« Hold-Up » : un professeur toulousain décrypte les mécanismes complotistes du documentaire polémique – ladepeche.fr

« Hold-Up » : un professeur toulousain décrypte les mécanismes complotistes du documentaire polémique – ladepeche.fr

l’essentiel
Mathieu Alemany Oliver, professeur en Marketing à la Toulouse Business School (TBS) a étudié les théories du complot dans le monde des affaires. Pour lui, le film « Hold-Up », qui laisse entendre qu’une manipulation mondiale est à l’œuvre dans la crise sanitaire, utilise les mêmes mécanismes.

Le film « Hold-Up » présente pendant près de 2h40 les « mensonges » et « manipulations » liés à la crise sanitaire liée au coronavirus pour Mathieu Alemany Oliver. Le professeur en Marketing à la Toulouse Business School (TBS) a étudié les théories du complot dans le monde des affaires, notamment en identifiant huit profils « clés » qui permettent de fabriquer une théorie complotiste. Il décrypte les mécanismes utilisés dans ce documentaire.

La Dépêche du Midi : Peut-on dire que « Hold-Up » est un film complotiste ?

Mathieu Alemany Oliver : Oui, mais ce film n’est pas une théorie du complot en tant que telle. C’est un élément qui permet d’appuyer une théorie du complot, qui serait que le Covid-19 aurait été créé pour exterminer une partie de la population. La façon dont le film est construit peut faire penser aux autres vidéos qui présentent des théories du complot. Dans toutes ces vidéos, la construction est toujours assez similaire : il y a d’abord beaucoup de faits, beaucoup d’informations, à la fois vraies et à la fois fausses. Ensuite, il y a un appel au sentiment du spectateur, on véhicule une émotion négative, de la peur. Beaucoup d’informations chargées d’émotion et en lien direct avec notre vie fait que l’on se projette très vite dans l’histoire et qu’on en vient à se dire qu’on est nous-mêmes atteints par le complot.

On retrouve aussi l’idée de petits complots au service d’un grand complot, avec une dynamique de dominants et de dominés dans le monde. Les dominants utiliseraient le système capitaliste pour contrôler les dominés. « Hold-Up » parle par exemple de Elon Musk qui veut implanter une puce dans le cerveau des gens, il y a cette idée de contrôle. Et tout ça avec un but ultime, qui serait de créer un nouvel ordre mondial, en exterminant une partie de la race humaine pour commencer une nouvelle ère. C’est le « Great Reset » dont le film parle.

Comment expliquer que l’on puisse croire à ces théories ?

D’un point de vue cognitif, lorsque notre cerveau n’arrive pas à traiter toutes les informations, il essaye d’aller au plus simple et au plus cohérent. Dans « Hold-Up », c’est ce qu’on voit à partir de deux heures à peu près : on nous livre une théorie selon laquelle les élites veulent se débarrasser de la populace parce qu’elle n’a pas besoin d’elle. C’est une opposition entre les gentils et les méchants, pour schématiser, et des jeux de pouvoirs, qui sont des choses que l’on connaît depuis tout petit. L’être humain a besoin de contrôle. Cette théorie nous donne le sentiment que « maintenant, on comprend », ça nous rassure.

Retrouvez-vous dans « Hold-Up » les personnages que vous avez identifiés dans la fabrication d’une théorie du complot ?

Oui, mais pas tous. Pour les retrouver tous, il faudrait étudier toute la théorie, en prenant d’autres vidéos ou en allant sur les forums de complotistes, par exemple. Mais on retrouve ceux qui sont généralement les plus présents : le « bénéficiaire » ultime du complot, toujours très abstrait comme ici un gouvernement mondial par exemple. Ensuite les « volontaires », les complices des bénéficiaires, comme les pharma ou les GAFAM [Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, NLDR] dans le film, qui sont là pour faire en sorte que le complot se fasse. On a aussi la « cible », ceux qui dénoncent le complot. Enfin, il y a cette dame à la fin, en pleurs, qui représente « l’ignorante » en train d’ouvrir les yeux, chose très importante pour les complotistes, qui veulent « éclairer » ceux qui n’ont pas encore compris, à savoir les « ignorants ».

Beaucoup d’informations, une résolution grâce à la théorie, des personnages… Est-ce que les réalisateurs de « Hold-Up » ont, selon vous, essayé de manipuler les spectateurs ?

Une vidéo complotiste manipule toujours les spectateurs puisqu’elle joue avec la vérité pour convaincre à tout prix. Je pense aussi que, de manière consciente ou inconsciente, les réalisateurs ont voulu créer un effet « waouh ». Peut-être parce qu’ils ont eux-mêmes l’habitude de voir des contenus qui véhiculent des théories du complot, construits de cette manière. Et il ne faut pas se voiler la face: la théorie du complot fait vendre. Les réalisateurs ont bien réfléchi en amont à la structure du film et à créer de l’émotion. Mais on ne peut pas leur en vouloir, c’est leur travail de réalisateur. Il y a une rupture de l’équilibre pendant deux heures et finalement, les héros viennent rétablir cet équilibre. Pour un film comme Star Wars, c’est la même chose finalement. Dans « Hold-Up », les héros sont les réalisateurs et les invités qui viennent éclairer les spectateurs.

C’est donc que ce documentaire a été réalisé comme une fiction ?

C’est ce qui est important à comprendre. Une théorie du complot, c’est une fiction, ça marche comme un film. Le problème, c’est que ce film n’incorpore quasiment que des éléments du réel.

Quels conseils donneriez-vous pour savoir reconnaître une théorie du complot ?

Pour ceux qui y croient déjà, malheureusement je pense qu’il n’y a pas grand chose à faire. Comment voulez-vous que quelqu’un qui a un schéma de pensée très rigide, puisse s’ouvrir à l’idée que sa façon de penser n’est pas la bonne ? Ensuite, pour ceux qui commencent à prendre au sérieux ce que dit le film, il y a deux niveaux d’actions.

D’abord, c’est un niveau plus structurel, comme ce qu’a demandé l’Union européenne à Facebook et Google (qui détient Youtube), de mieux travailler les algorithmes qui permettent d’identifier la circulation de théories du complot. Aujourd’hui beaucoup de gens, notamment des jeunes, s’informent sur Facebook. Avec un ou deux articles de presse mais aussi par les posts de leurs amis ou sur des blogs obscurs. Le deuxième levier d’action, c’est de vérifier ses sources. Mais il est toujours très important de ne jamais prendre les gens qui doutent pour des idiots, ça serait un échec assuré. Il vaut mieux le prendre avec empathie et aller au bout du raisonnement avec la personne.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You have successfully subscribed to the newsletter

There was an error while trying to send your request. Please try again.

web-breaking-news will use the information you provide on this form to be in touch with you and to provide updates and marketing.