Que sait-on du probable effet protecteur de la nicotine contre le Covid-19 ? – Sud Ouest

Que sait-on du probable effet protecteur de la nicotine contre le Covid-19 ? – Sud Ouest

Parmi les centaines de composants néfastes que l’on trouve dans la fumée de cigarette, l’un d’eux pourrait bien avoir des vertus protectrices contre le Covid-19 : la nicotine. Constaté depuis plusieurs mois, l’effet positif de cette substance a été analysé par de nombreux chercheurs, et une étude en trois temps a été lancée à Paris. Voici ce que l’on sait.

Moins de malades chez les fumeurs

Le constat ne date pas d’hier. Dès le 10 avril, alors que la France n’avait pas achevé son premier mois de confinement, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, notait « quelque chose de très particulier avec le tabac ». « On a constaté que l’immense majorité des cas ne sont pas des fumeurs, comme si (…) le tabac protégeait contre ce virus, via la nicotine », déclarait-il.

Depuis, de nombreux chercheurs se sont penchés sur la question, en France et à l’étranger, confirmant cette tendance : « On constate globalement qu’on a un risque d’avoir le Covid qui est quatre à cinq fois moins important pour un fumeur que dans la population de même sexe et de même âge », rapporte le professeur Zahir Amoura, chef du service de médecine interne 2, maladies auto-immunes et systémiques de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

À ce stade, un rappel important s’impose : le tabac est fondamentalement nocif pour la santé, et ces résultats ne constituent pas un encouragement à fumer pour se protéger contre le Covid-19.

Comment expliquer ces résultats ?

Pour comprendre ce phénomène, Zahir Amoura et le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux se sont intéressés au rôle du « récepteur nicotinique à l’acétylcholine ». « Ce récepteur nicotinique a des liens étroits avec la porte d’entrée du virus dans les cellules, qui est le récepteur ACE2 », explique Zahir Amoura. « On imagine que si on bloque le récepteur nicotinique, on module d’une manière ou d’une autre le récepteur ACE2, ce qui pourrait avoir un impact sur la pénétration du virus dans les cellules », poursuit le chercheur.

Si les liens entre ces deux récepteurs se confirment, cela expliquerait pourquoi la nicotine est capable de freiner l’entrée du virus dans l’organisme. En clair, elle pourrait constituer une sorte de barrière protectrice qui empêcherait le virus de pénétrer dans les cellules, évitant ainsi de développer la maladie.

Trois études

C’est cette théorie que vont tenter de prouver les chercheurs de l’AP-HP à travers trois études, dont deux sont déjà sur les rails. Elles consistent à distribuer autant de patchs de nicotine que de placebo à des sujets non-fumeurs.

Les deux premières études portent sur des patients déjà atteints du Covid-19, hospitalisés dans les unités de soin (étude Nicovid) et dans les services de réanimation (Nicovid Rea). « L’objectif est de savoir si la nicotine protège les malades d’une évolution vers un mauvais pronostic », souligne Zahir Amoura.

La troisième étude (Nicovid Prev) va porter sur 1 633 soignants (médecins et personnel hospitaliers, médecins libéraux, personnel des Ehpad) non-fumeurs. Eux aussi vont porter des patchs de nicotine, ou des placebos, pendant environ six mois : « On prend une population exposée au risque d’avoir le Covid, précise le professeur. L’idée est de voir si le fait de mettre ces patchs permet de constater moins d’infections ». Si les résultats sont concluants, la perspective de développer, à terme, un traitement à base de nicotine pourrait être envisagée. 

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