Didier Houssin : « Il y a une ombre portée de la campagne contre la grippe H1N1 » – Le Monde

Didier Houssin : « Il y a une ombre portée de la campagne contre la grippe H1N1 » – Le Monde
Didier Houssin, lors d’une conférence de presse à Genève le 22 janvier 2020. Didier Houssin, lors d’une conférence de presse à Genève le 22 janvier 2020.

Le professeur Didier Houssin a été directeur général de la santé de 2005 à 2011. A ce titre, il a coordonné la campagne vaccinale de 2009 contre la grippe H1N1. Il revient sur cet épisode, durant lequel seuls 8,5 % de la population ont été vaccinés, loin de l’objectif affiché de 75 %, et en analyse les retombées.

Quel rôle joue selon vous le souvenir de la campagne de vaccination de 2009 dans les décisions actuelles ?

Je ne suis pas dans l’intimité des décisions prises. Mais je pense qu’il y a indiscutablement une ombre portée du H1N1, d’autant plus importante que l’épisode des masques a offert une première occasion de comparer les deux stratégies, avec la perception, assez juste je crois, que l’on s’était préparé à l’époque contre une pandémie, puis qu’on a cessé de se préparer. La vaccination en donne une deuxième occasion. Mais il y a des pièges car la situation n’est pas la même. Notre campagne avait été préparée pendant cinq ans, car elle s’inscrivait dans la continuité de l’épidémie précédemment redoutée de H5N1, qui n’est pas survenue.

Pour le Covid-19, le travail de préparation a été de toute évidence beaucoup moins important. L’appareil d’Etat a posé les valises à partir de 2012-2013 en termes de préparation au risque pandémique. Mais le contexte de 2021 est très différent de celui de 2009.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Si les Français se sont mis à désirer des vaccins anti-Covid, c’est parce qu’ils supportent mal que seuls d’autres en bénéficient »

Pourquoi ?

D’abord, la disponibilité des vaccins. En 2009, nous savions que les industriels allaient être capables de sortir les vaccins, même contre un nouveau virus grippal émergent. Ils y avaient travaillé depuis quatre ans. Ensuite, nous avions une présentation par lots d’au moins dix doses, qui a conditionné l’organisation de la vaccination. De façon méprisante, certains ont parlé de vaccinodromes. Mais l’organisation en centres de vaccination, qui n’était pas propre à la France, était très déterminée par des contraintes techniques. Pour ne pas gaspiller de doses, il fallait une organisation collective.

Le contexte politique a également pesé très lourd en 2009 : la campagne vaccinale a été organisée en plein projet de loi HPST (hôpital, patient, santé, territoires), combattu par de nombreux professionnels de santé, hospitaliers comme libéraux. Les syndicats n’ont rien fait pour soutenir la vaccination.

Récit : Effets indésirables vaccinaux : retour sur des alertes historiques, confirmées ou non

Il me semble que la crainte des vaccins était encore plus aiguë qu’aujourd’hui. Il y avait eu la publication d’Andrew Wakefield dans le Lancet (rétractée depuis), qui liait l’autisme à la vaccination conte la rougeole, et quelques années plus tôt la controverse sur le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques. Ça a pesé sur le sentiment de certains professionnels de santé. Lorsque le syndicat des infirmiers a annoncé qu’un pourcentage important d’infirmières refusait de se faire vacciner, la campagne était pliée.

Il vous reste 59.79% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You have successfully subscribed to the newsletter

There was an error while trying to send your request. Please try again.

web-breaking-news will use the information you provide on this form to be in touch with you and to provide updates and marketing.