Covid-19 : les cauchemars de Vincent, victime de stress post-traumatique – Le Parisien

Covid-19 : les cauchemars de Vincent, victime de stress post-traumatique – Le Parisien

Vincent avait survécu à la réanimation mais les cauchemars de la nuit l’y ramenaient sans cesse, comme un patient condamné à perpétuité. Soudain, il sentait des seringues pénétrer dans son corps, les soignants le retournant sur le ventre, assourdi par les « bips » agressifs des alarmes. En mai, un mois après son retour à la maison, à Villeneuve-d’Ascq, près de Lille (Nord), ce consultant en innovation ne parvient plus à chasser ses angoisses obsessionnelles. « Je me disais, à 40 balais, je ne me reconnais plus. »

Le diagnostic est posé, syndrome de stress post-traumatique (PTSD), un trouble psychiatrique, lié à un événement traumatisant, résultat d’une confrontation brutale avec la mort. Si 33 % des patients suivis à l’hôpital de Lille, durant la première vague, se sont retrouvés en détresse psychologique, après le diagnostic, 7 % ont développé, un mois plus tard, le même syndrome que Vincent.

«Autant d’impact que lors des grandes catastrophes naturelles»

C’est ce que nous apprend une étude du CHU de Lille, menée avec le Centre national de ressources et de résilience, que nous révélons. « A l’aide de questionnaires et de suivis par téléphone, on a mesuré l’impact mental du Covid sur 180 malades, pris en charge en consultation, hospitalisés ou admis en réanimation. Et on se rend compte aujourd’hui que le pourcentage de stress post-traumatique est aussi élevé que lors des grandes catastrophes naturelles », détaille la psychiatre Mathilde Horn.

Après le tsunami de Sumatra en 2004, entre 6 et 13 % de la population était atteinte d’un PTSD et environ 9 % après le séisme japonais en 2011. « A Lille, les plus touchés, ce sont les patients avec des antécédents psychiatriques et ceux qui sont passés par la réanimation, d’où la nécessité des thérapies, précise la médecin. Certains, en bonne santé, se sont retrouvés du jour au lendemain exposés à la mort, tout à coup, ils ont pris conscience de leur vulnérabilité. C’est extrêmement violent. »

Cruel yoyo entre la vie et la mort

Jamais Vincent, en bonne forme malgré un léger surpoids, n’aurait imaginé que le Covid ne l’envoie deux fois dans l’enfer de la réa. Lorsqu’il l’attrape début mars, le diagnostic est même écarté. Pas de perte d’odorat, de goût, ni de gêne respiratoire. Mais ces araignées qui l’attaquent, signe d’une fièvre délirante, 40 °C durant 8 jours, le conduisant à l’hôpital où il est testé positif.

« Les soignants en cosmonaute installaient plein de lits Covid, c’était le début de l’épidémie. J’étais l’un des premiers patients jeunes », se souvient Vincent, d’un naturel calme jusqu’au moment où l’air lui manque, signe que son état se dégrade, malgré la dose de médicaments. 3 litres d’oxygène, maintenant 6, toujours pas assez. Vite, intubation, coma le 27 mars. « Juste avant, j’ai écrit dans un SMS à ma compagne : Je vais peut-être pas me réveiller, je t’aime.»

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De son premier séjour en réa, des bribes de phrases résonnent encore. Mal endormi, il entend les infirmiers discuter de son état, en le retournant sur le ventre, signe d’une insuffisance respiratoire aigu. « Ils disaient, Vaut mieux lui que moi, c’est difficile de mourir à 40 ans », lâche Vincent, précisant d’emblée, ne pas leur en vouloir, « eux aussi ont besoin de décompresser, même si c’est dur d’entendre ça ». Au milieu des machines, il se sent « partir », puis « revenir ». Il est sauvé! Le lendemain, son état se dégrade à nouveau! Retour en réa, cruel yoyo entre la vie et la mort.

Obsédé par le virus

Après dix jours dans un hôpital privé, Vincent est de retour chez lui, 12 kg en moins, tenant à peine debout, « détruit ». « On m’a abandonné, j’aurais pu remourir », confie-t-il dans un terrible lapsus. Heureusement, un pneumologue lui tendra la main, l’aidera à se remettre sur pied durant de longues semaines éprouvantes. Le corps va mieux, l’esprit vacille. Vincent repense à son face-à-face avec la mort. Avait-elle une forme, une couleur? « Non, un goût amer, souffle-t-il. C’est allé très vite, je me suis dit Je n’ai pas dit au revoir, je n’ai pas laissé d’argent, je laisse tout le monde dans la m… ». Il s’interrompt, se met à pleurer.

Au début, à la maison, il culpabilise, craint aussi d’infecter son fils, sa compagne car, à cette époque, les soignants, connaissant mal ce virus, sont incapables de lui dire s’il est encore contagieux. Alors il frotte tout à la Javel, achète une montre, une fortune, « pour mesurer son taux d’oxygène dans le sang », dévore les infos sur le Covid.

Passer à autre chose, revivre, oublier

« Je me dégoûtais de jalouser les autres malades que l’on voyait en centre de rééducation dans les reportages. Pourquoi avaient-ils pu y aller, eux et pas moi ? » Par pudeur, le couple ne se confie pas ses souffrances, voulant se protéger à tout prix.

Quand un suivi psychologique par le CHU de Lille lui est finalement proposé en mai, c’est trop tard, Vincent veut passer à autre chose, revivre, oublier. Même si, durant ce deuxième confinement, il reste obsédé par le virus, il a repris sa vie en main, son travail, le sport, jusqu’à perdre 25 kg, loin de son corps d’avant. « Aujourd’hui, je m’occupe de mon fils, je suis heureux, dit-il, j’aime la vie et je m’aime. »

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