Covid-19 : la vitamine D est-elle vraiment efficace pour lutter contre les formes graves ? – Le Parisien

Covid-19 : la vitamine D est-elle vraiment efficace pour lutter contre les formes graves ? – Le Parisien

À l’heure où toute question sur un potentiel traitement contre le Covid-19 est très sensible, cette publication fait évidemment beaucoup de bruit. Ce mardi, 73 médecins et six associations de médecins ont appelé « à supplémenter l’ensemble de la population française en vitamine D » de façon préventive, pour lutter notamment contre les formes graves de l’infection. Attention aux effets d’annonce, tempèrent des spécialistes.

Rédigée par 73 « experts » francophones, et appuyée par six sociétés savantes nationales, telles que les sociétés françaises d’endocrinologie, de pédiatrie et de gériatrie et gérontologie, cette tribune recommande de « supplémenter l’ensemble de la population française en vitamine D ».


Elle fait suite à un article dit de « consensus », publié le 8 janvier dans la Revue du praticien. Ce dernier recense un plusieurs travaux portant sur l’utilité de la vitamine D dans le cadre d’infection au Covid-19.

Connue pour son rôle sur les défenses immunitaires

Selon les chiffres avancés par les auteurs, 40 % à 50 % de la population française présente une insuffisance en vitamine D, « et plus encore chez les personnes à risque de formes graves de Covid-19 ». Sans vouloir se substituer à la vaccination, ils recommandent donc « une supplémentation en vitamine D à forte dose » dès le diagnostic de Covid-19, pour « obtenir le plus rapidement possible un statut satisfaisant en vitamine D ».

Bien connue, la vitamine D joue un rôle sur les défenses immunitaires, et sert au développement et au maintien des os. Présente dans l’alimentation, elle est principalement synthétisée dans l’organisme sous l’action des rayonnements du soleil. Sa production naturelle est « quasi nulle aux latitudes françaises » pendant la période hivernale.

Covid-19 : la vitamine D est-elle vraiment efficace pour lutter contre les formes graves ?

Si ces différents points font consensus dans la communauté scientifique « on ne sait rien du tout de l’usage de la vitamine D dans le traitement des maladies infectieuses, ça vient de sortir », s’étonne Jean-Paul Stahl, professeur émérite d’infectiologie à l’université de Grenoble. « On se tourne vers des vieilleries. On a le choix, on ressort tantôt la vitamine A, C ou D. C’est facile, ça fait joli, ça fait bio », ironise-t-il.

Des études « observationnelles »

Concrètement, selon les auteurs de la tribune, qui s’appuient sur une longue liste d’études et de recommandations, la vitamine D influencerait l’action de nombreux gènes. Elle régulerait notamment la production d’une enzyme présente sur la membrane des cellules (ACE2), qui constitue le point d’entrée du coronavirus dans les cellules.

Quel crédit accorder à ces travaux ? « Ce sont des études observationnelles, des observations de courbe. Il n’y a pas d’étude randomisée, normale, comme pour un médicament normal », rappelle Jean-Paul Stahl.

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« Attention corrélation ne veut pas dire causalité », prévenait ce mercredi matin l’infectiologue Karine Lacombe sur BFMTV. « Les personnes ayant des infections tierces ou formes sévères de Covid ont plus souvent une carence en Vitamine D. Mais la réciproque n’est pas vraie », pointe Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie. « Plus vous êtes en bonne santé, meilleur est votre état général, plus vous alimentez bien, moins vous aurez de risques, renchérit Jean-Paul Stahl. Si ça ne fait pas de bien, ça ne fera pas de mal. Mais ce qui est sur, c’est que ça ne fera pas de miracle ».

Des essais cliniques d’envergure menés à Angers

Selon Le Monde, la Haute Autorité de santé assure qu’aucune recommandation n’est envisagée pour l’instant, « puisque aucune étude solide ne fait un lien entre l’apport en vitamine D – délivrée seulement sur ordonnance – et l’atténuation des symptômes du Covid-19 », rapporte le journal. Elle dit néanmoins surveiller ces travaux « avec attention ».

Des essais cliniques « de grande envergure » sont par ailleurs en cours, dont l’un coordonné par le CHU d’Angers. Les résultats de cette recherche, classée « priorité nationale », seront connus dans les prochaines semaines et « permettront de préciser l’intérêt d’une très forte dose de vitamine D chez les malades de la COVID-19 », selon l’établissement.


« Il ne faut pas être obtus, pourquoi pas regarder les effets de la vitamine D mais il faut démontrer avant de prescrire. La mode est aux appels, divers et variés, et le problème de ce genre de chose c’est que ça jette un trouble dans l’ordre public », rappelle Jean-Paul Stahl, alors que le spectre du débat sur l’hydroxychloroquine plane encore au-dessus de toutes les têtes.

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