Coronavirus : Le Molnupiravir est-il le traitement miracle qu’on attendait ? – 20 Minutes

Coronavirus : Le Molnupiravir est-il le traitement miracle qu’on attendait ? – 20 Minutes
Le Molnupiravir, un antiviral expérimental, a bloqué la transmission et l’évolution du coronavirus chez des furets. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Une étude publiée dans la revue « Nature Microbiology » démontre l’efficacité d’un médicament antiviral expérimental contre le Covid-19 testé sur des furets.
  • Ce médicament, le Molnupiravir, aurait la capacité de bloquer la transmission du coronavirus en un jour, mais aurait aussi la capacité de limiter les risques d’évolution vers une forme grave de la maladie.
  • Des résultats très prometteurs, qui doivent toutefois être confirmés chez l’humain.

L’année 2020 aura été bien pourrie par la pandémie de coronavirus, mais la lumière commence à poindre au bout du tunnel. Alors que le Royaume-Uni
commence tout juste sa campagne de vaccination contre le
Covid-19 et que la France va lui emboîter le pas
dès les prochaines semaines, une autre nouvelle de taille s’annonce très prometteuse sur le terrain de la recherche thérapeutique contre cette maladie inconnue il y a encore un an. L’espoir pourrait tenir en cinq syllabes : Molnupiravir.

Kézako ? Il s’agit d’un médicament antiviral expérimental, initialement développé pour lutter contre la grippe saisonnière. Testé sur des furets, il aurait montré une efficacité redoutable, en bloquant la transmission du virus en 24 à 36 heures, selon une étude scientifique menée par des chercheurs de l’Institut des sciences biomédicales de l’Université de Géorgie (Etats-Unis) publiée le 3 décembre dans la revue Nature Microbiology. Si l’efficacité et l’innocuité de ce traitement étaient démontrées chez l’homme, le Molnupiravir pourrait bien être le
traitement anti-Covid que la planète attendait.

Un médicament potentiellement capable de bloquer la transmission du virus

Pour tester l’efficacité du MK-4482/EIDD-2801, ou Molnupiravir, les chercheurs ont donc opté pour le furet, en raison de la similarité de leurs récepteurs à coronavirus avec ceux des humains. « Nous pensons que les furets sont un modèle de transmission pertinent car ils propagent facilement le SARS-CoV-2, mais ne développent généralement pas de forme grave de la maladie, ce qui ressemble étroitement à la propagation du SARS-CoV-2 chez les jeunes adultes », déclare le Dr Robert Cox, codirecteur de cette étude, dans une déclaration relayée par l’Université de Géorgie. Le furet est en outre le cousin du vison, animal très sensible au coronavirus et dont plusieurs élevages,
en France notamment, ont été contaminés au Covid-19.

En pratique, les chercheurs ont infecté six furets avec le SARS-CoV-2 et ont traité trois d’entre eux avec le Molnupiravir. L’équipe a réparti douze furets non infectés, soit dans des cages avec les animaux malades traités, soit avec les furets n’ayant pas reçu le médicament. Les scientifiques ont testé quotidiennement les furets durant huit jours. Résultat : aucun des furets partageant les cages des animaux traités n’a contracté le coronavirus. En revanche, au bout de quatre jours, tous les furets sains mis en cage avec leurs congénères malades n’ayant pas reçu de Molnupiravir ont été infectés par le SARS-CoV2.

En clair : ce traitement antiviral, administré par voie orale, a permis de bloquer la transmission du virus. « Le traitement thérapeutique des animaux infectés avec le MK-4482/EIDD-2801 deux fois par jour a réduit significativement la charge de SARS-CoV-2 dans les voies respiratoires supérieures. Cela a complètement supprimé la propagation aux furets contacts non traités, commente le Dr Richard Plemper, qui a mené ces travaux. Il s’agit de la première démonstration qu’un médicament administré par voie orale peut bloquer rapidement la transmission du SARS-CoV-2 ».

Un médicament potentiellement capable de réduire l’évolution de la maladie vers une forme grave

« Si les données de la transmission du SRAS-CoV-2 sur le furet sont prédictives de l’effet chez l’homme, les patients infectés par le Covid-19 pourraient devenir non infectieux dans les 24 à 36 heures suivant le début du traitement administré par voie orale », projettent les auteurs de l’étude, reconnaissant toutefois que « l’efficacité antivirale » du Molnupiravir « chez l’homme est encore inconnue ».

Et ce n’est pas la seule promesse du Molnupiravir : « Le traitement par MK-4482/EIDD-2801, en particulier lorsqu’il est démarré très tôt après l’infection », aurait trois avantages, assurent les chercheurs : « il peut réduire le risque de progression de la maladie vers une forme grave et accélérer la guérison », ce qui représenterait une avancée thérapeutique majeure, en particulier pour les personnes âgées ou ayant des comorbidités. Le Molnupiravir permettrait également de « soulager l’impact émotionnel et socio-économique de la pandémie en évitant l’isolement et les confinements, et mettre fin rapidement à l’apparition de clusters », ou foyers épidémiques, en raccourcissant drastiquement la durée de la contagiosité.

Des essais cliniques en cours sur des patients Covid

Mais après des essais concluants sur les furets, reste à savoir si le Molnupiravir sera aussi efficace sur l’homme. Il y a quelques mois, c’est le remdesivir, un autre médicament antiviral, qui suscitait l’emballement. Administré à des patients Covid, ce médicament n’a pas démontré d’effets concluants contre la maladie, et exposerait même les patients à de graves effets indésirables. Le 20 novembre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a ainsi recommandé de ne pas administrer ce médicament antiviral aux malades du Covid-19 : « Le médicament antiviral
remdesivir n’est pas conseillé pour les patients admis à l’hôpital pour le Covid-19, quel que soit le degré de gravité de leur maladie, car il n’y a actuellement pas de preuve qu’il améliore la survie ni qu’il permette d’éviter d’être placé sous ventilation artificielle ». Et début octobre, l’Agence européenne du médicament a indiqué qu’elle allait étudier des signalements faisant état de « problèmes rénaux aigus » qui pourraient être liés à la prise de remdesivir.

Pas question, donc, de laisser un nouveau fiasco se produire. A ce jour, des essais cliniques de phase II/III du Molnupiravir sont en cours et menés par le laboratoire Ridgeback Biotherapeutics : cet antiviral expérimental est ainsi testé chez des patients atteints de Covid-19. Les chercheurs essaient sur eux trois dosages différents du traitement, administré toutes les 12 heures pendant cinq jours. Les données de ces essais cliniques ne devraient toutefois pas être disponibles avant mai 2021.

Ridgeback Biotherapeutics collabore déjà avec la firme pharmaceutique Merck pour développer ce traitement. Mais avant de se réjouir prématurément, des travaux complémentaires doivent être menés sur le Molnupiravir. De précédentes versions du Molnupiravir ont eu des effets mutagènes de nature à induire des malformations congénitales. Les deux firmes devront donc démontrer que cette formulation est non seulement efficace, mais ne présente aucun effet toxique ou indésirable grave.



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