Rwanda: Procès dopposants – Le verdict est connu davance

Rwanda: Procès dopposants – Le verdict est connu davance

Paul Rusesabagina, the man who was hailed a hero in a Hollywood movie about the country’s 1994 genocide is detained and paraded in front of media in handcuffs at the headquarters of Rwanda Investigation Bureau in Kigali, Rwanda August 31, 2020. REUTERS/Clement Uwiringiyimana – RC22PI97LAX2

Héros ou zéro ? Telle est la problématique du procès de l’opposant rwandais, Paul Rusesabagina, ouvert le 17 février 2021 à Kigali. Avec une vingtaine d’autres accusés, tous soupçonnés d’appartenance à un groupe subversif qui compte à son actif plusieurs attaques revendiquées dans le Sud du pays, en 2018, le héros du non moins célèbre film Hôtel Rwanda qui retrace certaines péripéties du génocide de 1994, est jugé pour « terrorisme » par la Justice de son pays. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne fait pas bon être opposant au président Kagame au Rwanda.

En effet, celui qui dirige son pays d’une main de fer depuis maintenant près de trois décennies, est connu pour ne pas faire de cadeau à ses adversaires. Ce n’est pas l’opposante Victoire Ingabire, rentrée au pays en 2010, après 17 ans d’exil aux Pays Bas, pour défier le maître de Kigali dans les urnes avant de se retrouver peu de temps après en prison pour une sombre histoire de « conspiration contre les autorités par le terrorisme et la guerre » et « minimisation du génocide de 1994 », qui dira le contraire. Encore moins le célèbre chanteur devenu opposant, Kisito Mihigo, devenu pratiquement le poil à gratter du pouvoir et qui semblait tout aussi abonné au bagne.

C’est à se demander si Paul Kagame ne voit pas en chacun de ses opposants, un Iyad Ag Ghali et un Amadou Kouffa

En effet, l’artiste avait été jeté une première fois en prison, en 2015, suite à une condamnation de 10 ans pour « conspiration en vue d’assassiner le président ». Gracié en 2018 dans le cadre de la libération anticipée de plus de 2000 prisonniers, décidée par l’homme mince de Kigali, l’activiste et icône de la musique rwandaise avait été incarcéré une nouvelle fois en mi-février 2020 pour ne ressortir du cachot moins d’une semaine plus tard qu’entre quatre planches et les pieds devant, dans des circonstances aussi troubles qu’il est difficile de croire à la version officielle du suicide soutenue par les autorités de son pays. Son péché était d’avoir cherché à quitter son pays où il se sentait à l’étroit et la version officielle avait vite fait de rattacher cette tentative de défection à une volonté de ralliement d’un « groupe terroriste » à l’extérieur. C’est à se demander si Paul Kagame qui s’est constitutionnellement ouvert les portes de la présidentielle jusqu’en 2034, ne voit pas en chacun de ses opposants, un Iyad Ag Ghali et un Amadou Kouffa bons pour la potence. C’est dire si dans le cas de Paul Rusesabagina, le verdict est connu d’avance.

En tout cas, tout porte à croire qu’il faudra bien plus que son homonymie avec le chef de l’Etat, pour le sauver des fourches caudines d’une Justice aux ordres, dans un pays qui connaît un verrouillage en règle de l’espace politique. Comment peut-il en être autrement quand on sait que ses déboires ont commencé dès qu’il a commencé à se montrer très critique vis-à-vis des autorités de son pays ? En effet, en 2006, fort d’une notoriété de plus en plus grandissante liée au succès de son film, il crée un parti d’opposition, le Parti pour la démocratie au Rwanda (PDR), avec pour « objectif de combattre la dictature à parti unique du Front patriotique rwandais de Paul Kagame et les exactions qu’il commet jusqu’à aujourd’hui », selon les propos du secrétaire exécutif dudit parti, Célestin Komeza, au moment où son mentor était toujours en exil.

En matière d’ouverture démocratique, Kagamé gagnerait à mettre… du mou dans sa poigne de fer

Si le succès de son film a pu donner à Paul Rusesabagina, le vertige au point de croire qu’il pouvait y avoir deux Paul au Rwanda, alors il se sera trompé lourdement. En tout cas, avec un président particulièrement allergique à toute critique dans un pays où des accusés se cherchent parfois vainement un avocat, le héros de Hotel Rwanda est bien parti pour apprendre à ses dépens que qui se frotte à l’autre Paul (Kagame), s’y pique forcément. C’est pourquoi l’on a des raisons de croire que c’est son audace politique qui lui vaut largement ses déboires judiciaires d’aujourd’hui au point que ses contempteurs n’hésitent pas à donner de lui, une image aux antipodes du héros du film qu’il a présenté. Entre les deux, difficile de dire où se situe la vérité. Mais au « Kagameland », la question ne semble pas se poser. Et le plus dur ne semble pas de trouver des charges suffisamment lourdes pour ôter toute envie de récidive aux plus audacieux. En tout état de cause, au sortir du génocide de 1994, Paul Kagame a certes réussi à redresser l’image de son pays au point d’être cité en exemple comme l’un des rares dictateurs éclairés du continent. Mais en matière d’ouverture démocratique et de respect des libertés individuelles et de presse, il gagnerait à mettre… du mou dans sa poigne de fer pour être beaucoup plus en phase avec les règles de son temps. Autrement, son héritage politique risque d’être trop lourd à porter pour son futur successeur.

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