En Suisse, les soignants anti-vaccins montent au créneau – Le Temps

En Suisse, les soignants anti-vaccins montent au créneau – Le Temps

Alors que la campagne de vaccination contre le Covid-19 a démarré en Suisse, les réticences ne se limitent pas à une minorité d’anti-vaccins ou de complotistes persuadés que la pandémie n’existe pas. Au sein même du milieu médical, certains professionnels expriment leurs doutes face à la nouvelle technologie vaccinale à ARN messager dont sont issus les vaccins développés par BioNTech/Pfizer et Moderna.

Un collectif emmené par la gérontologue controversée Astrid Stuckelberger va même jusqu’à demander un moratoire sur la campagne actuelle, jugée précipitée et surtout trop risquée, comme le révélait mardi la Tribune de Genève. Quelque 750 professionnels de la santé suisses parmi lesquels des naturopathes, des infirmiers, des ostéopathes ou encore des médecins (10% environ) l’ont d’ores et déjà signé. Problème: nombre des arguments évoqués sont scientifiquement erronés.

Tentative de désinformation

Autre exemple du scepticisme ambiant: la guerre d’images lancée sur Facebook. Depuis quelques jours, de fausses affiches au graphisme de l’OFSP, dont on ignore la provenance exacte, mettent en scène de prétendus médecins encourageant les patients à renoncer au vaccin. «L’une d’elles pourrait provenir d’un site parodique genevois», note le spécialiste des réseaux sociaux Stéphane Koch, soulignant qu’il ne s’agit là pas d’un cas de parodie, mais bien de désinformation. «En reprenant les codes graphiques de l’OFSP et en détournant ses textes avec une réelle volonté de tromper, les auteurs de ces contenus entrent dans une zone floue, potentiellement proche des limites du droit.»

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Renoncer aux vaccins de BioNTech/Pfizer et de Moderna – ce dernier étant bientôt disponible en Suisse –, c’est aussi ce que demande le Dr Philippe Saegesser, médecin vaudois, porte-parole du Collectif Santé pour le moratoire. En cause: «le risque potentiel à moyen-long terme» qui n’a, selon lui, pas pu être évalué suffisamment, le protocole de vaccination ayant été réalisé en un «temps record». A ses yeux, la méthode vaccinale à ARN messager pose de nombreuses questions auxquelles «seules les analyses dans le temps permettront de répondre afin d’assurer la sécurité des personnes saines qui y auront recours». «D’autant que nous ne connaissons pas l’étendue de la protection vaccinale des personnes âgées ou à risque de développer la forme létale, soit, précisément, celles qui ont motivé cette course aux vaccins», poursuit-il, prônant la prudence. «En l’état, cette épidémie n’a pas eu d’incidence sur le taux de mortalité habituel de la population de moins de 50 ans, affirme-t-il. Au lieu d’un vaccin, pourquoi ne pas consacrer nos efforts à trouver un moyen de soigner efficacement une maladie infectieuse qui risque d’accompagner l’humanité encore longtemps et de renforcer son immunité?»

«Réponses simplistes, voire mensongères»

Des propos qui désespèrent le Dr Philippe Eggimann, président de la Société médicale de la Suisse romande. «Aux doutes légitimes de la population, le texte du moratoire offre des réponses simplistes, voire mensongères», estime-t-il, rappelant que le vaccin à ARN n’est certes pas une technique classique, mais fait l’objet d’un «très large consensus» au sein de la communauté scientifique et a prouvé son efficacité à travers plusieurs études dont les résultats sont publiés. A ses yeux, ce genre de discours alarmiste risque de faire capoter toute la stratégie de vaccination. «Or, nous sommes aujourd’hui engagés dans une course contre la montre et contre la mort, plaide-t-il. La vaccination, ce n’est pas de la mystique. Même jeunes, les malades du covid peuvent faire des complications et garder des séquelles. Je m’étonne que certains professionnels de la santé l’oublient.»

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Très loin de l’esprit critique salutaire, plusieurs affirmations relayées dans le moratoire méritent en effet d’être démenties. «Contrairement à ce qu’affirment les sceptiques, la technique de l’ARN messager n’est pas inconnue, elle a déjà été expérimentée depuis plus de dix ans, dans le traitement du cancer notamment», souligne Blaise Genton, chef de la Policlinique de médecine des voyages et vaccination à Unisanté. En ce qui concerne les recherches sur le vaccin, le processus n’a été «ni simplifié ni bâclé», mais simplement «accéléré grâce aux importants moyens engagés». Contrairement à ce que mentionne le moratoire, les essais de vaccins n’ont pas eu lieu uniquement sur des sujets jeunes et en bonne santé: «Pour le vaccin de Moderna par exemple, les essais ont inclus plus d’un tiers de personnes âgées de plus de 65 ans et/ou avec maladies chroniques.»

Amalgame avec la thérapie génique

Autre amalgame fréquemment employé par les sceptiques et relayé notamment par le conseiller national Jean-Luc Addor dimanche dernier dans l’émission Forum: assimiler le vaccin à ARN à une thérapie génique, qui consiste à intervenir sur le code génétique d’un individu pour traiter une maladie. «Les deux choses n’ont strictement rien à voir, détaille Philippe Eggimann. C’est comme si on disait qu’en mangeant du maïs transgénique on se retrouverait avec de l’ADN de maïs. Le vaccin à ARN n’entraîne aucune modification de l’ADN.»

Quant à l’interruption des essais de vaccins contre le SARS-CoV-1, le coronavirus responsable de l’épidémie de SRAS au début des années 2000, elle n’a pas été causée par de prétendus «effets indésirables graves», affirme Philippe Eggimann. «Les essais se sont arrêtés, tout simplement parce que le virus ne circulait plus.» Enfin, la possibilité de «générer un virus mutant bien plus pathogène», comme le craint le moratoire, est toujours possible mais improbable si la campagne est menée de façon massive et rapide, de l’avis des experts consultés.

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Alors que la vaccination s’effectue sur base volontaire uniquement et qu’il faudra atteindre une immunité d’au moins 70% de la population pour espérer sortir de la crise, les réticences des soignants risquent-elles de gripper la machine? Blaise Genton ne se dit pas inquiet face à l’agitation d’une minorité. «Ce qui importe, c’est de vacciner autant de volontaires que possible, et en particulier les personnes à risque», estime-t-il. Le médecin insiste toutefois sur la responsabilité des professionnels de la santé: «Certains soignants utilisent leur statut et leur légitimité pour relayer de fausses informations, sans se baser sur les nouvelles découvertes scientifiques qui apparaissent quasi quotidiennement.» A ses yeux, chacun a bien entendu le droit de faire son choix, mais ne doit pas influencer celui des autres.

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