Radiographie du coronavirus : que révèlent les publications scientifiques sur les vaccins ? – France Culture

Radiographie du coronavirus : que révèlent les publications scientifiques sur les vaccins ? – France Culture

Au micro de Guillaume Erner, chaque vendredi à 7h12, Nicolas Martin, producteur de l’émission « La méthode scientifique », du lundi au vendredi à 16h sur France Culture, vient éclairer certains aspects de l’épidémie de coronavirus.

Ce matin, retour sur ce que nous enseignent les publications scientifiques concernant l’efficacité et l’innocuité des nouveaux vaccins contre le covid 19. Jusque là, les laboratoires avaient publié des communiqués de presse pour faire paraître leurs données et faire valoir l’efficacité de leurs vaccins. Mais la communauté scientifique commence à avoir accès à ces données, notamment concernant les vaccins Pfizer et AstraZeneca. Quels enseignements en tirer ? 

Plusieurs études ont été publiées cette semaine sur les vaccins anticovid, on les attendait.

Nicolas Martin : « L’un des gros points d’interrogation que l’on pouvait avoir sur les vaccins, c’est que tout ce qu’on en connaissait, c’était via des communiqués de presse des laboratoires et que la communauté scientifique n’avait accès qu’à des informations partielles, donc sélectionnées par ces labos. On a deux publications qui sont tombées cette semaine pour le vaccin Pfizer BioNtech dans le « New England Journal of Medecine », hier soir (jeudi 10 décembre 2020) et pour le vaccin AstraZeneca Oxford, qui a été publiée dans « The Lancet ». On en sait donc plus sur les résultats, notamment sur ce qui inquiète la population, à savoir les effets indésirables. D’autant plus après ce qui est arrivé cette semaine, à savoir deux allergies sévères en Grande-Bretagne sur des patients qui ont été vaccinés par le vaccin de Pfizer. « 

Le vaccin de Pfizer 

Nicolas Martin : « C’est le plus attendu puisque la vaccination a commencé en Grande-Bretagne. Les données dont on dispose, sur les 45.000 personnes annoncées dans le communiqué de presse, on a des données sur 37 000 personnes, moitié moitié dans le groupe vaccin et donc moitié moitié dans le groupe placebo. » 

« Pour cette cohorte des patients qui figuraient dans cet essai clinique de phase 3, l’âge médian (la moitié au dessus, la moitié en dessous) est de 52 ans – ce qui est relativement jeune quand on pense que ces vaccins sont adressés à priori au premier chef aux personnes les plus âgées qui sont les plus sensibles à la maladie Covid. Une autre population qui a été relativement peu incluse, ce sont les minorités ethniques. On sait que parfois, certains variants génétiques peuvent modifier la susceptibilité de certains médicaments. En revanche, ce qui c’est assez positif, c’est que 40% des patients testés présentaient des comorbidités, ce qui est bien, compte tenu du fait que là aussi, c’est l’autre grande partie de la population qui est sensible à la maladie. On obtient donc 8 cas de covid dans la population vaccinée, 162 dans le groupe contrôle qui a reçu un placebo, ce qui donne ces fameux 95% d’efficacité. »

« Les effets indésirables. L’étude montre l’absence totale d’effets qu’on estime grave. L’effet principal secondaire, c’est une réaction inflammatoire douloureuse au point d’injection, dans 80% des cas qui dure 1 à 2 jours. Si vous vous êtes fait vacciner, vous savez, parfois, on a une petite boule rouge un peu chaude qui fait mal dans le bras. 80%, c’est une réaction tout à fait normale, c’est une petite réaction inflammatoire classique. C’est le signe que votre système immunitaire réagit immédiatement contre un intrus, contre ce qu’on vient de lui mettre à l’intérieur. C’est donc plutôt bon signe. D’ailleurs, on constate qu’il y a moins d’effets secondaires indésirables au point d’injection chez les personnes les plus âgées qui ont un système immunitaire un peu plus fatigué, moins réactif. Donc, tout cela est absolument normal. »

Nicolas Martin poursuit : « Sur les autres effets secondaires, on parle de choses tout à fait classiques pour la vaccination. Un petit coup de fatigue, parfois des maux de tête, de la fièvre, dont 8,3 % des cas et jusqu’à 15,8 % chez les plus jeunes. Ce sont exactement les effets secondaires que l’on trouve dans le vaccin contre la grippe. Ils sont un peu plus fréquents que dans le vaccin contre la grippe. Mais c’était attendu puisque ces vaccins contre le Sarscov2 sont des vaccins à ARN messager et l’ARN messager est très réactif, comme nous l’expliquait Eric Billy, qui est chercheur en immunooncologie à Strasbourg et membre du collectif « Du côté de la science ». »

« Il y a d’autres cas qui pourraient être un peu plus inquiétants quand on lit l’étude, notamment 12 cas d’appendicite, 8 dans le groupe placebo et quatre dans le groupe Vaccin. Mais compte tenu de la population de plus de 30.000 personnes, on considère que c’est le fruit du hasard, c’est totalement statistique et ça ne peut pas être lié au vaccin. »

« Il y a un autre truc qui s’appelle la paralysie de Bell. Là, en l’occurrence, il y a eu quatre cas dans le groupe Vaccin et zéro dans le groupe placébo. La paralysie de Bell est une paralysie temporaire de la moitié du visage qui est due à l’inflammation d’un nerf facial. Statistiquement, une fois de plus, quatre cas dans le groupe vaccin, donc de 18.000 personnes, on ne peut pas dire que ce soit significatif, mais la FDPA américaine recommande néanmoins une vigilance spécifique. Il faut préciser que cette paralysie est une paralysie absolument temporaire, qui se guérit complètement, sans effets secondaires et qui ne laisse aucune séquelle. »

« Il faut bien comprendre donc que toutes ces réactions, ce sont des réactions inflammatoires bénignes qu’on retrouve dans d’autres processus vaccinaux et que l’étude du vaccin de Pfizer ne montre donc, je le répète, aucun effet secondaire grave ou sévère. »

Que s’est il passé avec les deux réactions allergiques sévères cette semaine en Grande-Bretagne ? 

Nicolas Martin : « Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut préciser ce que sont les critères d’exclusion d’un essai clinique. Dans un essai clinique on l’exclut quasi systématiquement des patients en bonne santé, mais à risque, puisque je vous rappelle que contrairement à un médicament qui soigne une pathologie, quand on vous vaccine vous êtes en bonne santé, on ne teste pas des personnes qui ont des pathologies déclarées. On exclut donc ainsi toujours quasiment les femmes enceintes, par exemple les personnes qui sont très lourdement immunodéprimées et les personnes qui sont allergiques à l’un des composants du vaccin ou qui ont déjà fait un choc anaphylactique, c’est-à-dire une énorme poussée allergique très grave. Elles ne sont pas incluses dans l’essai. Évidemment, pour les protéger parce qu’elles sont beaucoup plus à risque que la population normale. Les deux personnes qui ont déclaré ces réactions allergiques sévères cette semaine, ce sont deux personnes qui sont du personnel soignant et qui étaient, elles, lourdement allergiques. Pour tout vous dire, elles avaient toutes sur elles des seringues d’adrénaline parce que les gens qui sont lourdement allergiques, il faut réagir extrêmement vite quand on fait une allergie parce que ça peut aller très vite, on peut décéder en quelques dizaines de secondes. C’est donc un terrain très sensible. Une allergie, c’est une réaction démesurée du système immunitaire à un composé qui est normalement toléré par l’écrasante majorité des gens. Or, quand on vaccine, qu’est ce qu’on fait ? On stimule précisément le système immunitaire. C’est pourquoi c’est dangereux pour les grands allergiques. D’où la recommandation des services sanitaires britanniques : pas de vaccin pour les grands allergiques. C’est presque une évidence. Mais il fallait que ça se produise pour qu’on le dise. Les deux personnes, en l’occurrence, sont tout de même, il faut le préciser aujourd’hui, hors de danger. »

Le vaccin d’AstraZeneca

Nicolas Martin : « Ce n’est pas un vaccin à ARN Messager. C’est un vaccin à adénovirus atténué. C’est donc un virus qu’on empêche de proliférer, dans lequel on va insérer le petit brin d’ADN qui code pour la protéine de surface, la protéine Spike. Les résultats du communiqué de presse qu’on avait on été tout à fait confirmés par l’étude publiée dans « The Lancet ». Paradoxalement, cette étude est plutôt plus brouillonne que celle de Pfizer sur une cohorte un peu plus petite, puisque sur 11.600 patients seulement, l’efficacité qui était annoncée dans le communiqué de presse de 70% a été confirmée. La cohorte, comme chez Pfizer, est très jeune, moins de 55 ans, avec cette fois seulement 20% de comorbidités. Le problème dans cette étude, c’est que une partie du premier groupe vaccin n’a reçu qu’une demie dose lors de la première injection. Et paradoxalement, le groupe qui a reçu cette demie dose a des meilleurs résultats avec une protection de 90%, alors que la production globale est de 70%.  Alors, comment est ce qu’on peut expliquer ça ? En fait, c’est un effet statistique. Dans le groupe qui a reçu la demie dose, c’est un groupe beaucoup plus jeune, tous de moins de 55 ans, de 1367 personnes, une cohorte plus petite. Et donc quand on est sur des groupes plus petits, il peut y avoir des effets de sélection qui sont possibles, c’est-à-dire moins de personnes à risque, par exemple, qui sont représentées. Face à cette critique, qu’AstraZeneca a entendu, le laboratoire a annoncé qu’il allait faire des études supplémentaires pour vérifier ces résultats. »

Si on parle des effets indésirables, en l’occurrence, il y a trois effets indésirables graves. Nicolas Martin les développe.

Il conclut : « Ce qu’il faut comprendre, c’est que ces deux études publiées confirment deux choses. Tout d’abord, que ces vaccins sont efficaces et que, dans l’état actuel de nos connaissances, ils sont sûrs. Les effets indésirables sont statistiquement dans la norme et ne remettent pas en cause la balance bénéfice risque parce que un petit mal de crâne, de la fièvre temporaire ou une douleur à l’injection, ce sont des effets classiques des vaccins qui déclenchent le système immunitaire, qui déclenchent de l’inflammation, ce qui est presque bon signe, ce qui veut dire que votre système immunitaire fonctionne. Mais si on a un effet grave, on parle même de pathologies transitoires qui disparaissent en quelques jours pour 50 à 100.000 personnes, ça n’est rien par rapport à la maladie de covid qui tue, si on prend un taux de létalité de 07. Sans compter que les séquelles pour les personnes qui sont malades et qui sont fragiles ou les séquelles de la réanimation sont beaucoup plus importantes et sans comparaison avec celles que peuvent produire la vaccination. »

Avec la collaboration d’Alexandra Delbot.

Vous pouvez écouter l’interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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