Coronavirus : une compote de pomme et un Coca positifs à un test antigénique ? – LCI

Coronavirus : une compote de pomme et un Coca positifs à un test antigénique ? – LCI

Coronavirus : une compote de pomme et un Coca positifs à un test antigénique ? | LCI

DÉPISTAGE – Un député autrichien a dénoncé la fiabilité des tests antigéniques en montrant qu’ils étaient positifs à une boisson gazeuse. Une expérience reproduite par un internaute avec une compote de pomme. Dans les deux cas, la méthodologie scientifique est trompeuse.

Certains disent qu’ils sont trop souvent négatifs. D’autres les accusent du contraire. À les entendre, les résultats des tests antigéniques utilisés dans la lutte contre le coronavirus seraient purement aléatoires. C’est en tout cas ce qu’a voulu montrer ce jeudi 11 décembre un député autrichien d’extrême droite. En pleine séance au Parlement, à Vienne, Michael Schnedlitz a amené un verre de Coca-Cola et un test. Après avoir versé une goutte sur la bandelette, il assure que le résultat est positif. « Nous avons un problème : il y a un cas de coronavirus à la chambre », ironise-t-il, brandissant le résultat devant les élus. Avant de conclure que ces tests, utilisés en Autriche dans une très large campagne de dépistage au Covid-19, étaient en réalité inefficaces. Et auraient permis de gonfler les chiffes des personnes positives.

Un exploit enregistré et notamment publié sur la chaîne du Parti de la liberté d’Autriche (FPO), où elle a été vue plus de 950.000 fois. L’élu l’a également mise en ligne sur sa page Facebook, accusant le gouvernement de dépenser « des dizaines de millions de dollars en argent du contribuable » pour ces produits « sans valeur ». La séquence est arrivée jusqu’à l’extrême droite allemande. La députée de l’AfD Alice Weidel a fustigé sur Twitter la « fiabilité » de ces tests. Alors que s’est-il passé ?

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Un test mal réalisé

L’élu a tout simplement mal réalisé le dépistage. Celui qui l’explique le mieux, c’est le fabricant du produit. Sur Facebook, le laboratoire Dialab a ainsi noté que le député autrichien avait omis une étape cruciale. Après avoir prélevé l’échantillon, l’écouvillon – cette longue tige qui ressemble à un coton-tige – est systématiquement trempé dans une solution. Celle-ci doit permettre de « stabiliser le pH de l’échantillon ». « C’est ce liquide qui est ensuite égoutté sur la bande », précise le fabricant. Sans cette étape, l’acidité de la boisson est donc venue « détruire la protéine anticorps du test », supposée reconnaître le coronavirus. Ce qui justifie le faux positif. « Si vous aviez utilisé le test correctement, comme décrit dans le texte ci-joint, il serait négatif », écrit le fabricant. Et d’y ajouter une preuve : une vidéo dans laquelle le test est réalisé, cette fois-ci sans sauter l’étape essentielle. Le résultat est négatif. 

Une explication qui ne suffit pas à éclaircir le phénomène observé dans une autre vidéo virale, réalisée en Allemagne. Un internaute a filmé la semaine dernière une expérience similaire, cette fois-ci avec une  compote de pomme. Il assure alors que le test est « positif au coronavirus ». Publiée également en France, la vidéo sert d’argument à certains pour prouver que le coronavirus n’existe pas tandis que d’autres accusent directement le test de contaminer les personnes qui se font dépister.

Dans cette expérience, aucune étape ne semble pourtant oubliée. Seulement, l’erreur est bien plus flagrante. Il faut savoir qu’un test antigénique fonctionne comme un test de grossesse, avec une fenêtre de lecture des résultats. Or, en lisant les notices d’utilisation, et la manière dont on interprète les résultats, on lit que pour qu’un test soit positif, des bandes colorées doivent apparaître dans « la ligne de contrôle (C) et la ligne de test (T) ». Si seule la ligne C – qui permet de s’assurer que le test est validé – est colorée, alors le résultat est négatif. Et ici, une seule ligne semble présente. L’internaute écrit en légende que la compote est « positive », mais en fait, en y regardant de plus près, c’est le contraire. 

Une « aberration » scientifique

Dans un cas, nous avons une méthode fallacieuse et dans l’autre un résultat mal interprété. Reste que, même avec une méthode rigoureuse, mettre un produit quelconque sur un test ne permet pas d’en conclure « l’inefficacité ». Auprès de LCI.fr, le spécialiste Pierre Zachary rappelle ainsi que la « reconnaissance des antigènes et des anticorps » par les tests a été prouvée uniquement « dans certains milieux ». Ce pharmacien biologiste explique en effet que les essais pour ces produits permettent de « valider un certain nombre de milieux dans lequel vous pouvez faire ces analyses ». Et dès lors qu’on prend un environnement qui n’est pas concerné « on a des précipités de protéines qui peuvent interférer ». « Quand vous n’avez pas validé un milieu avec un test, vous pouvez avoir des résultats faussement positifs. » Dans ce cas, rien de surprenant à ce que l’acidité et les protéines des liquides « interfèrent avec les anticorps ».

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Pour illustrer l’importance du respect des conditions de dépistage, le responsable du secteur virologie chez Bio Group souligne que même certains écouvillons peuvent fausser un test, provoquant « des réactions non spécifiques ». « Les laboratoires travaillent toujours sur un couple écouvillon – test antigénique ». En résumé, s’il est vrai que ces tests sont globalement « moins sensibles que la PCR » et possèdent « plus d’interférences »,  on ne peut pas utiliser « n’importe quoi pour faire un test antigénique ». Une conclusion similaire à celle de Dialab. Le laboratoire rappelait sur Facebook que les dépistages doivent « toujours être effectués par le personnel hospitalier ou par du personnel qualifié ». 

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