Réveillon du Nouvel An sous couvre-feu : la fête malgré tout – Le Parisien

Réveillon du Nouvel An sous couvre-feu : la fête malgré tout – Le Parisien

Au milieu des sachets de confettis et des boules à facettes, Céline se réjouit : « Il y a un peu moins de clients que les années précédentes, mais pas tant que ça. » La gérante de l’emblématique boutique parisienne « Au clown de la République », spécialisée notamment dans la location de déguisements, est aux premières loges pour le constater : « On sent que les Français ont envie de réveillonner malgré tout. »

Contrairement à la demande pour Halloween, cette fois, les costumes d’infirmières ou de médecins n’ont pas la cote. Pas plus que les masques. Après une année à respirer difficilement sous nos protections anti-Covid, rien d’étonnant. Pour oublier cette sinistre année 2020, c’est le tiercé « paillettes, soirée disco, années 1930 » qui fait la course en tête. « Rien que du très classique », remarque Céline.

Comme si l’on avait envie de normalité, pour ce 31 qui n’a rien d’ordinaire. Pas de feu d’artifice ni de rassemblement sur les Champs-Elysées ou la Canebière. Pas de spectacle ou de dîner, les salles restent fermées. Pas question, en théorie, d’accueillir des invités de dernière minute dans des appartements où l’on a déjà poussé les meubles et les murs pour danser.

Avec le Covid qui n’en finit pas, les membres du gouvernement se sont succédé à la télévision pour rappeler interdictions et préconisations. Les Français sont invités à ne pas se réunir à plus de six, le couvre-feu est maintenu entre 20 heures et 6 heures.

Dans certains territoires, les règles sont plus strictes que d’autres. A Rennes (Ille-et-Vilaine), par exemple, impossible d’acheter de l’alcool après 16 heures ce jeudi. Dans les Pyrénées-Orientales, suite à une mesure similaire, les cavistes ont baissé le rideau dès ce mercredi.

Réveillon du Nouvel An sous couvre-feu : la fête malgré tout

Sur l’île de la Réunion, moins touchée que la métropole, les bars et les restaurants resteront ouverts jusqu’à 0h30. Mais les fêtards seront priés de rester à table. Pas de maloya ni de rock endiablé, il sera interdit d’y danser. Illégale aussi la coupe de champagne à minuit pile sur la plage, comme c’est la coutume.

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Un tour de l’actualité pour commencer la journée

On ne plaisante pas avec les consignes : le soir du 31 décembre, le ministre de l’intérieur a prévenu : « 100 000 policiers et gendarmes seront exceptionnellement mobilisés. » La menace d’une amende de 135 euros ou d’une visite surprise des forces de l’ordre en plein réveillon devrait refroidir les bambocheurs… En principe. Fatigués d’une année sous Covid, les Français que nous avons rencontrés ont choisi de faire la fête « malgré tout ».

« Le retour des pyjamas parties »

Lisa, Quentin et Louis, croisés une cigarette à la main gare de Lyon, ont prévu de prolonger le réveillon jusqu’au lendemain matin afin d’éviter d’éventuels contrôles. Lisa, tout juste 22 ans, la « daronne » de la bande, emmène Louis fêter la Saint-Sylvestre chez des amis à Belfort. Mais en petit comité : ils ne seront pas plus de six. « Parce que dans ce contexte, s’il y a des règles, pourquoi les transgresser ? » fait mine d’interroger la jeune étudiante en droit avant de se faire charrier par les garçons. « Elle parle bien. »

N’empêche, pas de grosse fiesta cette année « Et pourtant j’adore! » soupire la jeune fille. Elle et ses amis gonfleront donc les matelas pneumatiques au milieu des confettis et serpentins.

Quentin (à gauche), Lisa et Louis vont retomber en enfance… mais « avec beaucoup plus d’alcool qu’à l’époque ». LP/P.d.P.
Quentin (à gauche), Lisa et Louis vont retomber en enfance… mais « avec beaucoup plus d’alcool qu’à l’époque ». LP/P.d.P.  

Louis, lui aussi, passera la nuit du 31 au 1er dehors, chez les « potes » qui proposent le couvert et le gîte à Puteaux (Hauts-de-Seine). Le jeune Parisien a conscience du risque sanitaire. Mais il ne veut pas se flageller parce qu’il va partager un appartement une nuit ou parce qu’ils seront sept à table, « à peine plus que les recommandations ». « C’est le retour des pyjamas parties de notre enfance mais, s’empresse-t-il d’ajouter, avec beaucoup plus d’alcool qu’à l’époque. »

Chargé de ramener les provisions liquides, Louis se délecte d’avance du menu grand genre : foie gras, tournedos, patates douces. Il n’y aura en revanche « ni chips, ni cacahuètes à partager », assure-t-il, « pour que les invités ne mettent pas tous leur main dans le même bol ».

« Nous serons entre quinze et vingt »

Patrick, lui, assume la double menace du virus et d’un éventuel contrôle des forces de l’ordre si des bruits suspects franchissaient les grilles de son jardinet. « Avec notre bande de copains, nous avons l’habitude de nous réunir dans mon garage, souffle ce commercial de Goussainville (Val-d’Oise), en train de charger des packs de boissons sur le parking d’un hypermarché. J’ai 53 ans, et ça fait dix-huit ans que c’est comme ça. Il n’y a pas de raison pour que ça change et encore moins après une année pourrie. Nous serons entre quinze et vingt et nous avons encore plus envie d’avoir quelque chose à fêter ensemble. »

Même s’il n’est pas tout à fait à l’aise, Tristan, 31 ans, s’apprête également à déroger à la fameuse règle de six. « Un ami nous invite chez lui dans l’Oise et il devrait y avoir six couples, explique ce jeune cadre bancaire. Mais il y a pas mal d’espace et nous nous sommes engagés à faire attention le plus possible aux gestes barrière. Tant pis si nous devons y perdre un peu en convivialité. » Le contexte demande adaptation.

Les contraintes du couvre-feu ont rassuré Thierry, père de grands ados. LP/P.d.P.
Les contraintes du couvre-feu ont rassuré Thierry, père de grands ados. LP/P.d.P.  

Guillaume, 50 ans, n’est pas malheureux de sauter la case Saint-Sylvestre et de se rendre directement en 2021. Les cotillons et les langues de belles-mères, ce n’est « pas son truc ». Attendre minuit, boire impérativement du mousseux, très peu pour lui. « Les soirées où l’on se doit d’être heureux, sont toujours les plus ratées, non? » interroge-t-il de sa voix douce. Alors jeudi, ce sera une tisane et au lit. Par contre, il rejoindra des copains le lendemain, férié, pour un apéro. « Un réveillon… en journée! »

Thierry, lui non plus, ne regrette pas le tour de vis du Premier ministre qui avait levé le couvre-feu pour Noël mais pas pour le Nouvel An. « Mes enfants, 16 et 20 ans sont les plus frustrés. Ils sont en quelque sorte privés de sortie », glisse le Savoyard de 49 ans. Ses grands ados étaient invités à festoyer chez des amis mais les parents ont annulé. Alors au moins, les annonces gouvernementales évitent à Thierry de passer pour le père fouettard. Ça ne l’aurait pas amusé de savoir sa progéniture en train de danser dans une pièce bondée et enfumée.

En tout petit comité… et au large !

Petites lunettes au-dessus du masque, Chantal, elle, « subit ses plus de 80 ans », alors elle mettra les petits plats dans les grands et partagera une « coupette » avec sa sœur, avec laquelle elle vit. En temps normal, elles auraient filé à Nancy rejoindre une autre frangine. « Déjà, Noël et toutes les occasions ont été volées par le Covid, ce n’est pas drôle, regrette-t-elle. Mais là ce n’est vraiment pas le moment de voyager… »

Pas question d’anéantir des mois de gestes barrière pour Nathalie non plus. A l’entrée de la pharmacie de la gare d’Ermont (Val-d’Oise), où quatre personnes patientent devant elle, la quadragénaire attend de faire son deuxième test antigénique des vacances. « J’en ai fait un avant Noël, j’en refais un maintenant, se rassure-t-elle. D’ordinaire, nous fêtons la nouvelle année avec des amis. Cette fois, nous recevrons un de mes frères et des cousins car nous avons été obligés de faire séparément le réveillon du 24 décembre. Personne dans la famille n’a voulu prendre le risque d’une trop grande tablée… »

Guillaume, 20 ans, s’apprête à passer « une vraie soirée de quadragénaires ». LP/P.d.P.
Guillaume, 20 ans, s’apprête à passer « une vraie soirée de quadragénaires ». LP/P.d.P.  

« On ne sera que quatre mais dans la maison de la grand-mère d’un ami à Vence (Alpes-Maritimes). On ne s’est pas trop mal débrouillés », décrit Guillaume, dans un sourire d’ange. Ce danseur pro de 20 ans a pourtant l’habitude des grandes soirées. L’année dernière pour le réveillon, il se déhanchait avec plus de cinquante convives. Pour le passage à 2021, ce sera donc un bon repas dans une belle maison. « Une vraie soirée de quadragénaire », s’amuse-t-il.

Patricia et Yves ont, eux, loué un gîte en baie de Somme « pour changer un peu d’air » à une heure trente de leur domicile. Ils se sont engagés vis-à-vis du propriétaire à respecter à la lettre les préconisations gouvernementales. « On sera quatre adultes dans un lieu prévu pour dix. On va être tellement au large qu’il va falloir qu’on se téléphone pour se souhaiter la bonne année! »

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