Vaccination : «A ce rythme, nous y serons encore dans 5000 ans», déplore le professeur Dab – Le Parisien

Vaccination : «A ce rythme, nous y serons encore dans 5000 ans», déplore le professeur Dab – Le Parisien

Il est une figure de la santé publique. Une voix respectée, mais pas toujours écoutée. Pour le professeur William Dab, épidémiologiste et ancien directeur général de la Santé, nommé après la canicule de 2003, le retard de la France sur la vaccination contre le Covid-19 est « incompréhensible ».

Lors de ses vœux, Emmanuel Macron a annoncé vouloir accélérer la vaccination. A-t-il raison ?

WILLIAM DAB. En parlant de lenteur injustifiée, le Président a reconnu que quelque chose clochait. Or c’est simple, soit nos autorités croient en ce vaccin et il faut y aller, soit elles n’y croient pas, et il faut le dire! L’hésitation du gouvernement ne peut qu’alimenter celle de la population. À juste titre, elle peut penser : Si eux-mêmes ont des doutes, c’est que la situation est douteuse. Au lieu de favoriser un élan vaccinal, on risque de le freiner. Une fois de plus, des décisions sont prises sans qu’on en comprenne la logique.

Une fois de plus ?

Il y a eu le retard sur les masques, sur les tests … Le manque de transparence est le grand problème français dans la gestion de cette épidémie. La population pourrait comprendre que l’on tâtonne si on le lui disait clairement. En Allemagne, Mme Merkel admet volontiers qu’elle ne sait pas tout. En France, il n’y a pas de justification. Résultat, nous nous retrouvons avec quelques centaines de vaccinés! Cela ne ressemble à rien. La Grande-Bretagne, l’Italie, même la Lituanie font mieux. Nous sommes bons derniers du palmarès européen.

Comment l’expliquez-vous ?

Je ne l’explique pas, justement ! Soit les autorités y vont lentement en espérant que la confiance remonte – et je ne crois pas que ce soit la bonne stratégie. Soit, ils ont des problèmes logistiques, de congélateurs, de chaîne de froid et ne sont pas totalement prêts. Dans ce cas, qu’ils l’expliquent.

Est-ce un problème de doses disponibles ?

C’est improbable, car les livraisons européennes sont faites au prorata de la population. La France n’est pas défavorisée, reste à savoir si elle est en mesure de les délivrer. S’il s’agit d’un problème de médecins disponibles, il faut le dire. De nombreux retraités – dont moi – peuvent prêter main-forte. On ne va pas continuer à vacciner 300 Français par semaine. Ou alors, nous y serons encore dans 5000 ans !

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Dans les Ehpad, une visite médicale et un recueil du consentement sont obligatoires. N’est-ce pas trop lourd ?

Non! C’est une bonne mesure, médicale et de santé publique, qui n’est en rien la cause du retard français. Ceux qui disent que l’on peut s’en passer ne sont pas respectueux du libre arbitre de chacun. Les données de ce nouveau vaccin sont excellentes, mais il reste des inconnues : quelle est la durée de l’immunité? Les vaccinés sont-ils toujours contagieux? On ne peut pas vacciner sans donner ces informations. Le consentement éclairé est le principe même de la démocratie sanitaire.

L’Académie de médecine veut prioriser la vaccination dans les départements les plus touchés. Bonne idée ?

Cela a une certaine logique, car les décisions devraient être plus fondées sur la réalité épidémiologique des territoires. Mais ne laissons pas penser que là où le virus circule le plus, le vaccin serait la solution immédiate. Il ne va pas influer sur l’épidémie du mois de janvier, car pour être efficace, il faut deux injections, à 28 jours d’écart. Dans ces départements, il faut renforcer les mesures barrière. Un couvre-feu à 18 heures y est justifié. Dans d’autres, tel le Finistère, on pourrait lever celui de 20 heures.

Quand verrons-nous les effets du vaccin ?

Pas avant le printemps. Plus on va immuniser de gens, plus les vagues successives du virus s’affaibliront et deviendront contrôlables, pour éviter un troisième confinement. Mais ce vaccin, véritable exploit scientifique, est un outil, pas une baguette magique. Il ne remplace pas le tester-tracer-isoler… et accompagner, qui n’est pas bien fait. Le gouvernement doit mettre plus de moyens dessus, sans attendre.

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