La colchicine, «premier médicament oral» contre le Covid-19 ? Pourquoi il faut se méfier – Le Parisien

La colchicine, «premier médicament oral» contre le Covid-19 ? Pourquoi il faut se méfier – Le Parisien

Et s’il suffisait d’un médicament à prendre tel un comprimé pour voir les effets du Covid-19 s’atténuer? C’est en tout cas le résultat de l’étude Colcorona, menée dans le monde entier, par l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM), au Canada. « Nous sommes heureux d’offrir le premier médicament oral au monde dont l’utilisation pourrait avoir une incidence importante sur la santé publique », promet Jean-Claude Tardif, le chercheur principal de l’étude. Ce médicament n’est pas à inventer, selon le chercheur : il existe déjà. Son nom? La colchicine.

Qu’est-ce que la colchicine ?

« La colchicine est un puissant anti-inflammatoire avec un bon profil de sécurité déjà utilisé pour le traitement de la goutte », explique Guy Boivin, microbiologiste-infectiologue au CHU de Québec, qui a travaillé avec Jean-Claude Tardif sur cette étude.

Cette molécule est en effet bien connue de la médecine car, en plus du traitement de la goutte pour lequel elle soulage, elle est aussi utilisée pour le traitement de la chondrocalcinose, et de maladies plus rares comme la fièvre méditerranéenne familiale (une maladie héréditaire) et la maladie de Behçet.


La colchicine n’est pas un médicament anodin. Elle « a une marge étroite entre efficacité et toxicité », rappelle sur Twitter une interne en pharmacie hospitalière, craignant de voir la population chercher à se procurer ce médicament. La molécule doit donc être prise avec méfiance et seulement sur avis médical. En France, la colchicine n’est délivrée que sur ordonnance.

Que dit l’étude ?

L’étude de l’ICM a été menée sur 4 488 patients dans plusieurs pays du monde, dans différentes régions du globe (Etats-Unis, Canada, Espagne, Afrique du Sud et Brésil). Positifs au Covid-19, symptomatiques ou non, ces patients ont été divisés en deux groupes : un premier recevant un traitement de colchicine, un second recevant un placébo.

« La colchicine a réduit de 21 % le risque de décès ou d’hospitalisations chez les patients atteints de Covid-19 comparativement au placébo », écrit l’ICM dans un communiqué, publié ce samedi sur son site Internet. Sur les 4 159 patients, ayant effectivement eu un test PCR positif, continue l’institut de recherches, « la colchicine a entraîné des réductions des hospitalisations de 25 %, du besoin de ventilation mécanique de 50 % et des décès de 44 % ».

Selon les chercheurs, « traiter les patients à risque de complications avec la colchicine dès la confirmation du diagnostic de Covid-19 permet de réduire leur risque de développer une forme grave de la maladie et conséquemment diminuer le nombre d’hospitalisations ». Une telle solution permettrait donc d’alléger la pression dans les hôpitaux en permettant à des patients de rester chez eux.

Pourquoi il faut prendre cette étude avec des pincettes ?

La colchicine n’est pas le premier médicament à donner un peu d’espoir face au Covid-19. Notamment portée par Didier Raoult, l’hydroxychloroquine avait un temps été portée en remède miracle et son usage, afin de lutter contre les formes graves du coronavirus, avait été autorisée dans certains pays sous la pression médiatique. Des études menées plus tard avaient relevé que l’hydroxychloroquine n’avait aucun bénéfice contre le Covid-19.

La seule étude québécoise n’est donc pas suffisante pour déterminer si oui ou non la colchicine est véritablement efficace contre le Covid-19. De sa base de patients testés, un peu plus de 2 000 ont effectivement reçu de la colchicine. L’étude n’ayant pas été publiée – celle-ci ayant seulement été révélée dans un communiqué de presse – il n’y aucune information quant aux profils des personnes testées.

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Contacté par Le Parisien, l’ICM précise que « le manuscrit relatif aux résultats de l’étude n’est pas encore disponible », celui-ci étant actuellement « en rédaction », après la réception des résultats « il y a moins de 24 heures ». « Il sera publié dans une revue scientifique d’ici quelques semaines », ajoute-t-il.

Sur son site Internet, la Société française de pharmacologie et de thérapeutique (SFPT) précise ce samedi que « 27 études dans le monde testant l’efficacité de la colchicine » sont en cours. Deux seulement ont déjà été publiées – une étude menée en Colombie, et une autre en Grèce. Bien qu’elles montrent une amélioration de l’état de santé des patients sous colchicine, elles concernent un trop petit nombre de patients – 300 pour la première, 100 pour la seconde – pour être prises pour argent comptant. La SFPT conclut : « L’efficacité de la colchicine dans la prévention ou le traitement des infections à Covid-19 n’a pas été démontrée. »

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