Pourquoi na-t-on jamais trouvé de vaccin contre le sida, alors quil na fallu que quelques mois pour le Covid-19 ? – Le Parisien

Pourquoi na-t-on jamais trouvé de vaccin contre le sida, alors quil na fallu que quelques mois pour le Covid-19 ? – Le Parisien

Moins d’un an après l’apparition du nouveau coronavirus, le groupe pharmaceutique américain Pfizer et son partenaire allemand BioNTech ont déposé mardi une demande d’autorisation de leur vaccin en Europe. Ce mercredi, c’est le gouvernement britannique qui annonce autoriser le vaccin sur son territoire et lancer la campagne « la semaine prochaine ».

Une rapidité de développement inédite dans l’histoire des vaccins qui soulève des inquiétudes. D’autant plus que concernant la France, Emmanuel Macron a déjà annoncé que la campagne de vaccination pourrait commencer « dès fin décembre ou début janvier ».

Sur Facebook, un argument revient très souvent : comment a-t-on pu développer non pas un, mais plusieurs vaccins contre le Covid-19 en un laps de temps aussi court, alors qu’il n’en existe toujours pas pour le sida, 37 ans après la découverte du virus? Pour plusieurs internautes, ce raisonnement se veut la preuve que les futurs vaccins contre le Covid-19 ne peuvent pas être fiables, certains allant jusqu’à comparer la future vaccination de la population à un « suicide collectif ».

Captures d’écran Facebook. DR
Captures d’écran Facebook. DR  

Mais en réalité, plusieurs raisons expliquent le développement en un temps record du vaccin contre le Covid-19, alors que les chercheurs sont encore en quête d’un vaccin contre le sida.

Deux virus très différents

Les deux virus possèdent des structures très différentes. S’ils sont tous les deux des virus à ARN (acide ribonucléique), le VIH, virus du sida, est aussi est un rétrovirus. Cela veut dire qu’il s’intègre à l’ADN des cellules infectées, les forçant à se multiplier, et devient indétectable pour le système immunitaire. Le VIH reste alors indéfiniment présent dans l’organisme.

De plus, le VIH, qui possède plusieurs sous-types, mute tellement rapidement que le temps que l’organisme produise des anticorps, ceux-ci sont déjà obsolètes et ne peuvent plus neutraliser le virus. Ces mutations constantes sont ce qui rend difficile « la fabrication d’un vaccin contre la bonne cible », explique Nathan Clumeck, professeur en maladies infectieuses à l’Université libre de Bruxelles.

À l’inverse, « le Covid-19 a une structure plus simple, avec une serrure qui ne mute pas de manière à échapper aux anticorps que va fabriquer l’hôte infecté », poursuit l’infectiologue. Ce qui explique pourquoi les anticorps fonctionnent efficacement contre ce virus. Ainsi, les malades guérissent spontanément du Covid-19 dans la grande majorité des cas. Or, on peut « facilement développer un vaccin quand on a une maladie qui guérit en reproduisant ce que fait la nature », détaille Jean-Daniel Lelièvre, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. A contrario, le VIH ne peut être éliminé naturellement par le système immunitaire.

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Par ailleurs, le SARS-CoV 2 possède des similitudes génétiques avec le SARS-CoV, virus responsable de l’épidémie de SRAS il y a quinze ans. « On avait accumulé beaucoup de données sur ce virus. On savait que les anticorps protégeaient », poursuit l’expert à la Haute Autorité de santé, qui prépare l’arrivée des vaccins contre le Covid-19 en France. Ces connaissances ont rendu plus facile le développement d’un vaccin contre le nouveau coronavirus.

Si plusieurs essais vaccinaux contre le sida ont été entrepris, ils n’ont mené qu’à des résultats modestes et il n’existe toujours pas, à ce jour, de vaccin efficace contre cette maladie. Il est toutefois possible de prendre une combinaison de médicaments, appelée trithérapie, afin de réduire au maximum la multiplication du virus dans l’organisme.

Des avancées technologiques

De plus, depuis la découverte du virus du sida, en 1983, d’importantes avancées technologiques ont été réalisées. Le séquençage d’un virus par exemple, qui permet de connaître son patrimoine génétique pour mieux le neutraliser, a été réalisé en un temps record pour le Covid-19. Trois jours ont suffi aux chercheurs de l’Institut Pasteur pour séquencer intégralement son génome, contre plusieurs années pour celui du VIH.

La pandémie a amené les laboratoires à perfectionner des technologies déjà existantes pour produire les nouveaux vaccins contre le Covid-19. C’est par exemple le cas de l’ARN messager. Utilisé notamment dans les produits de Pfizer et Moderna, il a pour but d’indiquer aux cellules quelles protéines elles doivent synthétiser pour lutter contre le virus.

« On a utilisé l’ARN messager contre le VIH, Ebola, Zika, on l’utilise depuis 10 ans, indique le Professeur Lelièvre. Aujourd’hui, on arrive à maturation de cette technologie, et c’est le moment idéal pour s’en servir sur un virus pas très différent d’autres qu’on connaît bien. » Cette méthode s’est révélée facile à produire et très efficace.

Des améliorations technologiques qui vont « sûrement être testées pour le VIH » bien qu’il soit « encore trop tôt pour dire si elles seront efficaces sur ce virus », note Olivier Schwartz, responsable de l’unité Virus et immunité à l’Institut Pasteur.

Une mobilisation mondiale

Enfin, l’épidémie de Covid-19, rapidement devenue une pandémie, a « accéléré la réponse des instituts de recherche et des laboratoires du monde entier en respectant toujours les protocoles sanitaires et de sécurité », poursuit Olivier Schwartz. Le virus Ebola avait déjà permis aux scientifiques de prouver que le déroulement des essais cliniques peut être plus rapide, sans « remettre en cause l’évaluation de l’efficacité d’un vaccin et de sa tolérance », abonde le Pr Lelièvre.

De nombreux États, ainsi que des laboratoires privés, ont soutenu financièrement les industriels dans le développement de leur candidat vaccin. « Grâce à leurs connaissances de précédents virus similaires au SARS-CoV2, les industriels avaient de bonnes bases pour penser que leurs vaccins seraient efficaces », relate le Pr Lelièvre. Cela a notamment poussé les firmes à engager les chaînes de production de vaccins avant même d’avoir les résultats complets de leurs essais cliniques. Jamais la phase de recherche et de production d’un vaccin n’avait été menée simultanément, les firmes attendant habituellement une autorisation de mise sur le marché (AMM).

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« Les industriels ont discuté avec les différents Etats, par exemple de l’ Union européenne, en les obligeant, s’ils commandaient leur vaccin, à payer les doses, même si celui-ci ne marche finalement pas. Le pari c’était justement que ça fonctionne », poursuit le Pr Lelièvre.

Au niveau des procédures administratives, tout a également été accéléré. Les dossiers pour les vaccins anti-Covid ont été traités en priorité chaque fois que des résultats préliminaires étaient délivrés. L’ANSM, Agence nationale de sécurité du médicament, a par exemple demandé à ses experts de se consacrer exclusivement aux dossiers concernant le Covid-19.

De nombreuses procédures d’urgence ont, d’autre part, été enclenchées. L’agence américaine du médicament est en train d’étudier les demandes d’autorisations d’utilisation d’urgence des produits de Pfizer/BioNTech et Moderna. En cas d’approbation, une campagne de vaccination pourrait être lancée là aussi avant les fêtes de fin d’année aux Etats-Unis.

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