Reconfinement strict en Angleterre : quatre questions sur une annonce choc – Le Parisien

Reconfinement strict en Angleterre : quatre questions sur une annonce choc – Le Parisien

Rideau sur l’Angleterre dès mercredi. La nation britannique sera entièrement reconfinée jusqu’en mars, selon les autorités. Quelques heures plus tôt, l’Ecosse avait pris une décision similaire. Sans aller jusque-là pour le moment, l’Irlande du Nord et le Pays de Galles ont aussi annoncé un renforcement de leurs mesures anti-Covid.

En cause ? Le variant du coronavirus SARS-CoV-2, qui serait à l’origine de la flambée des contaminations observée depuis le début du mois de décembre outre-Manche. Et qui se propage désormais dans toute l’Europe. On fait le point.

Que prévoit ce nouveau confinement ?

Les mesures sont encore plus strictes que celles imposées lors du premier « lockdown », au printemps dernier. Il sera simplement autorisé de sortir de chez soi pour aller travailler si le télétravail est impossible, pour faire un peu d’exercice physique (limité à une fois par jour), pour se rendre à un rendez-vous médical, ou encore pour faire des achats essentiels comme des courses alimentaires.


Ces restrictions entreront en vigueur à minuit dans la nuit de mardi à mercredi mais Boris Johnson appelle à les respecter dès à présent. Les écoles seront d’ailleurs fermées à partir de ce mardi, sauf pour les enfants de soignants et ceux en situation vulnérable.

Comment est-il justifié ?

Pour Boris Johnson, l’urgence est de « prendre le contrôle » du nouveau variant du virus. Depuis le mois de décembre, cette mutation serait à l’origine d’au moins la moitié des nouvelles infections dans les régions anglaises les plus touchées, Londres et le Sud-Est. Et les courbes de l’épidémie flambent depuis plusieurs semaines. 58 784 nouveaux cas, dont 53 180 en Angleterre, ont été recensés en 24 heures lundi au Royaume-Uni, d’après le ministère de la Santé. C’est le septième jour consécutif que ce nombre dépasse la barre des 50 000, ce qui n’était jamais arrivé auparavant.

Reconfinement strict en Angleterre : quatre questions sur une annonce choc

Cette très forte augmentation se répercute logiquement sur les services hospitaliers. 26 626 patients sont pris en charge en Angleterre ce lundi, un nombre en hausse de 30 % par rapport au lundi précédent et 40 % plus élevé que le pic de la première vague atteint le 12 avril dernier. Lundi soir, les services de santé anglais (le NHS) ont d’ailleurs alerté sur le risque d’être « débordés dans les vingt et un prochains jours » si aucune « action supplémentaire » n’était menée. Actuellement, environ 400 personnes décèdent chaque jour en Angleterre.

Reconfinement strict en Angleterre : quatre questions sur une annonce choc

« Le confinement a toujours une seule raison et un seul objectif : éviter l’engorgement du système de santé. Si vous redoutez que celui-ci implose sous l’effet de la pression, vous n’avez pas d’autre solution que de confiner », approuve l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale, à Genève. Lui et ses équipes projettent « 80 000 cas » et « 700 décès » par jour dans une semaine, sauf si des mesures de vigilance appliquées avant le reconfinement produisaient des effets.

Que sait-on vraiment de ce nouveau variant ?

Il serait « 50 à 74 % » plus contagieux, selon une étude scientifique publiée le 24 décembre (mais pas encore soumise à un comité de relecture). D’après des travaux de l’Imperial College de Londres parus le 31 décembre, cette souche pourrait faire grimper le nombre de reproduction « R » (c’est-à-dire le nombre de personnes qu’un individu infecté va contaminer en moyenne) de 0,4 à 0,7 point.

En revanche, rien ne permet d’affirmer qu’il circule davantage chez les enfants ou au sein d’une tranche d’âge en particulier. « Ce clone est un vrai sujet, car c’est une souche plus transmissible, qui fait augmenter le taux de reproduction du virus. Il est trop tôt pour dire s’il a un tropisme particulier pour les jeunes, mais il faut rester vigilant », nous indiquait lundi l’épidémiologiste et membre du Conseil scientifique, Arnaud Fontanet. De même, aucun élément ne prouve qu’il serait plus virulent, c’est-à-dire qu’il générerait une plus grosse proportion de formes de graves de la maladie voire de décès.

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Le problème est qu’un variant 50 % plus transmissible est « en général un problème beaucoup plus important qu’un variant 50 % plus mortel », comme l’a expliqué l’épidémiologiste Adam Kucharski le 28 décembre dans une série de messages très partagés sur Twitter. Dans le cas d’une province comptant 10 000 personnes infectées, avec un nombre de reproduction de 1,1, 129 personnes perdraient la vie au bout d’un mois. Ce nombre grimperait à 193 avec un variant 50 % plus mortel et à 978 si celui-ci se transmettait davantage, illustre le scientifique.

Un nouveau confinement pourrait-il arriver aussi en France ?

D’autres pays, comme l’Autriche et l’Irlande, ont déjà reconfiné leur population depuis fin décembre. En France, l’exécutif se contente pour le moment d’avancer le couvre-feu à 18 heures dans les territoires les plus touchés, comme dans quinze départements depuis samedi. Interrogé ce mardi matin sur RTL sur la possibilité d’un troisième confinement en un an, Olivier Véran a répondu qu’il n’était « pas prédictologue ».

Mais les autorités se disent tout de même « très vigilantes » par rapport à ce nouveau variant, comme l’a indiqué le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal au Parisien dimanche. Olivier Véran a précisé que seule « une dizaine de cas » avaient été recensés sur le sol français pour le moment. Mais il pourrait y en avoir beaucoup plus car la technique de séquençage qui permet de l’identifier est peu réalisée en France. « Le Royaume-Uni est l’un des pays au monde qui séquence le plus afin de connaître la proportion de telle ou telle souche », confirme Antoine Flahault.


Le journaliste scientifique réputé Kai Kupferschmidt a indiqué pour sa part qu’il allait « suivre de près » l’évolution des courbes au Danemark, le pays européen qui a dénombré le plus de cas du variant britannique (86 samedi dernier).

Mais d’autres raisons pourraient bien sûr expliquer aussi une situation qui s’aggraverait, par exemple si les mesures de restrictions étaient trop assouplies ou moins respectées. Début décembre, les restaurants et les pubs avaient d’ailleurs pu rouvrir en Angleterre. Et Antoine Flahault de conclure : « Dans toutes les épidémies, les variants ont souvent été incriminés, d’autant que cela permet aux politiques de se dédouaner ».

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