Vaccin AstraZeneca-Oxford : comment limmunologiste Sarah Gilbert a pris les autres de vitesse – Le Journal du dimanche

Vaccin AstraZeneca-Oxford : comment limmunologiste Sarah Gilbert a pris les autres de vitesse – Le Journal du dimanche


16h00
, le 29 novembre 2020, modifié à
17h49
, le 29 novembre 2020

­Confiante, elle n’a pas tergiversé quand ses triplés de 21 ans, étudiants en biochimie, ont voulu recevoir deux injections de son vaccin contre le Covid-19 dans le cadre d’essais au Royaume-Uni. A 58 ans, l’immunologiste ­Sarah ­Gilbert, à la tête du projet de l’université d’Oxford, se prépare de longue date à riposter à un virus mondial. Lundi, son « bébé », issu de l’union de la recherche publique britannique avec le fabricant anglo-suédois AstraZeneca, a affiché des résultats préliminaires prometteurs. Voilà plus de vingt ans que la chercheuse se dédie aux vaccins expérimentaux.

Lire aussi – Covid-19 : voici les 4 bonnes nouvelles apportées par les résultats du vaccin AstraZeneca-Oxford

Le vecteur ChAdOx

Depuis qu’elle a rejoint l’institut ­Jenner en 1994 – une équipe qui travaillait sur la malaria et la tuberculose –, ­Sarah ­Gilbert y a créé un groupe dédié à la quête d’un antidote universel contre la grippe. En 2014, elle a dirigé le premier essai d’un vaccin contre Ebola. L’épidémie s’est éteinte avant l’achèvement du projet, mais l’équipe a breveté son vaccin « à vecteur viral », une technologie adaptable à différents agents pathogènes. Elle utilise comme vecteur un adénovirus (virus du rhume) du chimpanzé rendu inoffensif pour permettre d’introduire du matériel génétique dans les cellules et générer une réponse immunitaire. « C’est leur grand apport, résume l’immunologiste enseignant à Oxford ­Benoît Van den ­Eynde. Il génère moins d’anticorps neutralisants, donc une réaction immunitaire plus forte. »

Lire aussi – Covid-19 : ce qu’on sait de la stratégie vaccinale française

Pour valoriser ce vecteur appelé ChAdOx, l’institut Jenner a créé une start-up au sein d’Oxford, Vaccitech. La professeure ­Gilbert et sa collègue ­Teresa ­Lambe l’ont ensuite utilisé pour élaborer un vaccin contre le virus Mers. Le deuxième essai sur l’homme débutait lorsque le Sars-Cov-2 a surgi. Cette fois, les chercheurs ont réagi dès la publication relative au génome du coronavirus, en janvier. L’idée? Utiliser leur ChAdOx avec un gène issu de la protéine de la surface du coronavirus. « Au cours du week-end, le vaccin était pratiquement ­conçu », a raconté ­Teresa ­Lambe à la BBC. Mi-février, les essais sur des souris sont lancés. Oxford, qui dispose d’une petite usine de fabrication, sort un lot en vue d’essais sur l’homme tout en planchant sur un plan d’industrialisation. « Ils avaient beaucoup travaillé sur le Mers, un virus très proche, poursuit ­Benoît Van den ­Eynde. Ils avaient le vecteur, la technologie, l’expérience… »

Objectif : trois milliards de doses en 2021

Reste à initier la production. Des soutiens arrivent de mécènes comme la Cepi (coalition initiée par la Fondation Gates), de Norvège, d’Inde ; puis du gouvernement britannique (2,2 millions de livres, soit 2,5 millions d’euros), qui précommande 100 millions de doses. Début avril, le vaccin est injecté à 1.100 volontaires. Pour la fabrication, l’équipe ­contacte différents groupes pharmaceutiques. ­Sarah ­Gilbert veut un produit « pour le monde entier ». C’est avec AstraZeneca, Big Pharma mais acteur modeste du vaccin, qu’un accord est bouclé en dix jours, assorti d’une annonce jamais vue : pendant l’épidémie, une dose sera vendue 2,50 euros, et ce prix coûtant sera maintenu pour les pays à faibles revenus. « Nous sommes une université et nous ne sommes pas là pour faire de l’argent », a expliqué la vaccinologue à la BBC.

« 

Nous sommes une université et nous ne sommes pas là pour faire de l’argent

« 

Le prototype d’Oxford a un atout : il se ­conserve au frigo. Cette « simplicité de la chaîne d’approvisionnement » et l’engagement « sans but lucratif » d’AstraZeneca, estime son directeur général, le rendront « abordable et disponible dans le monde entier ». La firme ambitionne une production de 3 milliards de doses en 2021. Si les autorités britanniques du médicament, qui évaluent la sécurité du vaccin, donnent le feu vert à sa commercialisation, 4 millions seront livrées au Royaume-Uni fin 2020, et 40 millions d’ici mars. Avec une efficacité moyenne de 70%, selon les résultats préliminaires, il semble moins performant que ceux de Pfizer-BioNTech et Moderna (95%). Mais elle a bondi à 90% lorsque les volontaires ont reçu d’abord une demi-dose puis une dose complète. L’équipe mène une étude complémentaire sur cet effet inattendu. ­Pasteur ne disait-il pas que « le hasard ne sourit qu’aux esprits bien préparés »?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You have successfully subscribed to the newsletter

There was an error while trying to send your request. Please try again.

web-breaking-news will use the information you provide on this form to be in touch with you and to provide updates and marketing.