Covid-19 : à lhôpital, lépineuse question du « tri » des patients – Le Monde

Covid-19 : à lhôpital, lépineuse question du « tri » des patients – Le Monde
Le professeur Jean-François Timsit, chef du service de réanimation de l’hôpital Bichat, pendant un comité d’éthique avec son équipe, le 22 octobre.

Le taux d’occupation des services de réanimation est devenu son obsession. Depuis le début de la crise sanitaire, Emmanuel Macron garde les yeux rivés sur cet indicateur qui, s’il vire écarlate, signifiera la submersion du système de santé. Sa hantise ? Que les soignants soient contraints de trier les malades. C’est d’ailleurs l’argument qu’il a avancé, le 28 octobre, pour justifier le reconfinement. « Si nous ne donnons pas aujourd’hui un coup de frein brutal aux contaminations, les médecins devront alors choisir, ici entre un patient atteint du Covid et une personne victime d’un accident de la route, là entre deux malades du Covid. (…) Ce qui, a-t-il ajouté, compte tenu des valeurs qui sont les nôtres, (…) est inacceptable. »

La deuxième vague commençait à refluer lorsque le premier ministre, Jean Castex, trois semaines plus tard, insistait pour ne pas « baisser la garde » : « Il faut à tout prix éviter de mettre les médecins dans ce dilemme éthique consistant à choisir les patients. » Les médecins militaires sont formés à ces situations où ils se retrouvent, seuls, avec dix blessés et deux tables d’opération. Les hôpitaux civils ne le sont pas. Et l’opinion ne s’en remettrait pas.

Décisions inhabituelles

Des décisions inhabituelles, les soignants ont pourtant dû en assumer, depuis bientôt neuf mois. La pénurie de ressources a rendu des choix inévitables. Si les équipes de réanimation ont accueilli comme elles pouvaient les patients qu’on leur présentait, ce n’est pas sans une sélection drastique en amont. En temps normal, déjà seuls les plus robustes, les patients jugés aptes à endurer ce « marathon » dont un sur cinq ne se relèvera pas, sont admis en « réa ». Mais la crise a exacerbé ces questions et n’épargne personne.

Il est par exemple un secteur dont on a peu parlé, où « le tri s’est fait d’office », rappelait Régis Aubry, chef du département douleurs-soins palliatifs du centre hospitalier universitaire (CHU) de Besançon, lors d’une conférence organisée par la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP). C’est le secteur des aides à domicile, très tardivement fourni en masques. Au début de la première vague, « 60 % des effectifs de la région ont été touchés par le Covid. Il n’y avait plus de personnel pour s’occuper des personnes à domicile ». Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) n’étaient pas mieux lotis. « J’ai assisté à des discussions où on se demandait qui on allait lever aujourd’hui, qui on va laver, et est-ce qu’on nourrit les gens le matin ou l’après-midi. »

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