Covid-19: pourquoi le Royaume-Uni veut-il mélanger les vaccins? – BFMTV

Covid-19: pourquoi le Royaume-Uni veut-il mélanger les vaccins? – BFMTV

Les autorités sanitaires britanniques ont prévu de déterminer si le mélange de doses de vaccins provenant de laboratoires différents peut mieux protéger les citoyens.

C’est une expérimentation qui, à première vue, peut surprendre. Au Royaume-Uni, qui entame ce mardi la vaccination par palliers successifs de sa population contre le Covid-19, les autorités sanitaires ont annoncé leur intention de procéder à des « mélanges ».

Les personnes qui acceptent de participer à l’expérimentation, qui doit avoir lieu en janvier selon le Guardian, se verront administrer une dose du vaccin développé par Pfizer et BioNTech, une autre de celui de l’université d’Oxford et du laboratoire AstraZeneca. Et ce, à condition que ce dernier soit approuvé par les autorités sanitaires britanniques. Idem pour celui de la firme américaine Moderna.

« Pas une question de stocks »

Rappelons que les vaccins développés par Pfizer et Moderna ont affiché 95% d’efficacité contre le Covid-19, selon les résultats complets de l’essai clinique. La méthode du « mix and match », comme l’appellent les autorités britanniques, ne serait pas destinée à se préparer à d’éventuelles pénuries.

« Nous ne le faisons pas pour des questions de stocks », a déclaré Kate Bingham, présidente sortante de la « task force » dédiée à la vaccination au Royaume-Uni.

« Il s’agit d’agir sur la réponse immunitaire et sur sa durabilité, sans rapport avec les vaccins que nous avons déjà », plaide-t-elle.

Combiner les réponses immunitaires

La technique, qui s’appelle le « prime-boost », que l’on pourrait traduire par « injection primaire », est courante dans le domaine de la vaccination. Stéphane Paul, immunologiste au CHU de Saint-Etienne et membre du Comité scientifique sur les vaccins contre le Covid-19, estime que cette méthode a pour but « d’élargir le type de réponse immunitaire ».

« Dans le prime-boost, on utilise deux types de vaccins, pour améliorer d’une part la sensibilité et d’autre part la spécificité sur l’antigène vaccinal. Dans le cadre des vaccins Covid, celui d’AstraZeneca induit un type de réponse immunitaire plutôt cellulaire, à savoir des lymphocytes T. Donc le but est de combiner avec une réponse anticorps, dite humorale, procurée par d’autres vaccins, afin que la réponse immunitaire ne soit pas transitoire », développe-t-il.

Pour l’heure, cette réponse immunitaire (ou durée de protection), si l’on se réfère par exemple au vaccin de Moderna, ne dépasse pas les trois mois.

« Au-delà des 90 à 120 jours, on ne sait pas si la réponse immunitaire va baisser ou être maintenue. Pour qu’elle se maintienne, il faut donc que les deux types de réponses, cellulaire et anticorps, coopèrent. Immunologiquement, ça a du sens. Ce qui peut surprendre, c’est que les Britanniques le fassent déjà alors qu’ils vont distribuer un vaccin efficace à 95% », explique Stéphane Paul.

Enjeux de communication

Derrière cette méthode du « mix and match » se nichent en effet des enjeux de communication. Notons que l’un des vaccins d’origine britannique, celui du laboratoire AstraZeneca, a atteint pour l’heure un taux d’efficacité de 70% en moyenne. « Il est un peu à la traîne par rapport à Pfizer ou Moderna, même si les résultats de la phase 3 sont légèrement faussés », abonde Stéphane Paul.

Quoi qu’il en soit, cela peut inciter les autorités britanniques à vouloir accélérer le processus visant à faire des combinaisons entre « leur » vaccin et ceux dont l’efficacité est d’ores et déjà avérée. « Même 70% d’efficacité, c’est déjà très bien! D’autant plus que le vaccin Astra est moins cher, et c’est celui dont il y aura le plus de doses disponibles », tempère Stéphane Paul.

« Je comprends le fait de vouloir un coup d’avance scientifiquement en combinant les vaccins, mais ce n’est pas peut être pas nécessaire aussi rapidement », juge-t-il, évoquant la confusion que cela pourrait générer au sein de la population.

Jules Pecnard Journaliste BFMTV

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