En pleine épidémie de Covid-19, la grippe connaît un recul spectaculaire – Le Parisien

En pleine épidémie de Covid-19, la grippe connaît un recul spectaculaire – Le Parisien

Aura-t-on une épidémie de grippe cet hiver? Depuis la création du dispositif de surveillance de la maladie, dans le milieu des années 1980, la question ne s’était jamais posée. Mais la crise sanitaire du Covid-19, qui présente depuis quelques jours un risque inquiétant de rebond, rebat les cartes. Explications.

Notre repère, l’Australie. Quand l’été survient en Europe, l’hémisphère sud, caractérisé par le même climat tempéré, s’emmitoufle, et c’est donc de juin à septembre que survient là-bas l’épidémie de grippe hivernale. Or, cette saison, surprise, elle n’a presque pas eu lieu. « La circulation a été extrêmement faible en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et en Argentine, constate Sibylle Bernard-Stoecklin, épidémiologiste à Santé publique France, l’agence de santé publique chargée de sa surveillance. Pour l’instant, cette année, on peut dire qu’il n’y a pas eu d’épidémie de grippe. C’est une situation inédite. » Cette faible propagation s’explique par les mesures prises contre le Covid. Gestes barrière, port du masque, distance physique et forte réduction des échanges internationaux ont été un rempart aux contaminations.

En France, rien à signaler. Si la grippe frappe généralement entre la fin d’année et mars, elle reste imprévisible, tantôt en avance, tantôt en retard, répètent les scientifiques. Mais une chose est sûre : à cette époque, cette maladie, à l’origine de 10 000 à 15 000 morts par an dans l’Hexagone, devrait commencer à circuler et s’intensifier. « Elle est où ? interroge, ironique, Serge Smadja, à la tête de SOS Médecins. On devrait en voir un peu, mais à l’heure actuelle, il n’y a rien. » Depuis octobre, seuls six cas ont été repérés à l’hôpital en France, dont deux chez des personnes de retour d’un voyage à l’étranger. Une tendance que devrait confirmer Santé publique France, qui doit publier ce mercredi 9 décembre de nouveaux chiffres.

En pleine épidémie de Covid-19, la grippe connaît un recul spectaculaire

D’autres virus aux abonnés absents. Chaque année, le VRS, virus respiratoire syncytial, responsable de bronchiolites chez les nourrissons, se propage avant la grippe et s’arrête lorsqu’elle commence. Or, cet automne, « son niveau a été très bas, comme le montre notamment le nombre de passages aux urgences », poursuit l’épidémiologiste Sibylle Bernard-Stoecklin. « D’habitude, à cette période, j’en vois tous les jours dans mon cabinet, s’étonne le généraliste Jean-Paul Hamon, président d’honneur de la Fédération des médecins de France, mais là, grâce aux gestes barrière, j’ai dû recevoir trois à quatre patients max, c’est une surprise ! » L’horizon reste aussi calme du côté de la gastro-entérite. Seul le rhinovirus, à l’origine de rhumes, s’est vraiment manifesté, lors de la rentrée des classes.

Une vaccination record. En plus des gestes barrière liés au Covid, un autre facteur pourrait contribuer à mettre durablement la grippe entre parenthèses, c’est le vaccin. Il a remporté une grande adhésion après des recommandations très fortes des autorités. Pourquoi cette incitation? Parce qu’attraper le Covid et la grippe au même moment pourrait entraîner des infections bien plus graves chez les personnes vulnérables, ont-elles prévenu. Treize millions de Français ont déjà été immunisés contre 10 environ l’an dernier. Dans les Ehpad, 50 % à 60 % du personnel s’est fait immuniser contre 20 % à 30 % d’ordinaire. « Il n’y a pratiquement plus de stocks nulle part. Dès jeudi, de nouvelles doses vont arriver dans les pharmacies. Elles seront réservées aux publics prioritaires ( NDLR : plus de 65 ans, femmes enceintes, malades chroniques…), précise Pierre Béguerie, président du conseil central de l’Ordre des pharmaciens. Que l’Etat soit obligé d’acheter 2 millions de doses à l’international, c’est du jamais-vu ». Au point que les officines ont dû mettre en place des listes d’attente. « J’ai une patiente qui est 240e, c’est quand même fou », lâche le docteur Hamon.

La grippe pourrait-elle disparaître ? « Excellente question, répond Sibylle Bernard-Stoecklin. On se la pose tous », dit-elle, précisant douter d’un tel scénario. « Même si elle circule à niveau historiquement bas, on la détecte en Afrique de l’Ouest et en Asie », note-t-elle. Mais le Covid pourrait nous réserver une surprise d’un autre ordre, fin 2021-début 2022. Comme la fabrication du vaccin contre la grippe prend six mois, les experts de l’Organisation mondiale de la santé se réunissent dès février pour décider de ce qu’il contiendra, en fonction des souches repérées. Or, leur niveau de circulation est tellement faible que leur travail pourrait être mis à mal pour l’hiver suivant. La spécialiste Sibylle Bernard-Stoecklin le reconnaît : « Cela risque d’être plus compliqué. Une telle situation ne s’est encore jamais produite. »

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