Vaccins contre le Covid-19 : chez les soignants, la division règne – ladepeche.fr

Vaccins contre le Covid-19 : chez les soignants, la division règne – ladepeche.fr

l’essentiel
La campagne vaccinale contre le coronavirus est lancée en France. De nombreux médecins, soignants ou personnes âgées ont sauté le pas. Mais le débat concernant le vaccin continue en coulisses. Au sein même du personnel soignant, en première ligne dans cette guerre contre l’épidémie, certains font part de leurs réserves et de leurs craintes, voire même de leur refus de se faire vacciner. 

Des « stars » de la médecine françaises, manches relevées, qui se font vacciner à la chaîne. L’image, captée devant caméras et photographes mercredi 6 janvier, avait pour but de clamer que le personnel soignant doit montrer l’exemple dans la campagne vaccinale lancée le 27 décembre par le gouvernement.

L’objectif était aussi d’intervenir dans le vif débat qui existe au sein même de la communauté médicale, où de nombreuses voix se joignent aux opposants au vaccin. Aides-soignants, infirmiers, médecins… Malgré les messages officiels rassurants et la publication des études cliniques, le traitement anti-Covid divise. 

« J’ai toujours été pour les vaccins notamment en raison de ma formation médicale, mais cette fois-ci je suis sceptique, je pense qu’on ne nous dit pas tout… « , confie Françoise, infirmière remplaçante de 50 ans, à La Dépêche du Midi. Elle affirme également que lorsqu’elle discute avec ses collègues sur ce sujet, son avis est largement partagé. 

Des effets secondaires inquiétants

Beaucoup des personnels soignants que nous avons interrogés évoquent « le manque de recul », « de connaissance » sur ce « nouveau » vaccin. « On ne connaît pas grand-chose dessus, je trouve que c’est rapide, trop rapide. On manque de recul, les effets secondaires m’inquiètent beaucoup. Ce n’est pas forcément les effets immédiats qui me font peur mais dans quelques mois, quelques années, explique Julie, 30 ans, aide-soignante dans un Ehpad. Je ne suis pas non plus pour le principe de ‘tester’ un vaccin’ sur la population mondiale. »

Françoise la rejoint sur ce point. « La rapidité de la mise sur le marché me paraît imprudente, nous n’avons, à mon sens, pas assez de recul sur les effets indésirables, donc pour le moment si le travail, en tant que soignante, ne m’y oblige pas, je ne le ferai pas ! » Comme certains de ses collègues, elle n’a pas envie d’être un « cobaye » et de vivre les « ratés » de ce vaccin.

D’autres tendent vers plus de fatalisme, en se disant, que si le choix se transforme en contrainte, alors ils passeront à l’acte. C’est le cas d’Adeline, jeune aide-soignante de 22 ans, travaillant avec des personnes âgées, qui n’envisage la vaccination que s’il s’agit de la condition « pour garder mon emploi ». 

Près de 80% du personnel y serait opposé

Et les résultats du sondage interne de la Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés (Fehap), révélé par Les Echos, vont dans ce sens. Réalisée entre le 30 novembre et le 7 décembre, cette enquête révèle que seul 19% du personnel des Ehpad serait d’accord pour se faire vacciner, 76% y serait opposés, et 5% n’a pas encore tranché la question. 

De quoi révolter Estelle, médecin généraliste. « Je ne m’explique pas cette défiance de la part de mes confrères. Je m’inquiète énormément de ces réticences, je dirais même que cela me fait de la peine », lâche-t-elle. Pour cette généraliste, l’arrivée du vaccin est une « libération », un moyen de retrouver la « vie d’avant ». « Personnellement, j’ai plus peur du coronavirus que du vaccin », argumente-t-elle.

Pour elle, en tant que médecin généraliste, on se doit de faire preuve d’exemplarité. « C’est une question de santé publique, en se vaccinant, on se protège et on protège les autres. Le vaccin est la meilleure arme pour lutter contre cette maladie ».

Concernant l’argument des anti-vaccins sur la rapidité de sortie, elle le démonte en un tour de main. « Cela fait plus de 20 ans que les scientifiques travaillent sur les vaccins ARN messager, il n’y a rien de rapide là-dedans. Même chose pour les coronavirus, rien de nouveau, nous en avons déjà connu », rappelle Estelle. Elle note également la prouesse scientifique : « Je suis émerveillée par la rapidité et la technicité de ce vaccin ».

Une lenteur qui interroge

Elle espère que cette « révolte » face au vaccin est minoritaire dans les rangs des blouses blanches. Un optimisme partagé par Roland Sicard, directeur de l’Institut de Cancérologie Sainte-Catherine à Avignon : « Il y a eu de la méfiance, de la défiance au départ, notamment mi-décembre lorsque nous avions peu d’informations. C’est normal et naturel. Avec les résultats cliniques que nous avons désormais, tout le monde est rassuré. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de personnes réfractaires à ce vaccin au sein de mon service, mais ils sont minoritaires. Ce que mes équipes ne comprennent pas c’est pourquoi c’est si lent, ils attendent avec impatience de pouvoir se faire vacciner. Ils savent aussi que se faire vacciner permet de s’immuniser mais aussi de ne pas transmettre la maladie aux patients. L’objectivisme est en train de prendre le pas sur le scepticisme du début ».

Fabrice, aide médico-psychologique et aide-soignant dans un Ehpad lui donne raison. « J’ai toujours été pour la vaccination en règle générale donc ce vaccin ne m’inquiète pas plus qu’un autre. Je suis conscient qu’aujourd’hui, c’est la seule arme que nous avons pour combattre cette épidémie donc oui, dès que je pourrais, je me ferais vacciner ». 

Gagnée par les doutes, Lucie, aide-soignante dans une maison de repos en Belgique a fait appel à des médecins pour faire taire ses inquiétudes. « On entend énormément de choses sur les réseaux sociaux qui ne sont pas fiables. J’ai discuté avec des professionnels de la santé, j’ai appelé deux médecins pour avoir différents avis avant de me dire qu’il fallait que je le fasse », raconte-t-elle.

Mais ce qui l’a décidé, c’est son expérience en tant que soignante : « Je me dis que c’est notre seul moyen de venir à bout de ce virus. J’ai travaillé au cœur de cette épidémie et nous avons perdu beaucoup de résidents. Cela m’a ouvert les yeux sur la dangerosité de la chose ». Depuis ce mercredi 6 janvier, elle a ajouté son nom à la liste des soignants vaccinés contre le Covid-19. 

Un moyen selon Estelle, notre médecin généraliste, de mieux faire passer le message aux patients : « En tant que vaccinée, ce sera plus simple de faire de la pédagogie. »

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