Le premier confinement pourrait causer jusquà 6000 morts par cancer en France – Le Figaro

Le premier confinement pourrait causer jusquà 6000 morts par cancer en France – Le Figaro

Les retards de diagnostic auront des effets perceptibles dans quelques années, estiment des chercheurs français.

Pendant le premier confinement, une grande partie de l’activité hospitalière a été brutalement mise à l’arrêt, et les services d’oncologie n’ont pas fait exception à la règle. Huit mois plus tard, de premières estimations françaises évaluent sévèrement l’impact du report des opérations et dépistages de cancer. Selon une étude menée par des chercheurs du réseau hospitalier Unicancer, le ralentissement des soins imputable au confinement pourrait être responsable de 1000 à 6000 décès dans les années à venir.

Présentés mardi 8 décembre, ces travaux estiment que le nombre de patients cancéreux pris en charge en France de mars à juillet 2020 a baissé de 23,3% par rapport à la même période l’année précédente, alors qu’il augmente normalement d’une année sur l’autre. Au sein du réseau Unicancer, qui regroupe 18 centres oncologiques de pointe ayant réussi à préserver une partie de leur activité pendant le confinement, cette baisse a été moindre (-6,8% en moyenne), avec un creux marqué en avril et mai (-21%).

Pour convertir la baisse d’activité observée en impact sur la mortalité, les chercheurs français se sont appuyés sur une étude préalablement publiée dans le British Medical Journal par des homologues britanniques. Selon eux, le risque par mois de retard au diagnostic et au traitement pour les nouveaux patients est majoré de 1,06. Cela se traduira en France par 1000 à 6000 morts dans les années à venir. «Il s’agit de personnes qui vont décéder de leur cancer au lieu de mourir d’autre chose», traduit le Pr Jean-Yves Blay, oncologue médical au centre Léon Bérard de Lyon, qui a dirigé l’étude. Ces chiffres, qui ne sont pas encore publiés dans la littérature scientifique, sont toutefois à prendre avec précaution car l’étude part du principe que le retard a été rattrapé dès le mois d’août – ce qui, de l’avis général, n’est pas le cas.

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Entre défiance et fermetures

Selon Jean-Yves Blay, le confinement a davantage porté tort aux patients pas encore diagnostiqués qu’aux cancéreux identifiés et donc suivis. Les causes sont plurielles. «D’un côté, certains centres ont fermé leur activité de dépistage ou ont eu une activité réduite sur la période. D’un autre, une partie des gens ont eu peur de se présenter dans les hôpitaux à cette période épidémique et préféré reporter leur démarche de diagnostic. À cela s’ajoutent les personnes présentant des symptômes qui nous auraient été adressées par leur médecin traitant en temps ordinaire mais ne sont pas allées le consulter par crainte de contracter le Covid dans son cabinet», explique-t-il.

Les pertes de chance ne sont pas les mêmes selon le type de tumeur restée non-dépistée. «Chez une femme âgée présentant un petit cancer du sein peu agressif, un retard de prise en charge de trois mois n’impactera pas ses chances de guérison», juge le Dr Olivier Trédan, oncologue médical au Centre Léon Bérard à Lyon, n’ayant pas participé à l’étude. «En revanche, dans le cas d’un cancer du pancréas agressif potentiellement curable, ce même laps de temps peut suffire à le rendre inopérable», illustre-t-il.

D’après l’Institut national du cancer, les opérations destinées à retirer des tumeurs (exérèses) ont reculé en France de 17% sur la période de mars à août 2020, par rapport à 2019. Pas moins de 30.142 chirurgies ont ainsi été repoussées, avec une fréquence très variable selon la région : -4% en Corse mais -36% en Guyane. Le recul le plus marqué est observé pour les cancers de l’œsophage (-22 %) ; le plus faible pour les cancers de l’ovaire avec -6%.

Qualité de vie

Jean-Yves Blay estime toutefois que les patients déjà suivis n’ont pas pâti, en termes de chances de survie, du report des opérations chirurgicales, car il leur était proposé une chimiothérapie ou une radiothérapie pour temporiser la progression de leur tumeur. «Au sein d’Unicancer, d’après nos estimations, l’impact de ces reports a été mineur si ce n’est nul», évalue-t-il. «Il y a eu très peu de cas où le manque d’accès à la réanimation pour des cas complexes et risqués n’a pu être compensé par une solution alternative». Le réseau hospitalier spécialisé dans la lutte contre le cancer traite environ un quart des patients cancéreux en France.

Un critère, toutefois, n’est pas pris en compte dans l’étude, malgré son retentissement sur les patients : l’impact d’un retard de prise en charge sur la qualité de vie. Un cancer qui a le temps d’évoluer implique un traitement plus lourd. «Une patiente dont on aurait pu dépister le cancer du sein précoce en avril n’aurait peut-être pas eu de chimiothérapie postopératoire, mais la même opérée en septembre se le verra prescrit», illustre Olivier Trédan.

Si, pour ce deuxième confinement, l’activité des centres d’oncologie a été davantage préservée, les soignants continuent d’insister : ne remettez pas vos démarches médicales lorsqu’elles sont possibles, car l’enjeu peut être de taille.

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