Covid-19 : la mémoire immunitaire pourrait durer plus de huit mois – Libération

Covid-19 : la mémoire immunitaire pourrait durer plus de huit mois – Libération

Plus le temps passe et plus on a de recul sur l’immunité naturelle que développent les ex-malades du Covid-19. En novembre, on pouvait dire que les anticorps contre le Sars-CoV-2 sont efficaces au moins six mois. Cette semaine, une nouvelle étude parue dans Science allonge le délai : la plupart des anciens malades semblent rester immunisés jusqu’à huit mois après l’infection, et sans doute plus longtemps encore.

Une vision complète

Les chercheurs californiens de l’Institut d’immunologie de La Jolla ont analysé la réponse immunitaire de 188 patients ayant contracté le Covid-19, dont 43 échantillons de personnes infectées depuis plus de six mois – ceux-là apportent des informations particulièrement précieuses sur l’immunité à long terme. Et pour avoir une vision complète de la mémoire immunitaire, les scientifiques ont analysé ses différentes facettes : non seulement la présence d’anticorps, mais aussi des cellules qui les produisent et d’autres cellules qui soutiennent la bataille contre le virus.

«Nous avons mesuré les anticorps, les lymphocytes B à mémoire, les lymphocytes T auxiliaires et les lymphocytes T tueurs en même temps. Je pense que c’est la plus vaste étude jamais réalisée, pour une infection sévère, qui mesure tous les quatre composants de la mémoire immunitaire», souligne Shane Crotty, qui a codirigé le travail.

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Tous ces acteurs de la réponse immunitaire ne débarquent pas en même temps dès le jour de l’infection. Certains entrent en jeu rapidement pour se débarrasser du virus, puis transfèrent progressivement leurs compétences de défense vers d’autres cellules et molécules qui se chargent de monter la garde pendant des mois et des mois. Le taux de certains composants dans le sang chute donc en quelques semaines, tandis que d’autres mesures augmentent et persistent dans le temps.

Faible mémoire immunitaire chez une fraction des malades

Pour commencer par la mauvaise nouvelle, la réponse immunitaire à long terme semble hétérogène chez les anciens malades : une petite partie d’entre eux ne réussit pas à garder la mémoire de la première infection. Le sexe et la gravité de la maladie jouent manifestement un rôle (les hommes ont plus d’anticorps que les femmes, par exemple), mais d’autres critères sont encore inconnus et restent à comprendre. «Peut-être que l’hétérogénéité vient d’une charge virale basse ou d’une faible inoculation initiale», supposent les chercheurs de Californie.

En tout cas, il y a des failles chez certains patients. «Il est donc possible qu’une fraction de la population infectée par le Sars-Cov-2 ayant une faible mémoire immunitaire soit plus susceptible d’être réinfectée relativement rapidement.»

Une protection d’au moins cinq à huit mois pour 95% des personnes

Mais pour la grande majorité de la population, soit 95% des anciens malades étudiés, «les données montrent qu’au moins trois composants de la mémoire immunitaire sont mesurés de cinq à huit mois après apparition des symptômes». Ces gens-là ont donc, a priori, développé une réelle protection anti-Covid sur la durée.

Les lymphocytes B à mémoire, notamment, «sont plus abondants à six mois qu’à un mois après l’apparition des symptômes.» Ces cellules sont les gardiennes de la mémoire de l’infection. Au départ simples globules blancs un peu génériques patrouillant dans le sang et la lymphe, ils ont réagi au contact d’un agent pathogène et se sont spécialisés pour savoir retenir et reconnaître les caractéristiques de l’ennemi (ici le coronavirus). Ils ont une longue durée de vie et une belle réactivité : si le même agresseur ose repointer le bout de son nez, les lymphocytes B à mémoire produisent rapidement des anticorps très ciblés. Cette contre-attaque est plus intense qu’à la première infection, pour tuer dans l’œuf l’invasion virale.

Les chercheurs de l’Institut de La Jolla ont également mesuré le taux d’IgG (immunoglobulines de type G), un certain type d’anticorps qui apparaît deux semaines après l’infection initiale. Et bien plus tard, ils continuent de répondre à l’appel : le taux d’IgG est «relativement stable à plus de six mois».

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D’autres composants disparaissent progressivement de l’organisme avec le temps. Les lymphocytes T auxiliaires, qui aident les cellules sur le front de la défense en secrétant une protéine, «déclinent avec une demi-vie de 3-5 mois.» Même verdict pour les lymphocytes T cytotoxiques, qui détruisent les cellules étrangères en perforant leur membrane. Cela signifie que les globules blancs aidants et les globules blancs tueurs restent présents, même en quantité réduite, longtemps après l’infection.

Dans l’attente des études sur l’immunité des vaccins

Les anciens malades ont donc «de bonnes chances d’avoir une immunité protectrice, au moins contre une forme grave de la maladie», pendant huit mois et «probablement bien au-delà», estime Shane Crotty. «Nos données suggèrent que la réponse immunitaire est là – et qu’elle reste», résume l’immunologue italien Alessandro Sette, l’un des principaux auteurs de l’étude.

Il faut maintenant espérer que l’immunité procurée par les vaccins soit aussi longue. On peut le supposer, «mais on devra attendre les données pour en être certains», indique Daniela Weiskopf, coautrice de l’étude. «Les études sur le vaccin en sont au stade initial, et montrent pour l’instant une protection forte. On espère qu’elles feront ressortir un schéma similaire de réponses immunitaires qui durent dans le temps.»


Camille Gévaudan

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