Covid-19 : comment les hôpitaux et cliniques de Haute-Garonne font face à la nouvelle vague – ladepeche.fr

Covid-19 : comment les hôpitaux et cliniques de Haute-Garonne font face à la nouvelle vague – ladepeche.fr

l’essentiel
Comme partout en France, les hôpitaux et cliniques du département doivent libérer des lits pour accueillir des patients Covid-19 plus nombreux. L’enjeu est de maintenir aussi l’offre de soins non Covid pour tous les autres patients. La bataille de la deuxième vague est lancée. 

En mars dernier, les cliniques de l’agglomération toulousaine s’étaient rangées derrière le CHU et l’Agence régionale de santé, « en ordre de bataille pour mener la guerre contre le Covid-19 » : blocs opératoires fermés, étages entiers vidés, accueil de patients extérieurs, etc. Aujourd’hui, la mobilisation est toujours là mais le scénario diffère: la bataille à mener contre l’épidémie s’annonce plus difficile et il n’est pas question de laisser les patients non Covid sans soins, pas plus que de se retrouver économiquement hors-jeu.

Davantage de déprogrammations à partir de lundi

L’Agence régionale de santé (ARS) a déclaré jeudi 29 octobre le passage en niveau 4 de la doctrine régionale d’adaptation de l’offre de soins et le déclenchement du niveau 2 du Plan Blanc. Ce qui signifie, pour tous les établissements de soins, la « déprogrammation des activités chirurgicales qui peuvent l’être » afin de libérer des places d’hospitalisation pour les patients atteints d’une forme grave de Covid-19. Ceux-ci augmentent. Ils sont actuellement plus de 300 hospitalisés en Haute-Garonne dont 64 en réanimation.

Des transferts de patients

Dans les trois cliniques du groupe Ramsay Générale de santé (Croix du Sud à Quint-Fonsegrive, les Cèdres à Cornebarrieu et L’Union) entre 7 et 10lits supplémentaires de réanimation seront armés en début de semaine, la capacité des soins intensifs montera à 66 lits et 46 lits de médecine sont déjà ouverts. À elles trois, ces cliniques accueillent actuellement 33 patients Covid dont 13 en réanimation et 2 en soins continus. Ces derniers jours, elles ont reçu des patients de Castres, Montauban et Nîmes. Pendant ce temps, pour soulager la clinique des Cèdres, la clinique Rive Gauche (groupe des cliniques indépendantes Clinavenir) a accueilli trois patients stabilisés après leur passage en réanimation qui rejoindront ensuite des services de soins de suite et de réadaptation (SSR).
Partout, en lien avec l’ARS et l’ORU, organe fédérateur de tous les services d’urgences d’Occitanie, les établissements s’organisent pour une juste répartition des patients. L’ordre n’est pas à la déprogrammation massive comme en mars. Chacun maintient au maximum ses activités, garde entre 5 et 10 lits vides selon ses capacités, et se tient prêt à faire plus. «Il n’est pas facile d’y voir clair : le nombre de cas augmente de manière plutôt linéaire. Mais nous savons, par nos collègues d’autres régions, que la situation peut se dégrader en 24 heures», confie Fabrice Derbias, responsable du groupe Toulouse pour le pôle Ramsay. «Nous sommes adaptables et capables d’être très réactifs, nous l’avons déjà démontré», explique Gérard Reysseguier, directeur de la clinique Rive Gauche. «Il n’est plus question de déprogrammer à 100 %, les besoins sont définis et collent avec la réalité de chaque établissement», complète Jean-Michel Nabias, directeur de la clinique Médipôle Garonne qui pourra mobiliser 9 lits de médecine pour des patients Covid.

Manque de personnel et moral en baisse

Dès lundi, dans les cliniques, des activités chirurgicales – les moins urgentes d’abord- pourront être reportées. Notamment pour récupérer du personnel soignant, le nerf de la guerre. À la clinique Pasteur, la réanimation n’est pas saturée mais les hospitalisations croissent: 51 patients Covid en HAD (hospitalisation à domicile) contre 30 il y a encore trois jours. «Pour avoir plus de lits de réanimation, il nous faut du personnel et du matériel. Nous allons donc réduire notre activité de 40% d’ici mercredi. On sent que la vague monte et qu’elle sera plus importante qu’elle ne l’a été en mars dernier dans notre région. Mais nous avons aussi appris, nos organisations sont plus efficaces, nos procédures sont rodées et, cette fois, nous disposons de matériel de protection», souligne Dominique Pon, directeur de la clinique Pasteur de Toulouse.

« Le taux d’absentéisme est plus élevé que lors de la première vague. Les soignants sont désabusés, amers, les intérimaires changent de mission au dernier moment »

À noter que la plupart des sites s’inquiètent du manque de gants à usage unique, de surblouses, de pyjamas jetables. Et que malgré toute leur bonne volonté, les soldats montrent un petit moral, touchés de plus près par le Covid. «Nous sommes plus usés, plus inquiets et il manque toujours des soignants dans notre pays», remarque Fabrice Derbias. «Nous sommes sur le fil du rasoir: le taux d’absentéisme est plus élevé que lors de la première vague, les soignants sont désabusés, amers, les intérimaires changent de mission au dernier moment», souligne Vincent Lacombe, directeur de la clinique Saint-Exupéry (Clinavenir).

En réanimation au CHU de Toulouse : « Une montée progressive »

« Les cas augmentent en réanimation, doucement mais sûrement. Lors de la première vague, tout était arrivé d’un coup », constate le Dr Bernard Georges, co-responsable du pôle anesthésie-réanimation du CHU de Toulouse.

32 morts en un mois

Ce vendredi 30 octobre, le CHU de Toulouse dénombrait 171 patients hospitalisés pour Covid, dont 37 en réanimation et 19 en soins intensifs. Il déplore par ailleurs 9 décès depuis dimanche dernier ce qui porte à 32 le nombre de morts à l’hôpital pour le mois d’octobre, soit un tiers des décès comptabilisés depuis le début de l’épidémie.
« Pour le moment, nous fonctionnons avec moins de 15 % d’interventions déprogrammées. Ce qui nous permettra, la semaine prochaine, d’avoir 15 lits supplémentaires de soins critiques et 12 de surveillance continue. L’étape suivante sera la déprogrammation », poursuit le Dr Bernard Georges.

La prise en charge a évolué

Il rappelle que le changement principal par rapport à mars se situe dans la prise en charge : moins de patients intubés, plus de patients sous oxygène à haut débit et ventilation et, pour tous, des corticoïdes (dexaméthasone) qui permettent d’avoir une réaction inflammatoire moindre.

Tests antigéniques, unités dédiées : les médecins traitants s’organisent aussi

Tous les patients touchés par la Covid-19 ne vont pas à l’hôpital. Fort heureusement. «90 % des patients positifs au virus passent par nous, médecins généralistes. Et la majorité guérit spontanément ou après quelques jours de surveillance», affirme le Dr Jean-Louis Bensoussan, vice-président de l’URPS médecins libéraux d’Occitanie. « Mais, oui, les cas positifs augmentent. Les contaminations se font dans les foyers familiaux ou lors de repas, même en petit comité », complète le médecin qui s’appuiera la semaine prochaine sur des tests antigéniques de dépistage. « En allant plus vite avec ces tests, nous allons mieux isoler les patients positifs car c’est encore là la difficulté : tant qu’ils n’ont pas un papier mentionnant leur positivité, les patients ne se sentent pas contagieux», poursuit le médecin.
L’organisation n’est donc pas la même qu’en avril où une soixantaine d’unités dédiées Covid réparties sur l’ensemble de la Haute-Garonne avaient permis d’accueillir de nombreux patients pour assurer la sécurité sanitaire des cabinets médicaux. Elles seront 23 pour cette deuxième phase, dont 6 à Toulouse, et recevront les patients adressés par un médecin généraliste ou les services d’urgence pour les dépister et les suivre.

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«L’adhésion n’est pas la même. Il y a eu le déconfinement, les vacances et l’envie de nombreux médecins de gérer eux-mêmes les patients Covid. Attention tout de même à assurer la sécurité des cabinets», pose le Pr Stéphane Oustric, président du Conseil de l’ordre des médecins de Haute-Garonne qui envisage des réquisitions de médecins pour tenir ces unités jusqu’au printemps, au nom d’une « répartition équitable de la charge de travail ».    

Les médecins qui le souhaitent pourront adresser leurs patients dans l'une des 23 unités de soins dédiées Covid en Haute-Garonne
Les médecins qui le souhaitent pourront adresser leurs patients dans l’une des 23 unités de soins dédiées Covid en Haute-Garonne
DDM – DDM – NATHALIE SAINT-AFFRE

40 000 tests de dépistage par semaine en Haute-Garonne

Plus de 40 000 tests de dépistage du virus SARS-Cov2 sont réalisés chaque semaine en Haute-Garonne. La priorité donnée aux personnes symptomatiques, aux cas contact et aux personnels de santé a permis de réduire les délais de rendez-vous et de résultats. « Aujourd’hui, près de la moitié des résultats sont délivrés en 24h, le reste en 48 h », affirme le Pr Jacques Izopet, chef du pôle biologie et chef de service de virologie au CHU de Toulouse. Le taux de résultats positifs a augmenté : de moins de 5 % au 15 septembre, leur nombre se situe aujourd’hui entre 15 et 20 %.

Arrivée des tests antigéniques

Dans ce contexte, un outil supplémentaire arrive : les tests antigéniques. La maternité de la clinique Rive Gauche y a par exemple recours depuis trois jours.
« Ils ont l’avantage d’être rapides (20 à 30 minutes) mais leur sensibilité se situe entre 50 et 60 % par rapport au test PCR qui reste la référence. Ils doivent donc être réservés aux personnes dont les symptômes datent de moins de 4 jours (avec une charge virale élevée la sensibilité sera meilleure) et ne sont pas recommandés pour les personnes à risques car l’impact d’un « faux négatif » serait plus grand.

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