Neurobiologie : percée dans la réparation du système visuel – Le Monde

Neurobiologie : percée dans la réparation du système visuel – Le Monde

Rajeunir des neurones vieillissants chez des organismes vivants ? Et réparer ainsi les méfaits de l’âge sur le système nerveux ? Ce n’est plus un fantasme transhumaniste. La prouesse vient d’être accomplie dans l’œil de la souris : elle a été publiée le 2 décembre 2020 dans la revue Nature. Les chercheurs ont injecté, dans l’œil de l’animal, un virus (anodin) portant trois gènes de mammifère. Les cellules de la rétine infectées (des neurones) ont alors produit un cocktail de trois molécules. Résultats : elles ont été reprogrammées vers des stades plus juvéniles. Mieux encore : dans un modèle de glaucome, les chercheurs ont fait repousser assez loin les fins prolongements nerveux (les axones) de ces neurones « rajeunis », au sein des nerfs optiques. A la suite de quoi les rongeurs ont récupéré leurs capacités visuelles.

Le procédé s’inspire d’une découverte révolutionnaire : celle qui a valu le Nobel de médecine au Japonais Shinya Yamanaka, en 2012. Ce médecin-chercheur a réussi à reprogrammer des cellules adultes de n’importe quel organe (peau, foie, muscle, cerveau…) en cellules immatures, non spécialisées mais capables de se différencier en n’importe quel type de cellule de l’organisme (ce sont des cellules souches pluripotentes induites). Pour accomplir cet exploit, son équipe a utilisé un cocktail de quatre gènes (OCT3/OCT4, SOX2, KLF4 et c-MYC). Marque de son succès, les quatre protéines correspondantes seront baptisées « facteurs de Yamanaka ». En 2008, le Japonais prédisait que sa découverte pourrait ouvrir la voie vers la régénération de tissus.

Injection d’un virus thérapeutique

La nouvelle étude publiée dans Nature en offre un premier gage. Les auteurs, de la faculté de médecine de Harvard (Boston, Etats-Unis), se sont focalisés sur les cellules ganglionnaires de la rétine (CGR). Ces neurones centralisent les signaux visuels reçus par les photorécepteurs de l’œil. Ils résident dans la rétine, mais émettent des axones qui se projettent, via le nerf optique, jusque dans les aires visuelles du cerveau.

Que se passe-t-il en cas de dommage du nerf optique ? Si la lésion a lieu à un stade précoce du développement, ses axones pourront survivre et se régénérer. Mais pas si elle se produit à un stade mature. D’où cette interrogation : pourrait-on rajeunir les CGR ? Les chercheurs sont partis d’un postulat : la sénescence et les dysfonctions des cellules âgées sont liées à des altérations des « marques épigénétiques » qui couvrent leur ADN. Ces marques sont de petites molécules chimiques (résidus méthyle) fixées à l’ADN en des endroits précis : elles contrôlent ainsi l’expression des gènes et définissent l’identité de chaque type de cellule.

Il vous reste 63.65% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You have successfully subscribed to the newsletter

There was an error while trying to send your request. Please try again.

web-breaking-news will use the information you provide on this form to be in touch with you and to provide updates and marketing.