Vaccin Coronavirus : Pfizer, russe, à quelle date ? – Le Journal des Femmes

Vaccin Coronavirus : Pfizer, russe, à quelle date ? – Le Journal des Femmes

VACCIN COVID-19. Les laboratoires Pfizer et BioNTech ont annoncé avoir développé un vaccin efficace à 90% contre le coronavirus, basé sur la technique innovante dite à « ARN messager ». Deux jours plus tard, la Russie annonce avoir obtenu 92% d’efficacité avec son vaccin Spoutnik V. A quelle date peut-on espérer un vaccin ?

[Mise à jour le jeudi 12 novembre à 14h47] Dans la course aux vaccins contre le coronavirus lancée depuis plusieurs mois maintenant, les laboratoires Pfizer (USA) et BioNtech (Allemagne) prennent une longueur d’avance. Le 9 novembre, ils ont annoncé avoir mis au point un vaccin efficace à 90% contre le coronavirus Sars-CoV-2, selon leurs premiers résultats de phase 3. La Commission européenne a annoncé mercredi 11 novembre avoir approuvé un contrat avec l’américain Pfizer et l’allemand BioNTech, pour acheter jusqu’à 300 millions de doses de leur vaccin contre la Covid-19. Ce vaccin repose sur une approche nouvelle, dite « à ARN messager ou ARNm« , qui diffère du principe de base de la vaccination. Si les résultats de Pfizer sont « encourageants » selon la biologiste Hela Ketatni, que nous avons interviewé, « il faut vérifier l’innocuité du vaccin sur une durée plus longue ». Parallèlement à l’annonce de Pfizer, en Russie, le Fonds souverain russe (RDIF) et l’institut de recherche Gamaleïa ont annoncé que leur vaccin Spoutnik V aussi en phase 3 des essais cliniques avait « un taux d’efficacité de 92% ». Quels sont les types de vaccins envisagés contre l’infection Covid-19 ? Quelles entreprises travaillent dessus ? Un vaccin pourrait-il sortir plus tôt ? Où serait-il produit ? Ce que l’on sait à date. 

Il faut généralement une dizaine d’années pour développer un vaccin. Avec l’épidémie de coronavirus, les équipes de chercheurs doivent travailler dans des temps records. Mais elles sont toutes sont unanimes : il va falloir plusieurs mois pour le mettre au point. En effet, il ne suffit pas seulement de trouver la bonne formule, le vaccin doit ensuite être testé sur les animaux, puis sur les humains et ce, à chaque étape de son processus de fabrication. Au total, il faut compter entre 6 et 36 mois pour la production, le conditionnement et la livraison auprès des différents pays concernés qui vont à leur tour effectuer des contrôles de qualité. « Obtenir un vaccin efficace, non toxique et donc utilisable prend des mois voire plusieurs années. Cette épidémie va cependant permettre d’accélérer peut-être la mise au point d’un vaccin actif sur coronavirus, celui découvert à Wuhan en 2019 ou d’autres (comme on a déjà vu il y a 10 et 20 ans avec le SRAS et le MERS) ou au moins aider à optimiser la technique et le ciblage sur coronavirus« , commente Mathieu Lafaurie, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis. 

Phases de développement d’un vaccin
Essais pré-cliniques Sur des animaux  
Essai clinique phase 1 Sur quelques dizaines de volontaires (même si le vaccin est destiné au nourrisson, la 1ère administration d’un nouvel antigène a toujours lieu chez l’adulte) Observation des effets secondaires indésirables, déterminer la tolérance du vaccin, mesurer les anticorps des volontaires…
Essai clinique phase 2 Sur plusieurs centaines de volontaires, dans plusieurs centres cliniques différents, sur plusieurs mois. Etoffer les connaissances : observer l’évolution des anticorps dans le sang des volontaires, étudier la réponse immunitaire, les effets secondaires, définition de la dose à administrer, doses de rappel, du calendrier.
Essai clinique phase 3 Sur plusieurs milliers de volontaires. Observer si le vaccin protège contre l’infection au bout de plusieurs semaines/mois après la vaccination, déceler d’éventuels effets secondaires rares, déterminer l’efficacité du vaccin selon le profil des volontaires (âge…), sa balance bénéfice/risque..
Essai clinique phase 4 Après la commercialisation du vaccin. Observer si des effets secondaires indésirables rares, graves surviennent chez des millions de personnes vaccinées. Repréciser et réadapter l’utilisation du vaccin selon les populations.

Un vaccin au deuxième semestre 2021 « au mieux ».

« Pour mettre au point un vaccin contre une maladie virale, il faut bien connaître le virus qui en est à l’origine puisque le vaccin sera fabriqué à partir de certaines parties du virus qui feront réagir notre système immunitaire » rappelle le LEEM (association professionnelle qui regroupe les entreprises du médicament en France) dans un document dédié au Covid-19 en juillet 2020. Plusieurs technologies sont étudiées dans la quête du vaccin Covid-19 : 

  • des vaccins basés sur une version atténuée ou inactivée du virus original,
  • des vaccins basés sur des vecteurs modifiés avec des parties du SARS-CoV-2 ou une information génétique du virus, sous forme d’ADN ou d’ARN, qui est directement utilisée comme vaccin.
Types de vaccins Covid-19 explorés (source : Leem.org)
Piste explorée Principe d’action
Vaccin à partir de virus atténués ou inactivés Vaccin contenant des agents infectieux tués mais capables de susciter une réponse du système immunitaire. Ce type de vaccin demande de grandes quantités de virus.
Vaccin à partir de protéines virales Le coronavirus possède à sa surface des pointes « spicules » qui lui permettent d’entrer en contact avec les cellules à infecter. Ces pointes sont des protéines virales qui ont pu être isolées en laboratoire. Elles peuvent être fabriquées et injectées pour faire réagir le système immunitaire à ces molécules étrangères.
Vaccin à partir d’ADN ou d’ARNm viral Une séquence génétique du virus (ADN ou ARNm) est injectée et entre à l’intérieur de la cellule humaine. Celle-ci va l’utiliser pour produire la protéine virale associée qui va faire réagir le système immunitaire.
Vaccin à partir de vecteurs viraux Un virus atténué spécialisé (= vecteur) est utilisé pour véhiculer les éléments nécessaires à la future protection (la ou les protéine(s) d’intérêt et/ou sa ou leurs séquence(s) génétique(s)) jusqu’à nos cellules et ainsi les exposer à notre système immunitaire.

A la base, la vaccination consiste à injecter dans l’organisme de faibles doses d’un agent pathogène pour stimuler le système immunitaire et l’amener à produire des anticorps pour faire barrage à la maladie causée par le pathogène en question. « Là, on n’inocule pas le virus atténue ou inactivé, c’est une technique nouvelle qui n’a jamais été approuvée pour un usage humain » nous explique Hela Ketatni, biologiste. « On va inoculer un petit bout d’ARN messager (Acide RiboNucléique) qui est une séquence génétique du virus, dans la cellule humaine. Ce bout d’ARN va s’insérer au niveau de l’ARN de la cellule, elle va alors commencer à fabriquer  de façon transitoire la protéine virale associée (pour le Sars-CoV-2 il s’agit d’une protéine appelée Spike qui est à la surface du virus et permet l’adhésion aux cellules). Le système immunitaire va la détecter et réagir en produisant des anticorps. » Cette technique est plus rapide à mettre en place puisque les chercheurs n’ont pas besoin de cultiver des pathogènes pour les inoculer par la suite. Elle présente aussi moins de toxicité comme il n’y a pas d’agent pathogène inoculer. A noter qu’elle est possible ici car le virus Sars-CoV-2 est un virus à ARN, tout les virus ne le sont pas.

Quel inconvénient ? « Il faudra que le vaccin soit conservé à très basses températures, moins 80 degrés, explique la biologiste, parce que c’est un vaccin fait à base d’ARN et l’ARN est très très fragile. Il faut absolument respecter la chaine du froid. »

« Avec ce virus, on a eu pas mal de surprises. »

« L’efficacité d’un vaccin ne peut se démontrer que sur le long terme, nous expliquait au début de la pandémie un porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l’IHU Méditerranée Infection. Il faut que des personnes vaccinées et non vaccinées contre le virus aient été exposées dans une zone à risque pour que l’on puisse démontrer que la population vaccinée a été moins touchée que la population non vaccinée. Or, cela demande nécessairement un temps long« . Mais même si l' »on sait que la mise au point d’un vaccin, via les approches classiques, nécessite environ 18 mois, rétorque Nicolas Manel, directeur de recherche à l’Inserm au sein de l’unité « Immunité et cancer » de l’Institut Curie, la (relative) bonne nouvelle concernant ce virus, c’est qu’il est très stable génétiquement (à l’inverse du VIH par exemple) et les vaccins actuellement en cours de développement devraient être efficaces plusieurs mois, voire plusieurs années » assure l’expert dans un communiqué du 8 avril.

L’ex-Premier ministre Edouard Philippe avait indiqué dès le 19 avril qu’il n’y aurait pas de vaccin avant 2021. Ce qui s’est confirmé au fil des mois. Le 1er novembre, le Professeur Arnaud Fontanet de l’Institut Pasteur estimait qu’il faudrait attendre le « deuxième semestre 2021 au mieux ». Les résultats annoncés le 9 novembre par les laboratoires Pfizer et BioNtech ont cependant soulever l’espoir d’un vaccin disponible plus tôt sur le marché. Mais il faut encore rester prudent : « Les chiffres publiés sont des données préliminaires et les résultats doivent être validés à long terme, explique Hela Ketatni. Il faut minimum trois mois en phase 3 pour voir la durée d’efficacité. Là les résultats sont communiqués à 28 jours, ils sont certes encourageants mais il faut vérifier l’innocuité du vaccin sur une durée plus longue, élargir le groupe des volontaires avec plus de personnes âgées et des personnes qui ont été contaminées par le Sars-CoV-2. » Si elle table aussi sur une sortie du vaccin en 2021, elle se garde de données davantage de précisions arguant qu’ « avec ce virus, on a eu pas mal de surprises, on attend les publications scientifiques des études ». Les deux laboratoires ont déclaré qu’ils prévoyaient de fournir jusqu’à 50 millions de doses de vaccins dans le monde en 2020 et jusqu’à 1,3 milliard de doses en 2021. L’Union européenne avait précommandé 200 millions de doses. Pour qu’il soit commercialisé en France, le vaccin doit recevoir le feu vert de l’Agence nationale du médicament. 

Face à un virus très contagieux et mortel pour les plus fragiles, plusieurs grandes entreprises du médicament et de grandes biotechs ou centres de recherche se sont positionnés dans la course au vaccin. De nombreuses alliances se sont formées. Au 3 novembre, l‘OMS a recensé 47 vaccins au stade de l’évaluation clinique. 

Deux types de vaccins sont à l’étude :

  • Vaccin « stérilisant » permettant d’interrompre la transmission du virus.
  • Vaccin protecteur contre la maladie mais n’empêchant pas la transmission de l’infection : la vaccination pourrait être alors ciblée sur des populations spécifiques.
Entreprises travaillant à mettre au point un vaccin contre la Covid-19
ENTREPRISE PARTENARIAT TYPE DE VACCIN
PFIZER BioNTECH ARNm
MODERNA NIH – BARDA ARNm
ASTRAZENECA Oxford University – BARDA Vecteur viral
GSK Clover Biopharmaceuticals Protéine recombinante
INOVIO   ADN
CanSINO   Vecteur viral
SANOFI GSK (adjuvant) – BARDA Protéine recombinante
SANOFI Translate Bio – BARDA ARNm
MSD Institut Pasteur/Université de Pittsburgh – IAVI/BARDA Vecteur viral réplicatif
J&J BARDA – BIDMC – LUMC – Emergent BioSolutions – Catalent Biologics – Vibalogics ADN
CureVAC   ARNm

En France, une Task Force (force opérationnelle) a été mise en place à l’Institut Pasteur pour le développement de vaccins dès le début de l’épidémie. Au 1er octobre, deux essais cliniques sont en cours en France :

→ un essai clinique de phase 1 pour un vaccin développé par l’Institut Pasteur en collaboration avec la CEPI, Themis et MSD a débuté à l’hôpital Cochin AP-HP à Paris chez des sujets en bonne santé.

→ un essai sur la contribution du vaccin BCG au renforcement de l’immunité générale et à la protection contre la Covid-19 chez les personnels de santé, mené à l’Institut Pasteur de Lille. Plusieurs essais cliniques ont montré que le vaccin BCG, contre la tuberculose, renforçait les défenses immunitaires contre le coronavirus. « Lorsqu’il y a une couverture vaccinale BCG importante dans un pays donné, nous nous apercevons que la gravité de la maladie Covid-19 est moindre », avait déclaré Laurent Lagrost, directeur de recherche à l’Inserm, sur LCI en avril. Ce que confirmait une étude américaine publiée le 9 juillet dans la revue PNAS. D’après ses auteurs, « plusieurs associations significatives entre la vaccination par le BCG et la réduction des décès par COVID-19 ont été observées ». Les personnes vaccinées contre le BCG ne seraient pas immunisées contre le SARS-CoV-2 mais moins à risque de développer une forme grave en stimulant la mémoire de l’immunité innée (première immunité à entrer en jeu face à une infection) et en induisant ainsi une ‘immunité innée entraînée’ expliquait l’Inserm dont les résultats avaient été été publiés dans la revue Cell Stem Cell

Par ailleurs, une plateforme, pilotée par l’Inserm, a été lancée le 1er octobre pour inviter 25 000 Français à s’inscrire pour participer aux deux essais cliniques de grande ampleur indiqués plus haut. Cet appel aux volontaires a été un vrai succès puisque les 25 000 volontaires sont recrutés. Le but est de réaliser d’une part des essais de phase 2, visant à étudier finement la capacité des vaccins à produire une réponse immunitaire (immunogénicité) sur des personnes âgées, dont le système immunitaire est généralement affaibli alors même qu’elles sont les plus à risque de développer des formes graves de la maladie. Et d’autre part, des essais de phase 3 pour étudier l’efficacité et la sécurité à grande échelle, des candidats vaccins prometteurs, en fonction de l’intensité de la circulation du virus en France dans les prochains mois. 

Le vaccin Sanofi-GSK ; Un vaccin est développé par Sanofi et GSK, pour une production en Europe et notamment en France. « La combinaison d’un antigène protéique (apporté par Sanofi) et d’un adjuvant (dont GSK a la maîtrise) est une procédure fiable, utilisée dans plusieurs vaccins déjà commercialisés » annonçaient-ils le 14 avril. Il consiste en l’ajout d’un adjuvant à certains vaccins pour renforcer la réponse immunitaire, et créer ainsi une immunité plus forte et plus durable contre les infections que le vaccin sans adjuvant.  Sanofi a annoncé le 3 septembre que ce candidat-vaccin était en phase I/II de test : « Les deux entreprises comptent obtenir de premiers résultats au début du mois de décembre 2020, en vue d’un passage en phase III en décembre de la même année. Si les données sont suffisantes pour une demande de licence, une demande d’homologation devrait être présentée dans le courant du premier semestre de 2021. »   « Pour la première et deuxième phase, 400 personnes ont été sélectionnées avec des profils différents. Si cette première étape s’avère concluante, la phase 3 réunira 35 000 personnes pour être testées, à partir de décembre. Et si cette phase est efficace, le vaccin pourra être fabriqué », a expliqué Henri Lanfry, directeur du site de Sanofi-Pasteur à Val-de-Reuil à nos confrères de La Dépêche le 2 novembre. Le laboratoire Sanofi travaille par ailleurs sur un vaccin à ARNm, en partenariat avec Translate Bio. Ils ont annoncé le 15 octobre entamer un essai clinique de phase I/II dans le courant du quatrième semestre de 2020.

Le vaccin de Pfizer et BioNTech

Le 9 novembre, après 10 mois de travaux, le laboratoire américain Pfizer associé au laboratoire allemand BioNTech annoncent avoir mis au point un vaccin efficace à 90% contre le coronavirus, selon les premiers résultats de ce candidat en phase 3. « Aujourd’hui est un grand jour pour la science et l’humanité. Les premiers résultats des essais cliniques de notre phase 3 ont fourni la preuve initiale de l’efficacité de notre vaccin pour prévenir la Covid-19« , a déclaré Dr. Albert Bourla, PDG de Pfizer dans un communiqué.  Les tests ont commencé le 27 juillet dernier et ont été menés sur 43 538 volontaires sans antécédents de Covid-19, dont 38 955 ont reçu une seconde dose du vaccin-candidat le 8 novembre.

Quel est le mode d’action de ce vaccin ? Le vaccin mis au point par Pfizer et BioNTech est un vaccin dit « à ARN messager (ARNm) du Sars-CoV-2″ comme ils l’ont rappelé dans leurs communiqués. C’est une technologie nouvelle, qui n’a pas fait ses preuves contre d’autres virus jusqu’ici. Concrètement, les chercheurs utilisent une séquence génétique du coronavirus (ARNm) et l’injectent à l’intérieur de la cellule humaine. Cette cellule va l’utiliser pour produire la protéine virale associée qui va faire réagir le système immunitaire. Dans le cas du virus Sars-CoV-2, cette protéine est appelée « Spike ».  Selon les premières analyses, la protection de ce vaccin est obtenue 28 jours après le début de la vaccination, qui consiste en un schéma à 2 doses. « Aucun problème de sécurité sérieux n’a été observé » précise Pfizer dans son communiqué tout en indiquant que « des données de sécurité et d’efficacité supplémentaires continuent d’être collectées« . L’essai clinique se poursuit jusqu’à l’analyse finale de 164 cas confirmés de Covid-19 parmi les volontaires répartis dans le monde. L’étude évaluera également le potentiel du candidat vaccin à fournir une protection contre le Covid-19 chez les personnes ayant déjà été exposées au Sars-CoV-2, ainsi que la prévention vaccinale chez les formes graves de la maladie. Les laboratoires ont d’ores-et-déjà demandé à l’Agence américaine du médicament (FDA) une autorisation d’utilisation d’urgence du vaccin. Pfizer espère que cela aura lieu au cours de la troisième semaine de novembre.  Le vaccin pourrait ainsi être disponible avant la fin de l’année. Les deux laboratoires ont déclaré qu’elles prévoyaient de fournir jusqu’à 50 millions de doses de vaccins dans le monde en 2020 et jusqu’à 1,3 milliard de doses en 2021. L’Union européenne avait précommandé 200 millions de doses, avec une option de 100 millions de doses supplémentaires de ce vaccin. Charge à la Commission européenne de répartir ensuite les doses de vaccin entre les 27 Etats membres. Les doses de vaccin pour l’Europe seront produites dans les sites de fabrication allemands de BioNTech et sur le site de production de Pfizer en Belgique. En France, il faudra attendre le feu vert de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour que ce vaccin puisse être commercialiser. 

Le vaccin Moderna aux Etats-Unis

Le vaccin du laboratoire américain Moderna est, comme celui de Pfizer, un vaccin ARN messager. Il ne consiste donc pas à inoculer le virus mais une part du code génétique du virus. La dernière phase de son essai clinique (phase 3) a débuté le 27 juillet. Ce vaccin expérimental a déclenché des anticorps contre le coronavirus chez les 45 participants suivis dans la première phase de l’essai. Il est désormais testé sur 30 000 personnes : la moitié d’entre elles reçoivent une dose de 100 microgrammes, les autres un placebo. Moderna a annoncé que 28% des participants étaient issus de minorités noires et hispaniques, particulièrement touchées par la pandémie aux Etats-Unis. L’étude est réalisée jusqu’au 27 octobre 2022, mais la firme espère des premiers résultats en novembre.

Le vaccin d’Astrazeneca

La France, l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas ont lancé en juin l’Alliance européenne pour le vaccin contre le Covid-19. Son rôle : agir collectivement pour suivre les recherches les plus prometteuses, négocier des pré-accords avec les entreprises pharmaceutiques dans le but d’assurer la production d’un vaccin en Europe, à un prix juste. Cette alliance a signé un accord le 13 juin avec le laboratoire anglais AstraZeneca pour la fourniture de 400 000 millions de doses d’un vaccin baptisé AZD1222 actuellement en test clinique par l’Université d’Oxford sur plusieurs milliers de patients au Royaume-Uni, au Brésil et aux Etats-Unis, des pays où le virus circule encore beaucoup. Les espoirs s’étaient arrêtés le 8 septembre quand le laboratoire a annoncé interrompre ses essais de phase 3 en raison de la réaction négative d’un des patients au Royaume-Uni. Ils ont pu reprendre le 12 septembre au Royaume-Uni, Brésil et en Afrique du Sud, mais pas aux Etats-Unis. L’Autorité britannique de régulation de la santé a entamé un examen accéléré du candidat vaccin contre le coronavirus élaboré par AstraZeneca, a annoncé le groupe Britannique dimanche 1 novembre. Le but ? Permettre au vaccin d’obtenir une procédure d’approbation plus rapidement. Selon l’agence Reuters, le groupe a déclaré lundi 2 novembre que son vaccin produisait une réponse immunitaire similaire chez les jeunes adultes et leurs aînés, et les réactions indésirables étaient plus faibles chez les personnes âgées. 

Spoutnik V : le vaccin russe

La Russie, elle aussi, travaille assidument à l’élaboration d’un vaccin contre la Covid-19. Son candidat actuellement en phase 3 s’appelle Spoutnik V (en référence au premier satellite artificiel de l’Histoire conçu par l’Union soviétique). Le 27 octobre, la Russie a soumis à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) une demande de préqualification de son vaccin Spoutnik V, a annoncé le fonds souverain russe. Ce vaccin est mis au point par le centre de recherches Nikolaï Gamaleïa situé à Moscou avec le ministère russe de la Défense. Le 7 novembre, Vladimir Poutine a demandé à Emmanuel Macron si la Russie pouvait collaborer avec la France pour la production de leur vaccin. « Depuis plusieurs semaines, les Russes nous demandent si nous voulons travailler avec eux, précise un diplomate français. En réalité, cela traduit leur principale faiblesse : ils n’ont pas de capacités de production » a commenté un diplomate français cité par Challenges. Le 11 novembre, la Russie a annoncé que son vaccin testé en phase 3 sur 40 000 volontaires avait obtenu une efficacité de 92%. Pour l’instant, la communauté scientifique internationale reste prudente sur les avancées de ce vaccin.

L’Europe est leader de la production de vaccins avec 27 sites de production répartis dans 11 pays de l’Union européenne.

Dans un Avis du 9 juillet, le Conseil scientifique Covid-19 recommandait de préparer une stratégie vaccinale. « Le ciblage des populations prioritaires est crucial ».  Parmi ces populations en France (Hexagone et Outre-mer):

  • 6,8 millions de personnes à risque d‘exposition professionnelle avec une « priorité très élevée ». Les professionnels de santé seraient ainsi parmi les prioritaires au vaccin. 
  • les personnes vulnérables exposées du fait de leur âge ou de leur état de santé, soit environ 23 millions de personnes en France, 
  • celles en grande précarité (environ 250 000 personnes),
  • celles exposés par leur emploi au contact de la population (commerçants, aides à domicile, enseignants, chauffeurs de bus) ou travaillant en milieux confinés à risque (abattoirs, taxis/VTC, ou encore croisières) ou ayant un hébergement confiné à risque (travailleurs migrants, site de construction…).

La Commission européenne a signé un contrat avec le laboratoire britannique AstraZeneca pour anticiper la livraison d’au moins 300 millions de doses de son candidat vaccin contre le Covid-19, et avec Sanofi-GSK pour 300 millions de doses. Elle est par ailleurs en discussion avec les laboratoires Johnson & Johnson, CureVac et Moderna.

« Le contrôle qualité occupe 70 % du temps de production d’un vaccin » explique le LEEM. Les industriels réalisent des contrôles relatifs à la qualité, l’efficacité et la sécurité du produit (présence de la substance active dans les quantités attendues, pureté, vérification de l’élimination des produits intervenant dans la fabrication, etc…) à chaque étape de production. « Les conditions de mise sur le marché des vaccins sont renforcées par rapport à celles des autres médicaments » précise aussi le LEEM. La réglementation européenne impose un contrôle qualité de 100% des lots de vaccins avant leur mise sur le marché européen par le laboratoire officiel qui en est chargé. Le futur vaccin Cvodi-19 devra donc être soumis à l’ensemble de ces contrôles. Ces contrôles portent par exemple sur l’activité du vaccin en laboratoire ou chez l’animal, sur la stabilité de ses composants, sur l’absence de contamination par des micro-organismes étrangers.

L’Europe est leader de la production de vaccins avec 27 sites de production répartis dans 11 pays de l’Union européenne. L’Europe produit chaque année 1,7 milliard de doses de vaccins, soit 76 % de la production mondiale. « Le choix des usines de production du vaccin COVID-19 va dépendre du type de vaccin à produire et du procédé technologique employé » détaille le LEEM. Plusieurs sites de production peuvent produire pour plusieurs continents de même que les différentes phases de production d’un vaccin peuvent être répartis sur plusieurs sites (un site produit l’antigène, un site conditionne…). Les vaccins distribués en France pourront donc être produits sur plusieurs continents.

Merci à Hela Ketatni, biologiste médical à Paris, au Dr Mathieu Lafaurie, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis à Paris et au porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l’IHU Méditerranée Infection.

Sources :

Le candidat-vaccin à ARNm contre la COVID-19 de Sanofi et Translate Bio a induit la production de concentrations élevées d’anticorps dans le cadre d’études précliniques. Communiqué de presse Sanofi. 15 octobre 2020.

Covid-19 et vaccins : 12 questions-réponses, LEEM, 22 juillet 2020

Recherche clinique (vaccinologie), Faculté de médecine – Université Paris Descartes

Essai vaccinal : les différente étapes, CRIPS Ile-de-France, avril 2016. 

« Vaccin contre le Sars-CoV-2 – 9 juillet 2020 Une stratégie de vaccination », Conseil scientifique Covid-19

Inserm, Les cellules souches sanguines ont une mémoire immunitaire et ouvrent des pistes dans la recherche sur le Covid-19, 12 mai 2020.

Institut Curie, Nicolas Manel, Covid-19 et immunologie

Institut Pasteur, les projets de recherche sur le coronavirus.

Centre de recherche Allemand sur les infections (DZIF), développement de vaccins contre le SARS-CoV-2.

Sanofi, Sanofi et GSK s’associent pour lutter contre le COVID-19, communiqué du 14 avril 2020.

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