Covid-19, vaccins, complot… Notre guide pour vos débats en famille à Noël – Le Parisien

Covid-19, vaccins, complot… Notre guide pour vos débats en famille à Noël – Le Parisien

En temps normal, on redoute parfois le réveillon à cause des débats politiques en famille. Cette année, c’est une myriade de nouveaux sujets qui vont se caler sur la table entre la dinde et la bûche : virus, vaccins, complots… L’épidémie de Covid-19 a suscité de nombreuses interrogations, que ce soit sur la politique sanitaire des gouvernements, les traitements des malades ou encore la stratégie vaccinale à venir.

Mais au sein de ces questionnements se sont aussi glissées de nombreuses fausses affirmations risquant d’alimenter de houleux débats. Certaines reviennent sur les réseaux sociaux de façon récurrente. Les voici, expliquées et précisées.

Le Covid-19 ne tue pas plus que la grippe

C’est une idée que l’on revoit fréquemment sur des sites dits d’information alternative. La logique ? La grippe est aussi un virus qui vient par vagues et par saisons, provoquant des décès, mais elle n’entraîne pas de confinement ni de port du masque obligatoire. Pourquoi alors en faire autant face au Covid-19 ?

Covid-19, vaccins, complot… Notre guide pour vos débats en famille à Noël

Dans les faits, le Covid-19 est bien plus létal et dangereux que la grippe. « Il y a une forte augmentation du taux de létalité avec l’âge mais, dans l’ensemble, il avoisine 0,6 % », expliquait en octobre Maria Van Kerkhove, responsable de la gestion du Covid-19 à l’OMS, dans un entretien à l’AFP. « Cela peut sembler peu mais c’est beaucoup plus élevé que pour la grippe », ajoutait-elle. Le taux de létalité de la grippe saisonnière est lui de 0,1 %. Selon certains spécialistes interrogés par l’AFP, ces données sur le Covid pourraient même être sous-estimées, en raison des méthodes de comptabilisations de cas et de décès qui varient à l’international.

Cette différence de morts entre le Covid et la grippe se constate aussi dans les chiffres en France. Dans le pays non confiné, la grippe saisonnière cause environ 10 000 à 15 000 décès annuels. Le Covid-19 a, lui, déjà provoqué plus de 61 000 décès en moins d’un an, avec deux confinements pour limiter ce nombre.

On arrive à concevoir un vaccin contre le Covid, mais pas contre le sida ?

Cet argument revient souvent sur Facebook, où l’on s’étonne de voir que le virus du sida, qui existe depuis bien plus longtemps que le Sars-CoV-2, ne connaît toujours pas de vaccin, alors qu’il a fallu moins d’un an pour fabriquer celui contre le Covid-19. Cela s’explique par différents facteurs. D’abord, la structure de ces deux virus est très différente. Celle du VIH, le virus du sida, fait qu’il est indétectable par un système immunitaire, et le fait muter trop rapidement – rendant l’usage d’un vaccin inefficace car sa cible change constamment.

Le Sars-CoV-2, lui, ressemble au Sars-CoV-1, à l’origine de précédentes épidémies de syndrome respiratoire aigu sévère (Sras). « On avait accumulé beaucoup de données sur ce virus. On savait que les anticorps protégeaient », nous expliquait déjà le Pr Jean-Daniel Lelièvre, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, il y a peu. La structure du Sars-Cov-2 est donc plus simple et plus facile à combattre.

Autre facteur : les moyens alloués. Dans le monde entier, les Etats et les institutions ont alloué des milliards d’euros à la recherche sur les vaccins contre le Covid-19, ce qui a permis d’en accélérer la conception. Les procédés de fabrication, et de validation, ont eux aussi été accélérés, tout en conservant la même rigueur.

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La technologie à ARN, qui est la base des vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna, les rend également plus faciles à produire en masse, ce qui explique leur arrivée rapide sur le marché.

Les vaccins à ARN messager sont dangereux

Un vaccin dont un composant, l’ARN, se rapproche de l’ADN et agit dessus ? A première vue, cela peut sembler dangereux. Ce qui explique pourquoi, à l’annonce de l’arrivée des vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna sur le marché, à ARN messager, certains s’inquiétaient de voir leur ADN modifié si on leur administrait ces doses.

Il n’en sera rien : le vaccin à ARN messager sert en fait à indiquer aux cellules comment fabriquer une protéine spécifique du coronavirus, et à apprendre à l’organisme à se défendre contre lui. Il n’est donc pas question d’intervenir sur vos gènes.

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Il n’y a « aucun risque que l’ARN messager puisse avoir une quelconque action de modification épigénétique dans une cellule », explique d’ailleurs la Fédération Covid-19, un collectif de médecins qui travaillent sur la désinformation autour de l’épidémie et ont une page explicative sur ce vaccin.

Ce coronavirus est une création de laboratoire/a été relâché pour anéantir la population

Dès les débuts de l’épidémie, des soupçons sur l’origine du virus sont nés, aussi bien en ligne que dans la bouche de commentateurs sur des plateaux de télévision. Ce que peuvent garantir à ce stade les scientifiques – dont l’institut Pasteur en France – c’est qu’il s’agit d’un virus naturel, passé par des chauves-souris puis un autre animal avant de contaminer un premier être humain. Le pangolin a longtemps été considéré comme un possible animal transmetteur, avant que cette thèse ne soit écartée car il vit dans un écosystème différent de la chauve-souris.

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Des doutes persistent cependant sur la contamination de l’animal à l’être humain. L’hypothèse de la fuite accidentelle du virus n’est pas formellement écartée. « Il pourrait avoir été cultivé en laboratoire sur des cellules ou des animaux dans le but de comprendre comment ce virus est capable de franchir la barrière d’espèces. Or, le laboratoire de virologie de Wuhan, ville où s’est déclarée l’épidémie, dispose de techniques pour travailler sur ce sujet », nous expliquait le virologue Etienne Decroly, du CNRS, en novembre. « Même s’il devait s’avérer qu’un accident s’est produit, ce n’aurait rien d’un complot », a-t-il ajouté.

Le vaccin contiendra des nanoparticules/des puces pour nous contrôler

Cette théorie a notamment été relayée dans le très visionné – et très commenté – film « Hold-Up », qui fait parler de nombreuses voix controversées au sujet de la pandémie. La thèse qui y est développée assure que le Covid-19, et son vaccin, ont été conçus pour mieux contrôler la population. Selon « Hold-Up », le vaccin permettrait d’insérer des nanoparticules permettant de suivre les mouvements des personnes puis de les anéantir. Ce plan aurait été fomenté par les puissants de ce monde, comme le milliardaire américain Bill Gates.

Ces informations comportent des faits réels, comme l’engagement de Bill Gates, par le biais de sa fondation caritative, en faveur de la vaccination notamment dans des pays en développement. Elles mélangent ces faits avec des théories du complot existant déjà avant l’épidémie, comme celle, récurrente, de l’existence d’une société secrète de puissants à l’oeuvre pour l’anéantissement d’une partie de l’humanité. Des théories pour lesquelles on n’a, à ce stade, aucune preuve formelle.

Entre les questions sur la grippe et celles sur un complot mondial, il y a un gouffre. Et pour le psychosociologue Sylvain Delouvée, spécialiste des croyances collectives et de la pensée sociale, toutes les fausses informations discutées pendant les fêtes ne mériteront pas le même degré de réponse. « Si votre belle-mère dit des choses fausses sans conséquence, il ne faut pas en tenir compte. Si votre beau-frère vous parle de reptiliens ou de platisme, de choses incroyables, vous pouvez utiliser l’ironie. En revanche, quand vous avez affaire à votre sœur qui a le complotisme comme lecture de la réalité, il faut accepter la discussion », résume-t-il.

L’objectif ? Exposer son interlocuteur à un autre point de vue et rediriger la discussion sur des questionnements plus concrets sur la pandémie, le tout sans l’aliéner. « Il ne faut pas traiter celui qui est complotiste de fou ou d’idiot », rappelle l’enseignant-chercheur à l’Université Rennes 2. « Celui qui est là-dedans est à la recherche de sens, il veut être rassuré, il veut avoir réponse à tout sur la pandémie qui nous touche tous », ajoute-t-il, précisant que cette approche permet, aussi, de « maintenir le lien social » avec tous les membres de sa famille. Ce qui ne serait pas de trop pour un Noël succédant à deux confinements.

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