College London Hospitals (Royaume-Uni) dans la revue The Lancet.

La piste de l’orage cytokinique, aussi appelée « tempête hyperinflammatoire », n’est pas sortie de nulle part. La surproduction de cytokines est notamment bien connue dans les formes graves de maladies respiratoires. Cela a notamment été pointé du doigt pour expliquer la dangerosité du Sras de 2003 et du Mers, deux autres coronavirus. On le suspecte également aussi d’avoir été à l’œuvre lors de grandes pandémies grippales, telle la grippe espagnole qui a tué environ 50 millions de personnes en 1918-1919.

Moins de 5 % des cas graves de Covid-19

Sauf que voilà : cette explication serait une fausse piste pour expliquer la mortalité dans le cas du Sars-Cov-2, affirment aujourd’hui deux nouvelles études. « Moins de 5 % des patients atteints de Covid-19, y compris les individus les plus malades, ont une réponse immunitaire hyperinflammatoire et potentiellement mortelle connue sous le nom de syndrome de la tempête de cytokines », affirment les auteurs de la première étude parue le 13 novembre dans Science Advances impliquant 168 patients atteints de Covid-19. Ces patients souffrant de formes graves présentent même moins d’inflammation qu’une personne moyenne atteinte de grippe, ajoute l’étude qui a analysé le cas de 168 adultes atteints de Covid-19 et 25 adultes atteints de grippe.

La gravité de la maladie serait à l’inverse liée à une réponse immunitaire « profondément supprimée », notamment chez les personnes âgées. « Le virus [du Sars-Cov-2] est en quelque sorte une double peine pour les personnes âgées, explique Sean Leng, professeur de médecine et d’immunologie à l’université Johns Hopkins. Ces dernières ont un système immunitaire plus faible au départ, il est donc plus facile pour le virus d’y pénétrer et de s’y développer. Et lorsque le virus commence à tuer les cellules immunitaires restantes, il aggravera encore leur situation ».

Le virus du Sars-Cov-2 est une double peine pour les personnes âgées

Covid-19 : des taux de cytokines pas spécialement élevés

Une deuxième étude parue dans Jama vient corroborer ces résultats. Ses auteurs ont comparé les taux de trois cytokines essentielles dans le sang des patients admis aux soins intensifs avec plusieurs affections distinctes (Covid-19, infection respiratoire aiguë sévère, choc septique bactérien, arrêt cardiaque ou traumatisme grave). Parmi ces cinq groupes de patients, il s’est avéré que le niveau de cytokines était significativement plus faible chez les patients atteints de Covid-19 que ceux souffrant de choc septique ou d’une infection respiratoire aiguë sévère, et similaire à ceux ayant subi un traumatisme ou un arrêt cardiaque, « des conditions qui ne sont pas connues pour les tempêtes de cytokines », relèvent les auteurs.

Des traitements anti-inflammatoires inutiles ?

Ces conclusions remettent en cause les traitements anticytokines administrés aux patients souffrant de formes graves de Covid, comme le tocilizumab ou le sarilumab, qui ont pourtant fait l’objet d’un grand intérêt. La majorité des patients Covid-19 ne seraient pas non plus candidats à un traitement par des corticostéroïdes tels que la dexaméthasone, affirment les chercheurs. Cette dernière s’est pourtant avérée efficace pour traiter les patients gravement malades, avec un risque de mortalité réduit de 34 %. « Diriger les thérapies immunosuppressives vers le seul petit sous-ensemble de patients Covid-19 ayant une réponse immunitaire hyperactive est la seule façon de savoir si ces approches sont finalement utiles », explique Philip Mudd, médecin urgentiste à l’hôpital juif Barnes de Saint-Louis et coauteur de l’étude de Science Advance.

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