Covid-19 et vitamine D : que faut-il en penser ? – Futura

Covid-19 et vitamine D : que faut-il en penser ? – Futura

Lors de cette pandémie, on a entendu, et l’on entend encore, beaucoup de choses au sujet de la vitamine D dans le cadre de la Covid-19. Que faut-il en penser ? 

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La vitamine D… Si l’on écoute certaines allégations, elles auraient des vertus insoupçonnées sur un nombre colossal d’affections pathologiques. Chaque hiver, une petite partie de la population française (plus ou moins importante selon le type de sous-population étudié) est carencée, selon les données épidémiologiques de Santé publique France. Au sein de l’organisme, elle joue divers rôles d’importance majeure, le plus connu de tous étant peut-être celui de l’absorption du calcium et du phosphore au niveau intestinal largement popularisé et vulgarisé grossièrement par le slogan marketing « La vitamine D aide le calcium à se fixer sur les os ». C’est d’ailleurs les seules affections dans laquelle elle est recommandée en dehors de la carence manifeste : l’ostéoporose et le rachitisme.

La littérature scientifique abonde de données concernant la vitamine D et des affections pathologiques en tout genre. Nous allons nous concentrer dans cet article sur les preuves dont nous disposons sur l’utilisation de cette dernière dans le cadre de la Covid-19 à la suite d’une tribune publiée par un collectif de médecins dans La Revue du Praticien.

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Des arguments mécanistes et rétrospectifs…

La tribune de ce collectif de médecins fonde une grande partie de son propos sur des arguments mécanistes, c’est-à-dire sur les rôles biochimiques que la vitamine D occupe au sein de notre organisme, et sur d’autres émanants d’études d’observation rétrospectives. Nous avions déjà longuement parlé du problème des arguments mécanistes dans cet article sur l’histoire des essais cliniques et sur leur nécessité. Ces problèmes restent inchangés.

Concernant les données d’observation, il semblerait que les personnes atteintes de la Covid-19 soient plus carencées que la population générale. Mais les auteurs de la tribune rappellent quelques lignes plus tard que les personnes, pour lesquelles nous avons le plus de données actuellement dans le cadre de la Covid-19, sont les personnes hospitalisées. Ces dernières font donc des formes assez graves pour nécessiter un séjour à l’hôpital ou, dans le pire des cas, en réanimation. On sait aussi que l’âge et le surpoids constituent des facteurs de risque concernant la sévérité de l’infection à Covid-19, mais pas que ce sont des sous-populations également plus carencées en vitamine D. Avec les données en notre possession, il est impossible de dire, à l’heure actuelle, si la carence en vitamine D est bien impliquée dans la sévérité de la maladie. De même, plusieurs études citées par le collectif concluent à l’absence de lien causal identifié entre vitamine D et sévérité de la Covid-19. Dans la plus grosse étude d’observation qu’ils citent, l’association entre taux de vitamine D circulant et sévérité de la maladie n’est pas significative après ajustement des facteurs de confusion. 

…et pas d’arguments cliniques !

Aucun argument clinique solide, émanant d’études randomisées de grande envergure, n’est utilisé pour soutenir la démarche. Une étude d’intervention citée porte sur un nombre dérisoire de patients. Les participants reçoivent un traitement qualifié de meilleure thérapie disponible (qui n’est autre que la bi-thérapie hydroxychloroquine / azythromicine, dont l’efficacité a été infirmée) avec ou sans vitamine D. Ce protocole ne permet pas aux auteurs de conclure en faveur du traitement et suggèrent que d’autres essais de plus grande envergure soient réalisés. D’autres études d’interventions pilotes ont été réalisées mais aucune conclusion en faveur d’une balance bénéfice / risque positive du traitement ne peut être affirmée sérieusement à ce jour. 

Par conséquent, on ne sait pas si la vitamine D, quel que soit le stade de la maladie, peut être utile. Une récente étude d’observation mendélienne suggère que la vitamine D ne prévient pas les formes graves de Covid-19. Un article publié dans le Journal of American Medicine Association critique aussi l’engouement autour de la vitamine D. La revue Prescrire considère que l’incertitude règne sur le sujet. Une revue de 2017 réalisée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur la vitamine D et les infections respiratoires rappelait combien le niveau de preuves était faible et les études hétérogènes, rendant les conclusions difficiles. Un récent article paru dans Nutrition Reviews évoque une utilité plausible chez les personnes réellement carencées (moins de 10 nanogrammes par millilitres) et celles à fort risque de passer par la case réanimation si elles contractent la Covid-19 (qui représentent généralement les mêmes sous-groupes). Toutes ces données mises ensemble constituent un faisceau de preuves peu convaincant pour soutenir les revendications de la tribune qui souhaitent supplémenter en prévention l’ensemble de la population ou au moins les populations à risques. 

Des questions de priorités et de logistique 

Deux points essentiels sont à rappeler. Premièrement, nous avons une campagne vaccinale « sur les bras ». Attelons-nous à la réussir sans mettre plus de contraintes sur les laboratoires pharmaceutiques, les systèmes d’acheminement de médicaments et les pharmacies d’officine. Deuxièmement, imaginons que la vitamine D soit efficace et bénéfique dans la prévention et le traitement de la Covid-19 — ce qui ne semble pas être le cas lorsque l’on regarde l’ensemble des données sur la question — : qu’en est-il de sa taille d’effet ? Autrement dit, une supplémentation permettrait-elle vraiment d’avoir un impact significatif sur les décès ou la saturation des hôpitaux ? Faut-il vraiment allouer des ressources et mobiliser des moyens pour un produit dont les effets sont, a priori, aussi incertains ? Des questions logistiques se posent également pour de telles mesures. En premier lieu, le dépistage. La France a eu suffisamment de mal à atteindre les objectifs qu’elle s’était fixés en matière de dépistage de la Covid-19. Comment ferions-nous pour dépister toutes les carences en vitamine D en si peu de temps ?

Si l’on ne dépiste pas, comment adapter la posologie en fonction de la supposée carence ? Car la vitamine D peut, à des doses très élevées dans le sang, engendrer des effets secondaires, et un taux au-dessus des valeurs seuils recommandées à long terme a aussi été associé à une mortalité plus élevée (cela forme une courbe en U ou J inversé). De plus, d’autres variables viennent s’ajouter à l’équation. Comme nous l’explique Véréna Bourbia, docteure en géographie logistique, « il faut prendre en compte les moyens de production (les laboratoires) et leur possibilité (affectations des machines, matières premières, etc.), les recommandations et les caractéristiques du produit (quelle posologie, combien de prises, sous quel format, etc.), le volume de stockage et les impératifs de conservation pour que l’on puisse stocker la vitamine D en quantité suffisante sans impacter d’autres médicaments. » 

Enfin, il y a d’autres moyens pour corriger une éventuelle carence en vitamine D que la supplémentation, comme manger des poissons gras (particulièrement du foie de morue) ou bien, dès le mois d’avril, s’exposer quotidiennement et sporadiquement au soleil. Atteindre l’objectif d’une population non carencée sur le long terme est louable. Disperser nos efforts dans la lutte contre la Covid-19 l’est moins. Il semble bien que tous nos efforts doivent se concentrer sur la vaccination ou sur des thérapeutiques réellement porteuses d’espoir.

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