Vaccins contre le Covid-19 : une «bataille dinfluence» pour la Chine et la Russie – Le Parisien

Vaccins contre le Covid-19 : une «bataille dinfluence» pour la Chine et la Russie – Le Parisien

Ils s’appellent CoronaVac, Sinopharm ou encore Spoutnik V. Et ils pourraient bien faire de l’ombre aux vaccins occidentaux contre le Covid-19. Ces produits développés par la Chine et la Russie, boudés par les Occidentaux, ont fait l’objet de commandes importantes par les pays en développement ces derniers mois.

Comment expliquer le succès des vaccins de ces deux pays ? Très tôt, ils ont su nouer des partenariats avec les Etats les plus modestes, leur cible initiale. Dans un premier temps, concernant la production de leur produit – l’Inde, par exemple, va fabriquer 100 millions de doses annuelles du Spoutnik V -, mais aussi en incluant ces pays dans leurs essais cliniques.

Ainsi, le Brésil, qui a testé sur son sol le vaccin chinois CoronaVac, a également passé commande de 100 millions de doses, qui seront conçues à Sao Paulo. En accueillant ces essais, ces Etats ont également obtenu un accès aux données cliniques des vaccins, comme leur efficacité, qui n’ont longtemps pas été publiques, et ne le sont toujours pas pour certaines.

Vaccins contre le Covid-19 : une «bataille d’influence» pour la Chine et la Russie

Des vaccins pour tous

Avec trois vaccins développés en un temps record, la Chine voit également un moyen de redorer son image sur le plan international. Le pays a opéré depuis quelques mois un changement de discours officiel consistant à dire que l’épidémie n’a pas commencé sur son sol, mais qu’il est plutôt le premier à l’avoir détectée et maîtrisée.

Dans ce sens, la puissance asiatique veut se donner le rôle du pays qui mettra à disposition un antidote pour tous. « Leur communication consiste à dire qu’il y a, d’un côté, les pays riches qui ont fait des vaccins pour les pays riches et privilégiés, et de l’autre, la Chine, qui a fait des vaccins pour le monde entier », analyse Antoine Bondaz, chercheur à la fondation pour la recherche stratégique et spécialiste de la politique étrangère de la Chine. Néanmoins, l’expert précise que si, officiellement, Pékin ne demande aucune contrepartie aux Etats auxquels elle livre des doses, il y a d’importants intérêts politiques en jeu pour la puissance asiatique.

Cette stratégie de « soft power » était déjà utilisée dès le début de l’épidémie, abonde Nathalie Ernoult, chercheuse à l’IRIS et codirectrice de l’Observatoire de la Santé. « Au commencement de la crise sanitaire, la Chine a adopté une diplomatie du masque. Elle a envoyé ses protections à de nombreux pays d’Afrique, au moment où les pays riches fermaient leurs frontières et essayaient de s’accaparer toutes les productions de masques qui existaient », analyse-t-elle.

Et l’historique de coopération dans le domaine médical entre la Chine et l’Afrique n’est pas nouveau. Pendant des années, le pays a lancé une stratégie pour s’implanter sur le continent africain, expliquent les experts, en finançant par exemple la construction d’hôpitaux, de centres médicaux et même du siège du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique).

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Un tour de l’actualité pour commencer la journée

La Russie, de son côté, est le premier pays au monde à avoir homologué son vaccin, avant même la fin des essais cliniques de masse et la publication de résultats scientifiques. Rien que par son nom, le vaccin Spoutnik V est un pied de nez aux Américains, en référence au lancement du premier satellite artificiel dans l’espace en 1957. Vladimir Poutine n’a pas hésité à faire vacciner sa fille pour montrer, comme il l’affirme depuis plusieurs années, que la Russie est de retour sur la scène scientifique et diplomatique internationale.

Le vice-président de la Commission européenne, Josep Borrell, accusait même, le 29 décembre dernier, les médias publics russes de répandre de fausses informations sur les vaccins américains et européens. Il assurait alors que, dans les Etats où Spoutnik V a été testé cliniquement, « les concepteurs de vaccins occidentaux sont ouvertement tournés en dérision par les médias russes multilingues contrôlés par l’Etat, ce qui a conduit, dans certains cas, à des affirmations absurdes selon lesquelles les vaccins transformeront les gens en singes ». Moscou a, en réponse, nié ces allégations et accusé à son tour l’Union européenne de désinformation à l’encontre de son traitement.

De nombreux atouts

Exclus des accords de distribution entre les Etats occidentaux et les géants pharmaceutiques américains et européens, les pays en développement ont vu dans les vaccins chinois et russe des alternatives pour obtenir rapidement des doses pour leur population. Selon Amnesty International, les pays riches ont en effet accaparé suffisamment de doses pour vacciner l’ensemble de leur population près de trois fois, alors qu’environ 70 pays pauvres ne pourront vacciner qu’un habitant sur dix en 2021.

Les firmes américaines et européennes doivent aujourd’hui honorer leurs commandes et ne pourront pas fournir les pays plus modestes avant longtemps. Quant à l’initiative Covax, lancée pour que les pays les plus pauvres puissent également avoir accès aux vaccins, elle devrait mettre davantage de temps à aboutir et les doses distribuées ne le seront, dans un premier temps, qu’à une partie de la population. « Un espace de taille s’est donc créé, de fait, pour les vaccins des deux puissances émergentes », rapporte Nathalie Ernoult.

Les vaccins de la Chine et de la Russie possèdent également un atout de taille face à leurs concurrents Pfizer-BioNTech et Moderna : leur facilité de stockage. Leurs produits utilisent une technologie classique, et non celle de « l’ARN messager », que ces pays prétendent plus fiable et qui pourrait bien faire la différence pour les pays en développement. « Déjà, en France, on a du mal à trouver des frigos à -80 °C. Alors au Burundi, en Bolivie ou au Laos, c’est encore plus compliqué en termes de logistique », souligne ainsi Antoine Bondaz.

« Une bataille d’influence à long terme »

Ces différents vaccins laissent l’opportunité à des pays qui ne souhaitent pas être dépendants des Américains ou des Européens d’aller voir ailleurs. C’est par exemple le cas de la Turquie, en froid diplomatique avec l’Union européenne et qui s’est tournée dans un premier temps vers la Chine (CoronaVac), avant de commander des doses du vaccin Pfizer-BioNTech.

Le guide suprême iranien, Ali Khamenei , a pour sa part interdit vendredi l’importation de vaccins fabriqués aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, estimant que ceux-ci pourraient servir à « contaminer » son pays. L’Iran devrait néanmoins recevoir sa part des vaccins Covax, et coproduira son propre traitement contre le nouveau coronavirus avec une société cubaine avant de lancer la fabrication sur son sol.

« Ces vaccins sont une opportunité unique à court terme, mais également une bataille d’influence à long terme pour la Chine », note enfin Antoine Bondaz. « Peut-être que, demain, Pékin signera pour d’autres vaccins. Et in fine, ce sont les entreprises de biotechnologies et l’industrie pharmaceutique chinoises qui pourront s’implanter de façon beaucoup plus efficace dans ces Etats en développement ». Or, le marché de ces pays est encore en pleine croissance, et n’est pas saturé par les multinationales occidentales comme il l’est en l’Europe. « La vaccination va ouvrir à la Chine et à la Russie un espace dans le futur pour être des acteurs majeurs sur d’autres problématiques du marché international », conclut Nathalie Ernoult.

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