«Je nai pas confiance» : ces soignants qui doutent du vaccin contre le Covid-19 – Le Parisien

«Je nai pas confiance» : ces soignants qui doutent du vaccin contre le Covid-19 – Le Parisien

Certains ont remonté leurs manches « pour montrer l’exemple ». Plusieurs médecins français se sont fait vacciner devant les caméras ce mercredi afin de lutter contre le scepticisme d’une partie de la société à l’égard du vaccin. D’autres, en revanche, apparaissent plus frileux. En effet même dans le corps médical, les craintes – voire les thèses complotistes – ont fait leur chemin. Face aux réticences, certains appellent à rendre obligatoire la vaccination pour les soignants.

Danny Forster, directeur adjoint d’un Ehpad varois, constate cette défiance tous les jours sur le terrain. « C’est une triste réalité, souffle-t-il. Certains soignants trouvent qu’il n’y a pas assez de recul, se demandent pourquoi le sida n’a toujours pas de vaccin alors qu’on en a trouvé un contre le Covid », énumère le jeune homme. Pour les plus réfractaires, cette campagne servirait également de « test » sur les personnes âgées devenues des « cobayes ».

Résultat, selon un sondage de la Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne solidaires (Fehap), porte-voix du secteur privé non-lucratif, réalisé entre le 30 novembre et le 7 décembre, 76 % des 1 992 soignants en Ehpad interrogés ne souhaitent pas se faire vacciner contre le Covid-19. Seuls 19 % des sondés ont répondu « oui ». Les pensionnaires et leurs représentants acceptent à une courte majorité d’être vaccinés, avec 53 % de « oui » et 38 % de « non ».

Alice, soignante dans un Ehpad fait partie des 5 % encore indécis. « Ce vaccin a été fait très rapidement, et même si les pourcentages d’efficacité semblent élevés, connaissons-nous vraiment tous les effets secondaires possibles ? » s’interroge-t-elle. « C’est un peu flou encore pour moi cette vaccination », avoue-t-elle.

De la pédagogie sur le terrain

Pourquoi une telle situation ? « De nombreux soignants se renseignent via les réseaux sociaux ou via la télé, ce qui n’éclaire pas toujours sur la viabilité du vaccin », avance un directeur de structure resté anonyme. « Il faut un simple brevet pour devenir aide-soignant, il y a un réel manque d’éducation, tance-t-il. On a accéléré les procédures pour recruter plus, et il y a un problème de niveau désormais. »

Clément, 25 ans, sait qu’il se fera vacciner. Infirmier depuis deux ans dans différentes maisons de retraite, il dit entendre « tout et n’importe quoi concernant les vaccins ». Parmi ses collègues, « il y a du pour et du contre. Je dirais que c’est du 50/50 ou pas loin », estime le jeune homme. « Ceux qui ne veulent pas le faire ont peur. Ils ne le disent pas directement, mais ils ne le feront pas par manque de confiance envers les laboratoires ou chercheurs. Alors on essaye de les convaincre, des fois on y arrive, des fois on se heurte à un mur », regrette Clément.

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Danny Forster, tente aussi de faire de la pédagogie auprès de ses équipes. « J’essaie de faire entendre raison aux salariés, mais je suis rapidement accusé d’être le porte-parole du gouvernement », assure-t-il. Si les positions personnelles des soignants n’ont pas d’effet sur la décision des résidents selon le directeur, côté sanitaire, l’enjeu est évidemment important. « On sait que le Covid-19 arrive dans un Ehpad par les soignants », rappelle le directeur adjoint d’un établissement varois.

C’est justement à cause de cette pression que Mathieu* veut se faire vacciner. « On est mis sous pression, avec des responsabilités lourdes. On est facilement accusé quand le Covid entre dans une maison, donc moi j’ai hâte de me faire vacciner pour tourner la page », note cet aide soignant lyonnais. « Dans mon Ehpad il y a des discussions, mais la majorité veut se faire soigner », assure-t-il.

« Je me mettrai en arrêt maladie ou je démissionnerai »

Certains médecins proposent une solution radicale, rendre la vaccination obligatoire pour tous les soignants, en Ehpad et ailleurs. Avec, s’ils refusent, la menace de « poursuites pénales […] mais aussi l’application du principe de précaution », comme le souhaite Daniel Guillerm, le président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI) dans une tribune au Journal du Dimanche.

Mais au-delà des difficultés logistiques, en raison du nombre de doses actuellement disponibles, l’effet pourrait être contre productif. « Je n’ai pas envie de me faire vacciner donc soit je me mettrai en arrêt maladie ou je démissionnerai car je ne me laisserai pas faire », assure Adeline, infirmière dans un service de réanimation dans le sud de la France. « Moi je n’ai pas confiance en ce vaccin nouveau fait par des laboratoires. Et encore moins par des laboratoires américains », tranche la jeune femme, qui assure que la plupart des soignants « pensent comme elle ».

Quid du risque de contaminer des patients? « On ne connaît même pas le rôle exact de ce vaccin, tous les jours ça change. On dit de le garder dans moins 80 degrés, mais est ce que ça se conserve bien ce vaccin? Moi je n’en veux pas pour le moment mais pour autant je suis pas complotiste », promet-elle. Si le vaccin réduit la sévérité de la maladie, les scientifiques ne savent pas encore s’il fait barrage à la transmission du virus. L’infirmière n’exclut en tout cas pas totalement de se faire vacciner dans plusieurs mois « pour avoir du recul » notamment sur les effets secondaires.

Une augmentation de la vaccination pour la grippe

Avec des essais menés sur des dizaines de milliers de volontaires puis la vaccination de millions de personnes dans le monde, les experts estiment que tout problème majeur de sûreté aurait déjà été détecté. Mais des effets secondaires plus rares, à plus long terme ou ne survenant que chez certains profils de patients, ne sont pas à exclure.

Pour Danny Forster, rendre obligatoire la vaccination aurait un effet « répulsif », qu’il veut éviter à tout prix. « Il y a un manque criant de personnel, ça ne ferait qu’empirer la situation. Il faut rassurer, répondre aux craintes. Nous n’avons pas besoin de cette polémique », argumente-t-il.

Signe encourageant, dans son Ephad, la campagne vaccinale contre la grippe a touché 40 % du personnel, contre 20 % l’année précédente. Une tendance constatée par la directrice du Synerpa, le syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées, citée par les Echos. « Alors que nous vaccinons de 20 à 30 % de nos salariés en temps normal, cette année, on a atteint des records à 50-60 %. L’épidémie a convaincu une grande partie des personnels de rejoindre le champ des vaccinés ».

*Le prénom a été modifié

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