ENTRETIEN. Philippe Douste-Blazy : « Ce vaccin est une bonne nouvelle, mais il faut rester extrêmement prudent – ladepeche.fr

ENTRETIEN. Philippe Douste-Blazy : « Ce vaccin est une bonne nouvelle, mais il faut rester extrêmement prudent – ladepeche.fr

l’essentiel
L’ancien ministre de la Santé et ancien maire de Lourdes et Toulouse, Philippe Douste-Blazy revient pour la Dépêche du Midi sur les annonces des laboratoires Pfizer sur la découverte d’un vaccin anti-Covid efficace à 90%. Celui-ci affiche une certaine prudence. Interview.

Le laboratoire américain Pfizer et son partenaire allemand BioNtech ont-ils découvert le vaccin contre le Covid-19 ?

Non, on ne peut pas être aussi affirmatif à ce stade. C’est une bonne nouvelle, nous avons besoin d’un vaccin contre ce coronavirus, mais il faut rester extrêmement prudents et scruter attentivement les mois qui viennent.

Pfizer parle d’une efficacité de son vaccin à 90 %. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le test porte sur 40 000 participants, dont la moitié a reçu le vaccin candidat, l’autre moitié un placebo. Au total, 94 participants ont contracté la maladie, dont neuf seulement parmi les personnes vaccinées et, donc, 85 dans le groupe placebo. C’est cette comparaison qui fait dire à Pfizer que son vaccin est efficace à 90 % et c’est effectivement extrêmement positif.

Pour rappel, l’OMS considère qu’un vaccin est efficace lorsqu’il atteint la barre des 50 %. On est ici au-dessus de ce niveau, mais, encore une fois, il faut être prudents.

Pourquoi une telle prudence ?

L’ensemble des personnes vaccinées l’ont été il y a deux mois maximum. C’est un délai beaucoup trop court pour juger de la protection du vaccin, alors que l’on sait que le risque de réinfection existe avec ce coronavirus. Je vous renvoie aux années 1960, où l’on pensait avoir trouvé un vaccin contre ce que le virus syncitial respiratoire (une infection respiratoire très contagieuse qui touche surtout les jeunes enfants, NDLR).

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Or, ce vaccin avait une courte durée de protection et lorsque l’on se réinfectait, la maladie développait une forme beaucoup plus grave que la première fois. Même scénario il y a quelques années à peine avec la dengue. Il faut donc être sûr que ce vaccin protège longtemps et suffisamment.

Justement, sait-on contre quoi ce vaccin protège exactement ?

Pas entièrement. Pfizer indique que son vaccin est efficace contre les signes de la maladie (fièvre, courbatures, perte de goût ou d’odorat, etc.), mais nous ne savons rien de son action contre l’infection elle-même. Or, c’est un point crucial pour juger de son efficacité.

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Au-delà, ce que je veux dire, c’est que depuis deux jours, nous avons droit à la communication d’une entreprise privée, certes très sérieuse, mais j’attends, moi, qu’une grande publication scientifique parvienne aux mêmes résultats avec un comité scientifique de haut niveau et indépendant.

Fabriquer un vaccin en si peu de temps, est-ce réellement faisable ?

On ne le pensait pas avant cette pandémie, mais la technique utilisée, l’ARN messager*, permet en effet de pouvoir gagner plusieurs mois.

La compétition est-elle terminée ?

Non, absolument pas. Il y a dans le monde au moins près d’une dizaine de vaccins qui sont en phase 3, c’est-à-dire testés sur plusieurs milliers de personnes (voir plus bas). Au moins un d’entre eux, d’ailleurs, l’Américain Moderna, utilise la même méthode que Pfizer. Tant que nous n’avons pas de certitudes, il faut que ces essais se poursuivent.

Si ce vaccin est le bon, combien coûtera-t-il ?

On parle d’un prix compris entre 25 et 30 dollars la dose, soit plus de 50 dollars pour les deux doses nécessaires. Ce ne sera pas un problème pour les nations occidentales, mais cela peut-être un frein pour certains pays en voie de développement.

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Lesquels, d’ailleurs, devront faire face à un autre défi : ce vaccin doit être conservé à – 70°C, ce qui peut poser des problèmes de logistique et de distribution. Or, comme pour toute pandémie, on a besoin que l’ensemble des humains puissent avoir accès au vaccin. Sinon, on court le risque que la maladie reparte.

La France est-elle assurée d’être correctement servie ?

Oui. L’Europe a d’ores et déjà commandé 300 millions de doses et, dans ce cadre, la France sera servie sans problème. L’État devrait alors prendre en charge la totalité des coûts de vaccination.

Justement, la question agite actuellement le débat public : la vaccination doit-elle être obligatoire ?

Ma réponse est celle d’un scientifique et non d’un politique : un vaccin ne peut être obligatoire que s’il est parfaitement efficace et qu’il a fait preuve de sa totale innocuité. En l’état actuel des connaissances sur ce vaccin, ces conditions me semblent encore loin d’être remplies.

*Au lieu d’inoculer le virus entier, les chercheurs introduisent une partie seulement de son code génétique, lARN messager. Les protocoles et expérimentations s’en trouvent allégés, d’où une mise au point plus rapide du vaccin.

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