Coronavirus : Pourquoi la population a changé d’avis sur le vaccin ? – 20 Minutes

Coronavirus : Pourquoi la population a changé d’avis sur le vaccin ? – 20 Minutes
Les Français sont désormais une majorité à vouloir se faire vacciner — Alexander Ryumin/TASS/Sipa USA/SIPA
  • Alors que la France accélère toujours plus dans sa politique de vaccination contre le coronavirus, l’exécutif peut être rassuré : ce ne sont pas les volontaires qui manqueront. Car 56 % des Français souhaitent se faire vacciner, selon un sondage Odaxa-Backbone.
  • Or, le même sondage indiquait qu’à l’approche de Noël, ils n’étaient que 42 % à vouloir se faire vacciner.
  • Comment ce revirement s’est-il opéré ? « 20 Minutes » vous livre quelques explications.

Selon un sondage Odoxa-Backbone consulting pour France Info et Le Figaro publié ce jeudi, 56 % des Français veulent se faire
vacciner contre
le coronavirus. Ils n’étaient que 42 % le 23 décembre. Comment expliquer une telle remontada et une inversion des tendances en moins d’un mois ?

Pour le médecin et chercheur en épidémiologie Michaël Rochoy, un tel écart en quelques semaines signifie avant tout que beaucoup de refus de la vaccination étaient en réalité plus de l’indécision qu’une volonté nette d’éviter la piqûre. Lui-même l’a constaté : « Ce dernier mois, j’ai eu énormément de patients qui me demandaient mon avis sur le vaccin. Non pas qu’ils n’en voulaient pas, mais qu’ils doutaient. Avec les bons arguments et les données adéquates, ils y ont été favorables. »

Les données et les faits rassurants

Cette indécision se manifestait aussi dans une envie de ne pas être dans les premiers à se faire vacciner. Maintenant que la France vaccine en masse (plus de 70.000 personnes en vingt-quatre heures ce jeudi), et surtout que d’autres pays ont déjà vacciné des pourcentages entiers de leurs populations (plus de 30 % de la population israélienne notamment), cette appréhension est moins forte.

« Ce que les Français constatent, c’est l’absence d’effets secondaires ou graves », se réjouit Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie à Strasbourg et membre du collectif Du côté de la science. La France n’a ainsi recensé qu’un cas d’effet indésirable de nature allergique sur 138.000 cas. Au niveau mondial, les Etats-Unis (qui ont déjà vacciné plusieurs millions de personnes) comptent environ un cas d’allergie grave tous les 100.000 vaccinés. « Constatant ces données, les Français sont rassurés et voient bien que la balance bénéfice/risque penche du premier côté, malgré ce que disaient les fakes news ou les rumeurs », note le chercheur.

Intelligence et coupe du monde

Pour lui, c’est peut-être ça qui expliquait les mauvais chiffres d’adhésion à la population en décembre : un manque d’informations. Une tare aujourd’hui rattrapée avec une mission de vulgarisation prise à bras-le-corps, tant par les soignants que par l’exécutif. Or, Eric Billy l’assure, les Français sont loin d’être le peuple qu’on a voulu caricaturer lors des pics de scepticisme contre le vaccin : « Au contraire, les Français et Françaises sont logiques, ils cherchent les informations, ont une bonne capacité d’analyse et de réflexion, prennent du recul. Quand ils et elles constatent que toutes les informations fiables et sourcées vont dans le bon sens, ils sont favorables à la vaccination. »

Selon Michaël Rochoy, en plus d’être logique et intelligent, le peuple français est également pragmatique : « Il voit bien qu’actuellement, les vaccins semblent être une solution pour arrêter ce stop-and-go et ces confinements et mesures restrictives. La lassitude et la peur des variants jouent également énormément. » Avec toutes ces chouettes qualités intellectuelles, il faut ajouter un certain chauvinisme bien de chez nous. Le médecin poursuit : « Les chiffres des autres pays sont très commentés. Comme dans une Coupe du monde, on raille les débuts poussifs de notre équipe, mais au bout du compte, on veut voir la France gagner. On refuse de voir l’Allemagne ou le Danemark être meilleur que nous. »

L’effet boule de neige à double tranchant

Autre effet très attendu et très commenté, l’effet boule de neige. Mehdi Moussaid, chercheur en science cognitive à l’institut Max Planck de Berlin, spécialiste de la foule, et créateur sur la chaîne YouTube Fouloscopie explique ce phénomène social, assez connu : « Lorsque les personnes sont indécises ou ne savent pas quoi faire, ils vont avoir tendance à suivre ce que font leurs voisins, moins par conviction que par mimétisme. » Exemple parlant : lors d’une alarme incendie, si vos voisins restent assis, vous aurez tendance à rester assis. Au contraire, si tout le monde court dans tous les sens, il y a de fortes chances que vous aussi vous preniez vos jambes à votre cou. De fait, « la majorité s’auto-alimente. Plus il y a de gens favorables à une opinion, plus celle-ci devient populaire », note le chercheur. Ainsi, le « non » majoritaire grossissait les rangs du non de nombreux indécis, tandis qu’aujourd’hui, le « oui » majoritaire fait de même.

Même si certains ont plus d’influence que d’autres. Pour reprendre l’analogie avec l’alarme incendie, si tout le monde reste assis mais qu’un pompier vient vous voir pour vous dire de fuir, vous fuirez probablement. « Chaque groupe social a ses propres leaders et figures d’autorité, dépendant aussi en partie du contexte », appuie Mehdi Moussaid. Ce rôle de leader d’influence et de basculement, c’est sans doute les soignants qui l’ont joué lors de ce revirement. En demandant à se faire vacciner, en incitant leurs patients à le faire, en médiatisant la vaccination, les soignants ont probablement été décisifs dans la bascule de la majorité. Michaël Rochoy abonde : « Le vaccin ne pouvait pas être présenté que politiquement par le gouvernement. Voir les autorités médicales s’en saisir a probablement beaucoup compté, tout comme certaines personnalités non politisées, comme la reine d’Angleterre ou des stars. »

Tout cela est bien beau, mais les explications montrent une chose : si la conviction n’était pas solide pour le « non » majoritaire en décembre, elle ne l’est probablement pas plus pour le « oui » mi-janvier. Michaël Rochoy à la conclusion : « Beaucoup d’effets marchent par tendance. Du coup, il suffirait d’un rien pour qu’on assiste à une nouvelle volte-face des Français. Un cas grave médiatisé, des stars qui refusent de se faire vacciner… L’effet boule de neige fonctionne dans les deux sens. ». Pour rappel, le même sondage avait été fait en novembre 2020. Cette fois, ils étaient 50 % à vouloir se faire vacciner. Le mois suivant, seulement 42 %.

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