Covid 19 : un déconfinement par département ou pas, les avis divergent – France 3 Régions

Covid 19 : un déconfinement par département ou pas, les avis divergent – France 3 Régions

Le Premier ministre doit s’exprimer jeudi 10 décembre sur les modalités d’application du déconfinement. Certaines voix s’élèvent pour une approche locale. Elu, médecin réanimateur, infectiologue, et représentant de l’ARS nous donnent leur avis. Ils sont bien différents. 
 

Les objectifs du gouvernement pour le 15 décembre semblent aujourd’hui inatteignables. Le chiffre de 5000 contaminations par jour à cette date ne semble plus envisageable. En Nouvelle-Aquitaine,
le nombre de contaminations repart même à la hausse dans certains départements comme la Haute-Vienne, les Landes et le Lot-et-Garonne.  Ce jeudi 10 décembre Jean Castex reviendra sur les modalités du plan de déconfinement et sur le déroulement des fêtes de fin d’année. Restera-t-il sur une vision globale, c’est-à-dire nationale, de la situation, ou des aménagements locaux seront-ils mis en place ?

France Bleu Gironde a invité ses auditeurs à participer au débat en donnant leur avis. Et 46,4% des personnes ayant voté ont exprimé le souhait de déconfiner par département.

Plus de 40% des votants favorables à un déconfinement par département

Vous avez été nombreux à participer à cet appel à témoignage sur le site de la radio girondine. Et à la question « selon vous le déconfinement doit-il se faire par territoire », c’est l’échelle départementale qui a remporté le plus de voix avec 46,4% des voix. Arrivent derrière le déconfinement par région (avec 23,2%) et un déconfinement national (avec également 23,2%). Enfin seulement 7,2% des votants ont opté pour un déconfinement par commune.

Pierre Hurmic : « la sortie du confinement, elle doit être négociée à l’échelon local »

Pour le maire de Bordeaux, c’est l’échelon local qui doit primer. « Si un déconfinement par département devait se confirmer, j’y serais tout à fait favorable, » nous a-t-il confié.
« Depuis le début, je dis que la sortie du confinement doit être négociée à l’échelon local. Il faut faire confiance aux maires qui sont les meilleurs connaisseurs du tissu local. Il ne faut pas se contenter de faire de l’information, comme ça a été fait dans le passé ».

Il faut vraiment faire de la concertation vu que les situations des départements ne sont pas les mêmes

Pierre Hurmic

La Gironde se situe en effet sur un « plateau », c’est-à-dire que les chiffres concernant les contaminations stagnent comme en Dordogne. Alors que les indicateurs sont à la baisse dans les Pyrénées-Atlantiques par exemple, et à la hausse dans le Lot-et-Garonne ou les Landes.
« Donc je souhaite vraiment que la négociation puisse être menée à ce niveau-là », poursuit Pierre Hurmic. « Moi, je serais tout à fait partant pour discuter des mesures de déconfinement à cet échelon, en ma qualité de maire girondin très attaché à la décentralisation et aux décisions prises le plus près possible du terrain ».
 

Joris Jonon (ARS) : la vision nationale est « pertinente »

Joris Jonon est le directeur départemental de l’ARS du Lot-et-Garonne.
Dans ce département, les contaminations sont en augmentation, particulièrement chez les personnes âgées. Le taux de positivité des plus de 65 ans y est de 21% pour les plus de 65 ans, contre 15% pour la population globale. On dénombre à ce jour, 23 situations de cas groupés, notamment 13 dans des EHPAD.

« A l’approche des fêtes, la vision nationale peut être pertinente », explique Joris Jonon.
« On est dans une période où il va y avoir des mouvements de population. Donc déconfiner par département pourrait avoir une utilité relative. Si certains souhaitent rejoindre d’autres départements, cela risque de rendre l’exercice compliqué ».

Nous sommes dans un principe de solidarité nationale, donc le ressort national paraît être pertinent.

Joris Jonon

« Nous sommes dans un contexte où la réduction de la bulle sociale est une priorité tout comme les restrictions des sorties du domicile » rappelle-t-il.
« Je suis en faveur d’éviter les mouvements entre départements, et les mouvements tout court « .

Denis Malvy (infectiologue) : « il faudrait se caler non pas sur les départements mais sur les mouvements de population »

Pour l’infectiologue du CHU de Bordeaux, la logique est plus complexe qu’une simple vision départementale. Et c’est en citoyen qu’il répond. «
 Je ne suis qu’une simple blouse blanche », prévient le membre du Conseil scientifique du gouvernement, « c’est de l’ordre des décideurs ».

Le professeur Denis Malvy, infectiologue au CHU de Bordeaux. Il est en pointe dans la crise sanitaire liée au coronavirus et membre du conseil scientifique national.
Le professeur Denis Malvy, infectiologue au CHU de Bordeaux. Il est en pointe dans la crise sanitaire liée au coronavirus et membre du conseil scientifique national.

Le professeur Denis Malvy, infectiologue au CHU de Bordeaux. Il est en pointe dans la crise sanitaire liée au coronavirus et membre du conseil scientifique national.

© Fabien Cottereau MAXPPP

Il prend l’exemple de Limoges pour étayer son propos.
« Il y a des tas de villes autour de Limoges, sa couronne est large. Et nombreux sont ceux à se déplacer quotidiennement au sein de cette couronne notamment pour le travail. Il faudrait se caler non pas sur les départements mais sur les mouvements de population, et ça cela dépend de chaque espace autant que de la dynamique de l’épidémie ».

Même si une décision est nationale, elle est forcément déclinée en fonction des territoires, mais aussi de la population, et de l’activité.

Denis Malvy

« On est dans une Europe où on devrait fonctionner avec une dynamique de continent comme les Länders en Allemagne », pousuit l’infectiologue.
Il y a une indication qui porte une cohérence au niveau du pays avec une appropriation qui va se faire obligatoirement localement ». Concernant les déplacements liés aux fêtes de Noël, l’infectiologue en appelle au bon sens de chacun. 
« Il y a une coresponsabilité solidaire. Est-ce le moment pour sillonner l’Europe et la France, et aller de Perpignan à Lille ? Est-ce que c’est pertinent ? II y a une communication à partager entre ceux qui portent la stratégie de réponse et les citoyens ».

Philippe Dabadie (réanimateur) : « Je ne suis pas favorable à un déconfinement par département, et à un déconfinement »

Philippe Dabadie est le chef de la réanimation à l’hôpital de Bergerac. Selon lui,
« plus on fait de tests, plus on a de contaminés ». « On va donc sûrement se baser sur les chiffres des hospitalisations en réanimation », avance-t-il. Concernant un déconfinement par département, il n’y est pas favorable.
« Quand on a une pandémie, je crois que malheureusement c’est à l’échelle planétaire que se jouent les choses ».

« Ce que je vois », poursuit-il, « c’est que Noël est propice aux échanges, des gens n’en peuvent plus, et ne respectent pas consignes ». « Si on lâche, les gens vont aller ailleurs. Je pense que le gouvernement est devant un dilemme car cela reste une pandémie avec ses aspects inattendus. Le couvre-feu sur Paris avant le confinement avait fait baisser la courbe. Est-ce qu’on va en avoir un au déconfinement ? Possible, mais il ne faut pas chercher à trop affiner car cela nous rattrape à chaque fois ».
Le médecin n’est tout simplement pas pour un déconfinement dès le 15 décembre. « Je ne suis pas en faveur d’un déconfinement par département et pas en faveur d’un déconfinement ».

Il ne faut pas être un grand devin pour dire que Noêl va nous donner des choses plus difficiles à tenir que prévu. Il ne faut pas jouer tant qu’on n’a pas les vaccins.

Philippe Dabadie

« On peut échapper à la troisième vague si on ne lâche pas toutes les manettes » avertit le médecin,
« donc il faut rester confinés le 15″. » On a bien vu ce qu’il s’est passé quand on a décidé de dire aux gens d’aller voter. Par exemple, dans une métropole comme Bordeaux, vous lâchez et ça repart aussitôt ». Philippe Dabadie met en avant les capacités de la France à faire face à travers le nombre de lits disponibles. Une gestion de crise au quotidien « tant qu’on n’aura pas 10 000 lits en réanimation dans le pays ». C’est, selon lui, par là que passe le traitement de cette pandémie, et des autres à venir.

 

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