Covid-19 : pourquoi la France ne trouve-t-elle pas le variant britannique ? – Journal La Croix

Covid-19 : pourquoi la France ne trouve-t-elle pas le variant britannique ? – Journal La Croix

La crainte de le voir traverser la Manche a convaincu la France – comme beaucoup d’autres – de couper en urgence les ponts avec le Royaume-Uni, le 20 décembre. Trois jours après, les liaisons ont repris sous réserve de diagnostic négatif au Covid-19, mais le VOC-202012/01 n’a toujours pas été détecté dans l’hexagone. Identifié en Angleterre, où le premier ministre Boris Johnson l’affuble d’une contagiosité supérieure de 70 %, ce variant du SARS-CoV-2 a été localisé au Danemark, aux Pays-Bas ou en Belgique… Mais il épargnerait la France ?

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« Ce variant est déjà très certainement en France où il est sûrement à l’origine d’infections », balaie Samuel Alizon, chercheur au CNRS. Professeur au CHU de Lille, Philippe Froguel ne se fait pas plus d’illusion : « Si on ne sait pas encore qu’il est chez nous, c’est parce qu’on ne l’a pas suffisamment cherché. » Pour les deux spécialistes, comme pour une bonne partie de la communauté scientifique, la France ne doit d’être – pour le moment – préservée du VOC-202012/01 qu’à la faiblesse de son activité de séquençage.

La France séquence 56 fois moins que le Royaume-Uni

Cette opération consiste à étudier le génome d’un élément viral, prélevé par exemple lors d’un diagnostic, et d’en relever, le cas échéant, les mutations. Le variant britannique aurait ainsi été identifié le 22 septembre dans le Kent, en Angleterre. Indispensable pour découvrir de nouvelles modifications ou confirmer la présence sur un territoire de versions déjà isolées, et ainsi affiner le suivi épidémique, le séquençage est très peu pratiqué en France.

Selon les données compilées par GISAID, plateforme internationale de référence, le pays ne pratiquerait que 0,925 séquence pour 1 000 cas confirmés de Covid-19. Loin des Australiens (469) ou, plus proches, du Danemark (93,1), du Royaume-Uni (55,9) ou de l’Irlande (11,5). Mais mieux cependant que l’Allemagne (0,473) ou l’Italie (0,422).

Pour Samuel Alizon, ces écarts s’expliquent par des différences d’organisation. Ce spécialiste de la modélisation des maladies infectieuses distingue la « centralisation » britannique et son consortium de génomique dédié au Covid-19, du séquençage français, « chacun dans son coin », effectué par quelques structures spécialisées – centres nationaux de référence, services de virologies de CHU… -. « Ce n’est pas un problème individuel, au niveau des CHU ou des laboratoires, mais national, dans la politique de recherche, » développe-t-il.

« Rétention d’information » entre chercheurs

Dans une note destinée au ministre de la santé Olivier Véran, et transmise le 21 décembre à Emmanuel Macron, des membres du collectif de chercheurs FranceTest conseillent la mise en place d’un « consortium opérationnel national ». Dénommé Senticov, cette organisation piloterait le séquençage du Sras-Cov-2 à l’échelle du pays pour « assurer la surveillance étroite de la propagation des différentes souches virales » et « guider le gouvernement dans la maîtrise de la pandémie ».

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Comptant parmi les auteurs de ce document, le généticien Philippe Froguel aimerait que le gouvernement sonne la fin de la « guerre de tranchées » qui régnerait en matière de séquençage. « Certains gardent leurs séquences pour eux, avec l’idée de pouvoir en faire des publications », grince celui qui enseigne à l’Imperial College de Londres. Le 3 novembre, dans un communiqué commun, les Académies de sciences et de médecine invitaient déjà les chercheurs à la « responsabilité, (…) pour que cesse cette rétention d’information qui jette le discrédit sur l’ensemble de notre communauté scientifique et médicale nationale ».

Interrogé le 21 décembre sur le VOC-202012/01, dont la contagiosité et la nocivité doivent encore être précisées, Olivier Véran a fait mention d’« études génotypiques » à partir de virus prélevé par test PCR. « Ce que je sais, c’est que sur les derniers jours, 500 souches virales ont été identifiées, analysées en génétique et que ce variant n’a pas été retrouvé », a confirmé le ministre sur Europe 1, prenant soin d’ajouter : « Mais ça ne veut pas dire qu’il ne circule pas. »

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